La non-violence: mythe ou réalité?
Chacun-e sera forcé de reconnaître que la violence a toujours habité et parcouru nos sociétés, nos modes de vie, l'économie, la politique et même la religion. Elle est omniprésente à des degrés divers tout en étant souvent cachée et banalisée; elle se niche même au coeur de la dynamique du désir mimétique formulé par René Girard, un besoin  qui nous pousse fondamentalement à désirer ce que l'autre a ou ce qu'il est, à entrer ainsi en rivalité et en convoitise incessantes. Nos rapports interpersonnels sont donc conflictuels. Et la violence dira René Girard va se cacher aussi plus globalement derrière le sacré car tout peut être sacralisé: ma vie, mon identité, mon look, mon bien-être, ma religion, mon parti politique, mais aussi le profit, la lutte des classes, le droit du plus fort, la religion, etc. Ainsi, il y aura forcément dans nos vies des tensions, des luttes, des agressions, des injustices, des contraintes difficiles à vivre. Souvent, il est impossible de leur donner du sens tout simplement parce que les oppresseurs estiment avoir le droit d'exploiter leurs semblables: ils en ont les moyens, s'en donne le droit et le justifie!
Ici, un aveu s'impose:
L’homme est un animal capable de violence et certainement l’animal capable de la plus grande cruauté vis-à-vis de son semblable.
Toutefois, la violence ne relève pas de l’animalité, mais de l’inhumanité et c’est beaucoup plus grave.
Car les humains cherchent toujours à justifier leur violence ! Justifier la violence, c’est innocenter le meurtre, l'oppression ou l'exploitation !

Dès que la violence est justifiée, elle devient pur engrenage, pur mécanisme, difficile à enrayer. C’est pour cela qu’il est vital de refuser toutes les constructions rationnelles qui nous sont offertes par les idéologies dominantes pour nous permettre de justifier nos violences et de nous innocenter, comme le fait par exemple 
l’anthropologue Françoise Héritier : «sans idéaux, il n’y a ni libération ni résistance aux pires formes de la violence, surtout pas de résistance collective; et cependant, il ne peut y avoir aucune garantie concernant le ’bon usage’ ou le ’mauvais usage’ des idéaux. Disons mieux, il y a certainement des degrés dans la violence qui accompagne la formulation et la mise en œuvre des idéaux, mais pas de degré zéro. Il n’y a donc pas de non-violence.» 
Il convient de préciser un point essentiel: La contre violence est une violence contraire, mais elle n'est pas le contraire de la violence.
La non-violence propose une alternative à la violence, son principe de base est de rechercher des méthodes pour agir efficacement contre la violence sans recourir à celle-ci.

La force sans la violence

Le but de la réflexion de Gene Sharp est de proposer une autre manière d’appréhender la nature du problème de la violence généralisée dans la société et la sphère politique, afin de déterminer ce qu’il est nécessaire de faire pour en venir à bout.
Il nous faut donc analyser dans quelles conditions il sera possible de réduire nettement le recours à la force militaire ou à tout autre mode violent de gestion des conflits. Il nous faut examiner les raisons pour lesquelles la violence est si fréquemment considérée comme nécessaire pour mener à bien des causes, tant bonnes que mauvaises. Il nous faudra aussi déterminer les changements fondamentaux qui pourraient être réalisés pour nous éloigner de cet état d’esprit.
Il est important d’admettre que le conflit dans la société et la sphère politique est inévitable, voire fréquemment souhaitable. Certains conflits peuvent être résolus par des moyens modérés tels que la négociation, le dialogue et la conciliation : autant de méthodes qui impliquent d’accepter des compromis. Mais ces méthodes ne sont applicables que lorsque les enjeux en cause ne sont pas fondamentaux. Et même dans ces cas, il apparaît que la résolution d’un conflit par la négociation est plus souvent influencée par les relations de domination existant entre les différentes parties que par l’acceptation conjointe et raisonnée du compromis le plus juste.
Pourtant, dans de nombreux conflits, les enjeux en cause sont, ou du moins sont tenus pour, fondamentaux. Ce sont des «conflits aigus». Ils ne sont pas adaptés à une forme de résolution qui suppose des compromis.
Dans les conflits aigus, au moins l’une des parties considère qu’il est nécessaire et juste de mener un combat violent contre la partie adverse. Les conflits aigus sont souvent menés dans le but de faire progresser la liberté, la justice, une religion ou une civilisation, ou encore de résister à une violence hostile. Ce type de violence peut être employé pour imposer une oppression, pratiquer des injustices, mettre en place une dictature, contester les principes moraux ou religieux d’une communauté, attenter à la dignité humaine ou encore menacer la survie d’un groupe humain.
Dans le cadre de tels conflits, l’une des parties estime qu’il serait catastrophique, compte tenu de ses principes, de ses convictions, de la société entière, et parfois pour sa survie même, de se soumettre, de capituler ou de perdre. Dans de telles situations, combattre aussi vigoureusement que possible paraît une nécessité.

Vers une stratégie non-violente:

Gene Sharp défend plutôt une stratégie non-violente. La lutte non-violente a été utilisée dans des sociétés industrialisées ou non. Elle a été pratiquée au sein de démocraties constitutionnelles et à l’encontre d’empires, d’occupations étrangères ou de dictatures. La lutte non-violente a été employée par de multiples groupes et au nom de myriades de causes, et même contre des objectifs réprouvés par le peuple. Elle a également pu être utilisée pour empêcher ou au contraire promouvoir le changement.
Elle a parfois été utilisée conjointement avec une certaine violence.
Pour faire en sorte que, dans les conflits aigus, la guerre ou d’autres formes de violence ne soient pas utilisées comme le mode d’action ultime permettant d’imposer ou de défendre ses principes, ses idéaux, sa société ou son existence même, il est nécessaire de proposer d’autres moyens d’action puissants. Il faut en effet un substitut pour mener un conflit efficacement avec des chances de réussite équivalentes, voire supérieures à celles offertes par le recours à la violence.
La lutte non-violente s’exprime souvent par : 
1. Des protestations symboliques : des marches, des manifestations silencieuses, des distributions de tracts ou l’adoption de couleurs vestimentaires spécifiques pour montrer le soutien ou la désapprobation à une cause.
2. Des résistances symboliques, des grèves, des boycotts et des refus de collaborer.
3. Des interventions et perturbations actives dans le fonctionnement normal du système.
Idées fausses 
Un grand nombre d’idées fausses et de mauvaises interprétations ont longtemps gêné la compréhension de la lutte non-violente : 
• On croit généralement que la violence agit vite alors que la lutte non-violente est réputée prendre beaucoup de temps. Ces deux croyances sont erronées. 
• La lutte non-violente est souvent perçue comme faible alors qu’elle peut être très puissante. Elle peut paralyser et même désintégrer un régime répressif.
 • La lutte non-violente ne requiert pas de chef charismatique. 
• La lutte non-violente s’observe dans toutes les civilisations humaines.
 • La lutte non-violente ne présuppose pas que ceux qui la pratiquent adhèrent à certaines croyances religieuses, même s’il est arrivé que la lutte non-violente ait été employée pour des raisons religieuses.
 • La lutte non-violente se distingue de la non-violence définie comme principe philosophique ou éthique : il s’agit d’un phénomène tout à fait différent. Cette distinction doit être claire et ne doit pas être minimisée. 
• Il est souvent considéré que la lutte non-violente ne peut être efficace que si elle est utilisée contre des institutions démocratiques et humanitaires, mais cela est faux. Il est arrivé que la lutte non-violente soit employée pour combattre des régimes politiques brutaux et dictatoriaux, y compris les régimes nazis et communistes. 
• Certaines personnes et certains groupes tiennent également pour acquis que la lutte non-violente n’est efficace que dans la mesure où elle parvient à « amadouer » les oppresseurs. Elle est au contraire coercitive et a même permis de détruire des dictatures extrêmement violentes.
Il est par contre évident que des méthodes d’action comme les enquêtes, les campagnes de sensibilisation, l’information et l’éducation du public, les appels à des personnes chez l’adversaire, les négociations ou tout autre outil d’action, peuvent être employés conjointement et utilement avec la lutte non-violente. Ces moyens d’agir sont fréquemment employés parallèlement à des boycotts ( économiques, politiques, etc.) ou des grèves du travail par exemple. Il y a un principe simple qui se révèle essentiel pour les campagnes de lutte non-violente : il consiste à concevoir son plan de lutte de sorte que le succès ne soit dû qu’à soi-même et à son propre camp.
Mettre au point des stratégies ciblées
Gene Sharp encourage ses lecteurs à la mise au point de stratégies intelligentes car la lutte politique contre un pouvoir répressif et violent, menée au moyen d’actions non-violentes, conduit rapidement à une situation particulière d’asymétrie de conflit. Elle a pour effet de faire apparaître une désaffection croissante des soutiens aux agresseurs, soit parmi les membres des agresseurs eux-mêmes, soit dans la population concernée par les questions en jeu, soit dans des groupes tiers non directement liés au conflit, ou même parmi tous à la fois. Cette désaffection croissante au sein du régime répressif en place peut alors multiplier les luttes internes au sein même du régime ; elle peut également permettre l’accroissement du nombre de résistants et le développement de la résistance, et elle a enfin pour effet de transformer les groupes tiers en opposants à la répression et en soutien aux résistants.
Le choix ou la mise au point d’une stratégie intelligente exige :
• de déterminer précisément le contexte dans lequel la lutte doit être menée ;
• d’identifier la nature de la différence entre la situation présente et celle qu’on cherche à atteindre ;
• d’évaluer les obstacles qui peuvent gêner la réalisation de l’objectif et les facteurs qui peuvent la faciliter ;
• d’estimer les forces et les faiblesses de son opposant, du groupe de résistants auquel on appartient, et des tierces parties qui seraient susceptibles d’aider ou de gêner la lutte ;
 • d’évaluer les avantages et les limites des différents types d’actions envisageables ;
• de choisir un plan réalisable parmi les options existantes ou en élaborer un entièrement nouveau ;
• de mettre au point un plan d’action général qui détaille les actions à mener à plus petite échelle et les méthodes d’action spécifiques à utiliser dans le but de servir l’objectif principal (par exemple, quelles actions localisées ou de courte durée doivent être organisées en vue de servir la stratégie définie à un plan plus général).

Les méthodes d'action, de protestation ou de persuasion non-violentes

son évidemment nombreuses et variées. Gene Sharp en a répertorié 198 à titre d'exemple:

 1. Discours publics.

2. Lettres d’opposition ou de soutien.

3. Déclarations des organisations ou institutions.

4. Déclarations publiques signées.

5. Déclarations d’intention et réquisitoires.

6. Pétitions de groupe ou de masse.

7. Slogans, caricatures, et symboles.

8. Bannières, affiches, et communications visuelles.

9. Tracts, pamphlets, et livres.

10. Journaux et revues.

11. Enregistrements, radio et télévision.

12. Publicité aérienne et écriture au sol.

13. Délégations.

14. Prix satiriques.

15. Groupes de pression.

16. Piquets de grève.

17. Simulacre d’élections.

Actes publics symboliques

18. Exhibition de drapeaux et de couleurs symboliques.

19. Port de symboles.

20. Prières et cultes.

21. Livraison d’objets symboliques.

22. Protestations dénudées.

23. Destruction de ses propres possessions.

24. Lumières symboliques.

25. Exhibition de portraits.

26. Peinture de protestation.

27. Nouveaux signes et dénominations.

28. Sons symboliques.

29. Réclamations symboliques.

30. Gestes grossiers.

31. « Visites » récurrentes à des fonctionnaires.

32. Provocation de fonctionnaires.

33. Fraternisation.

34. Veilles.

35. Satires et farces humoristiques.

36. Exécution de pièces de théâtre et de musique.

37. Exécution de chants.

38. Marches.

39. Parades.

40. Processions religieuses.

41. Pèlerinages.

42. Défilés de voitures.

43. Deuil politique.

44. Fausses funérailles.

45. Funérailles avec manifestation.

46. Hommage sur une tombe.

47. Assemblées de protestation ou de soutien.

48. Meetings de protestation.

49. Réunions secrètes de protestation.

50. Séances d’enseignement ou de formation.

51. Départ groupé en signe de réprobation.

52. Silence.

53. Renoncement aux honneurs.

54. « Tourner le dos ».

55. Boycott social.

56. Boycott social sélectif.

57. Grève du sexe.

58. Excommunication.

59. Interdiction d’activité religieuse.

60. Suspension d’activités sociales et sportives.

61. Boycott d’activités sociales.

62. Grèves d’étudiants.

63. Désobéissance sociale.

 64. Démission d’institutions sociales.

65. Opération ville morte (ou rester chez soi).

66. Non-coopération personnelle totale.

67. Fuite de travailleurs.

68. Refuge dans un sanctuaire.

69. Disparition collective.

70. Émigration de protestation .

71. Boycott par les consommateurs.

72. Non-utilisation de biens boycottés.

73. Régime de restriction.

74. Refus de payer les locations.

75. Refus de prendre en location.

76. Boycott national de consommateurs.

77. Boycott international de consommateurs.

78. Boycott par les travailleurs.

79. Boycott par les producteurs (refus de vendre).

80. Boycott par les fournisseurs et grossistes.

Action des propriétaires et dirigeants

81. Boycott par les commerçants.

82. Refus de mettre en location ou de vendre les propriétés.

83. Renvoi du personnel (lockout).

84. Refus d’assistance industrielle.

85. Grève générale des commerçants.

86. Retrait des dépôts bancaires.

87. Refus de payer des frais, droits et taxes.

88. Refus de payer les dettes ou les intérêts.

89. Rupture de fonds et de crédit.

90. Refus de déclaration de revenus.

91. Refus de la monnaie du gouvernement.

92. Embargo domestique (intérieur).

93. Liste noire de commerçants.

94. Embargo international sur les ventes.

95. Embargo international sur les achats.

96. Embargo international du commerce.

97. Grève d’avertissement.

98. Grève éclair.

Grèves agricoles

99. Grèves des agriculteurs.

100. Grève des ouvriers agricoles.

101. Refus de travail forcé.

102. Grève des prisonniers.

103. Grève des artisans.

104. Grève professionnelle.

105. Grève d’établissement.

106. Grève d’un secteur industriel.

107. Grève de soutien.

108. Grève progressive.

109. Grève focalisée.

110. Travail au ralenti.

111. Grève du zèle.

112. Grève par « maladie ».

113. Grève par démissions successives.

114. Grève limitée.

115. Grève sélective.

116. Grève généralisée (à un secteur de l’économie).

117. Grève générale.

118. Ville morte .

119. Cessation d’activité économique.

120. Suppression ou rejet d’allégeance.

121. Refus du soutien public.

122. Littérature et discours en faveur de la résistance.

123. Boycott des corps législatifs.

124. Boycott des élections.

125. Boycott des emplois et situations au gouvernement.

126. Boycott des organismes gouvernementaux.

 127. Retrait des institutions d’éducation gouvernementales.

128. Boycott des organisations soutenues par le gouvernement.

129. Refus d’assistance aux agents de la force publique.

130. Enlèvement de ses propres signes et repères.

131. Refus de recevoir des officiels.

132. Refus de dissoudre des institutions existantes.

133. Docilité réticente et lente.

134. Non-obéissance en absence de contrôle direct.

135. Non-obéissance populaire.

136. Désobéissance déguisée.

137. Refus de dispersion d’un rassemblement ou d’un meeting.

138. Protestation assise (sitdown).

139. Noncoopération avec la conscription et la déportation.

140. Caches, fuites et fausses identités.

141. Désobéissance civile à des lois « illégitimes ».

142. Refus sélectif d’aides gouvernementales.

143. Blocage de lignes de commandement ou d’information.

144. Retard et obstruction.

145. Non-coopération administrative générale

146. Non-coopération judiciaire.

147. Inefficacité délibérée et noncoopération

sélective des agents de la force publique.

148. Mutinerie.

149. Évasions quasi légales et reports de tâches

150. Non-coopération par des unités gouvernementales constituées.

151. Changements dans les représentations, diplomatiques et autres.

152. Retard et annulation d’événements diplomatiques.

153. Cessation de reconnaissance diplomatique.

154. Rupture de relations diplomatiques.

155. Retrait d’organisations internationales.

156. Refus d’adhésion à des organismes internationaux.

157. Expulsion d’organisations internationales.

158. Exposition volontaire aux éléments.

159. Jeûne.

 (a) Jeûne de pression morale.

 (b) Grève de la faim limitée.

 (c) Grève de la faim illimitée.

160. Renversement de procès.

161. Harcèlement nonviolent.

162. Sit-in.

163. Occupation d’espace debout.

164. Occupation à cheval, à vélo, en voiture, etc.

165. Occupation d’un lieu interdit.

166. Occupation bourdonnante.

167. Occupation avec prières (pour forcer à…).

168. Raids nonviolents.

169. Raids aériens nonviolents.

170. Invasion nonviolente.

171. Interposition nonviolente.

172. Obstruction nonviolente.

173. Occupation nonviolente.

174. Établissement de nouveaux modèles sociaux.

175. Surchargement ou engorgement de services.

176. Achats au ralenti.

177. Interventions orales en public.

178. Théâtre de guérilla.

179. Institutions sociales alternatives.

180. Système alternatif de communication.

181. Grève inversée par excès de travail.

182. Grève sur le tas.

183. Prise de contrôle nonviolente d’un terrain.

184. Défiance d’une restriction ou d’un blocus.

185. Contrefaçon politiquement motivée.

186. Achat préventif de produits stratégiques.

187. Saisie d’actifs.

188. Dumping (vente massive à bas prix).

189. Soutien sélectif de produits ou de marques…

190. Marchés alternatifs.

191. Systèmes alternatifs de transport.

192. Institutions économiques alternatives.

193. Surcharge de systèmes administratifs.

194. Révélation d’identité d’agents secrets.

195. Recherche d’emprisonnement.

196. Désobéissance civile à des lois anodines.

197. Participation sans collaboration.

198. Double pouvoir et gouvernement parallèle.

Évidemment, beaucoup d’autres méthodes ont déjà été utilisées mais n’ont pas été classées. De même, une multitude d’autres méthodes seront encore inventées dans le futur qui auront les caractéristiques des trois classes de méthodes: Protestation et persuasion non-violente, non-coopération, et intervention non-violente.
Il faut bien comprendre que la meilleure efficacité sera obtenue si la méthode est choisie en fonction d’une stratégie préalablement adoptée. Il est nécessaire de connaître le genre de pression qu’on veut exercer avant de choisir la forme d’action précise qui exercera cette pression.

Le refus de l'inhumain et de la barbarie va bien évidemment concerner tous les domaines: la science, la technologie, l'économie, la politique, la culture, la médecine, l'environnement, l'écologie, la religion ou la spiritualité.
Ce refus est un choix de vie ! Un choix éthique bien entendu.
Il va concerner le rapport de soi à soi, le rapport aux autres, à la matérialité, à l'environnement: toutes les dimensions de la vie en clair. Une pacification indispensable:
Ces aptitudes de notre cerveau existent, elles ont été démontrées par les rencherches en neuroscience. Tout comme l'ont été les capacités contraires que nous appelons l'agressivité ou la dissociation:

Les personnes victimes de violences répétées - 20% des femmes et 8% des hommes en France - présentent de grandes difficultés à gérer leurs émotions: elles peuvent avoir des comportements paradoxaux orientés vers la destruction de soi ou de l'autre. Leur personnalité est fragmentée.

Elles présentent des phénomènes de déconnexion psychique appelés dissociation qui survient quand il y a hyperstimulation des amygdales situées dans le cerveau émotionnel; cette sollicitation va déconnecter le cortex cérébral qui nous permet d'analyser et de contextualiser les événements. Il s'en suit des comportements excessifs et addictifs: autoagressions (suicide, mutilations), prises de risques (conduite, sexe, etc.), boulimie ou anorexie, jeux d'argent, achats compulsifs, adhésion à des mouvements violents, à des sectes, actes violents, délinquance…

Une partie des réponses et des solutions à donner seront de nature spirituelle: " Des études financées par le National Institute of Health (NIH) aux États-Unis ont montré des liens entre la méditation de pleine conscience et des changements mesurables dans les régions du cerveau impliquées dans la mémoire, l'apprentissage et l'émotion, ainsi que le fait que les pratiques de pleine conscience peuvent réduire l'anxiété et l'hostilité des jeunes en milieu urbain. conduire à une réduction du stress, moins de combats et de meilleures relations.

La pratique de la pleine conscience ne dure pas 15 minutes chaque jour, mais plutôt une technique qui se pratique tout au long de la journée, même lors d'activités extrêmement triviales. La pleine conscience en tant que pratique consiste simplement à attirer l'attention sur le moment présent et à regarder comment son esprit - vos émotions et vos pensées - réagit à chaque situation.

En étant conscient de son état, on peut reconnaître les schémas de réponses négatives qui conduisent à un comportement malsain et les faire connaître pleinement. Avec ce type de prise de conscience, la façon de réagir à une situation devient un choix et non un réflexe. Source: RSF, William Brown | 2 janvier 2019 "

Si la non-violence absolue est un mythe et une illusion, la non-violence choisie ne l'est pas. Nous sommes toutes et tous placés devant l'enjeu de cette histoire. Un amérindien Cherokee disait à son peut-fils:  « Une lutte est en cours à l’intérieur de moi, disait-il à l'enfant. C'est une lutte terrible entre deux loups. L'un est plein d'envie, de colère, d'avarice, d'arrogance, de ressentiment, de mensonge, de supériorité, de fausse fierté. L'autre est bon, paisible, heureux, serein, humble, généreux, vrai et rempli de compassion. Cette lutte a aussi lieu en toi, mon enfant, et en chaque personne. » Le petit-fils réfléchit un instant et interrogea son grand-père :« Lequel de ces deux loups va gagner la lutte ?» Le vieil Indien répondit simplement : « Celui que tu vas nourrir. »
Il y a à décider à chaque instant ce que nous allons nourrir, ce à quoi nous allons donner de l'importance. Ce qui mérite notre attention, ce que nous aimerions vouloir pour toutes et tout, en d'autre terme ce qui à de la valeur devant l'éternité...
Bien souvent, nous attachons trop d'importance au négatif, aux états déplaisants. Trot souvent, à cause d'une quête idéale de soi, nous portons peu d'attention aux états plaisants. En réalité tout ce qui est bon, beau, utile, agréable, pratique, juste, nécessaire mérite notre attention. 
L'idéal des prophètes bibliques se résumait à la paix, la sécurité, la justice, le pain quotidien et les relations fraternelles pour TOUS !
Une utopie? Peut-être mais il en faut pour avancer et changer ce qui peut l'être. En son temps, la bande à Jésus voulait une royaume céleste. 
Pour Gerg Theissen, le phénomène Jésus est à situer dans une société éclatée parcourue par des tensions nées notamment de l’occupation romaine ; il y avait beaucoup d’agressivité ; tous rêvaient de voir Dieu chasser l’occupant et rendre à Israël sa splendeur. Un petit groupe de marginaux est apparu sous la conduite de Jésus ; ils ont fait l’expérience d’une spiritualité renouvelée en prônant une vision nouvelle de l’amour et de la réconciliation, tous deux destinés à régénérer la société de l’intérieur. Étaient-ils, au sens moderne du terme, des pacifistes ? Ou des doux rêveurs, pauvres en agressivité, insensibles aux problèmes de leur temps ? Les sources évangéliques démentent cette image d’Épinal. Jésus et ses adeptes ont mis au service de leur vision nouvelle une critique radicale de la richesse et de l’abus des biens matériels, du pouvoir du temple, des pharisiens et des prêtres, de l’exclusion des malades, des pauvres ou encore des tabous religieux. Ainsi, « une grande partie de l'agressivité était détournée, déplacée et symbolisée. C'est ce traitement de l'agressivité qui permit alors de créer l'espace nécessaire à la nouvelle vision de l'amour et de la réconciliation, dont le nouveau commandement de l'amour des ennemis occupait le centre. Le surgissement de cette vision elle-même reste une énigme, car on peut retenir la conclusion inverse : les différentes formes du traitement de l’agressivité présupposaient une absence d'angoisse, une nouvelle confiance fondamentale dans la réalité, celle qui rayonne de la figure de Jésus — jusqu'à aujourd'hui.»
Aujourd'hui encore le déplacement et le détournement de agressivité est d'actualité...

       

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