Dans nos sociétés sécularisées, tout est bien sûr politique, le temps c'est de l'argent, tout est sexuel, tout est vain, tout est relatif... Y a-t-il encore une énergie pour résister?

Aujourd'hui, les temps ont changé, dit-on. En Occident, les autorités sont devenues un peu moins cruelles
il y a les "'droits de l'homme", la "démocratie", la "liberté de conscience", etc. Bref, la vie est sans doute plus
agréable que par le passé. Résister est-il devenu inutile ? N'avons-nous plus rien à revendiquer ?
Résister oui, mais en fonction de quoi ?

Cette approche réclame une autonomie du sujet pensant et agissant. Paul Ricoeur en formule les principes ainsi:  Le présupposé de la vie bonne, du côté de la morale, réclame le principe d'universalité. « Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne loi universelle. » Quiconque se soumet à cet impératif est autonome, c'est-à-dire auteur de la loi à laquelle il obéit. Se pose alors la question du vide, de la vacuité, de cette règle qui ne dit rien de particulier. C'est pour compenser ce vide du formalisme que Kant a introduit le second impératif catégorique, dans lequel nous pouvons reconnaître l'équivalent, au plan moral, de la sollicitude au plan éthique. Je rappelle les termes de la reformulation de l'impératif catégorique qui va permettre d'élever le respect au même rang que la sollicitude : « Agis toujours de telle façon que tu traites l'humanité dans ta propre personne et dans celle d'autrui, non pas seulement comme un moyen, mais toujours aussi comme une fin en soi. » Cette idée de la personne comme fin en soi est tout à fait décisive : elle équilibre le formalisme du premier impératif. C'est ici qu'on demandera sans doute ce que le respect ajoute à la sollicitude et, en général, la morale à l'éthique. Ma réponse est brève : c'est à cause de la violence qu'il faut passer de l'éthique à la morale. Lorsque Kant dit qu'on ne doit pas traiter la personne comme un moyen mais comme une fin en soi, il présuppose que le rapport spontané d'homme à homme, c'est précisément l'exploitation. Celle-ci est inscrite dans la structure même de l'interaction humaine. On se représente trop facilement l'interaction comme un affrontement ou comme une coopération entre des agents de force égale. Ce qu'il faut d'abord prendre en compte, c'est une situation où l'un exerce un pouvoir sur l’autre, et où par conséquent à l'agent correspond un patient qui est potentiellement la victime de l'action du premier. Sur cette dissymétrie de base se greffent toutes les dérives maléfiques de l'interaction, résultant du pouvoir exercé par une volonté sur une autre. Cela va depuis l'influence jusqu'au meurtre et à la torture, en passant par la violence physique, le vol et le viol, la contrainte psychique, la tromperie, la ruse, etc. Face à ces multiples figures du mal, la morale s'exprime par des interdictions structurantes : « Tu ne tueras pas ». « Tu ne mentiras pas », etc. La morale, en ce sens, est la figure que revêt la sollicitude face à la violence et à la menace de la violence. A toutes les figures du mal de la violence répond l'interdiction morale. Là réside sans doute la raison ultime pour laquelle la forme négative de l'interdiction est inexpugnable. C'est ce que Kant a parfaitement aperçu. A cet égard, la seconde formule de l'impératif catégorique, citée plus haut, exprime la formalisation d'une antique règle, appelée Règle d'Or, qui dit : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te soit fait. » Kant formalise cette règle en introduisant l'idée d'humanité - l'humanité dans ma personne et dans la personne d'autrui -, idée qui est la forme concrète et, si l'on peut dire, historique de l'autonomie.

L'idée d'humanité individualisée nécessite une morale, un cercle vertueux. En tant qu'êtres humains, nous serons invités à nous respecter les uns les autres (dans notre propre groupe d'appartenance du moins!) ainsi que certaines règles de vie en société. Des règles de collaboration (il faut s'entraider pour atteindre un objectif), de réciprocité (il faut savoir donner autant que recevoir), d'empathie (je me mets à la place de l'autre dans ce qu'il peut ressentir), de confiance et d'autres encore, très nombreuses, que nous appliquons quotidiennement de façon tout à fait automatique. Des règles qui s'appuient sur une réalité neuronale: notre cerveau moral. Compter partiellement aussi sur une histoire en évolution .


Pour que le plus humain de l’humain puisse s’exprimer vraiment, il lui faudra pouvoir bénéficier des libertés fondamentales. On peut distinguer différentes catégories. Les droits inhérents à la personne humaine : ils sont pour la plupart établis par la Déclaration de 1789. Il s’agit de l’égalité, de la liberté, de la propriété, de la sûreté et de la résistance à l’oppression. Du principe d’égalité découlent, par exemple, le suffrage universel, l’égalité des sexes, mais aussi l’égalité devant la loi, l’emploi, l’impôt, la justice, l’accès à la culture.Le principe de liberté induit l’existence de la liberté individuelle, d’opinion, d’expression, de réunion, de culte, de la liberté syndicale et du droit de grève.Le droit de propriété implique la liberté de disposer de ses biens et d’entreprendre.Le droit à la sûreté justifie l’interdiction de tout arbitraire, la présomption d’innocence, le respect des droits de la défense, la protection de la liberté individuelle par la justice.Les droits sociaux, c’est-à-dire les prestations à la charge de la collectivité : on peut citer le droit à l’emploi, à la protection de la santé, à la gratuité de l’enseignement public.Les droits dits "de troisième génération" énoncés dans la Charte de l’environnement qui affirme le droit de chacun de "vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé" et qui consacre la notion de développement durable et le principe de précaution.

Si nous pouvons nous réjouir d'avancées notoires dans l'expression et la formulation des droits humains, nos sociétés demeurent traversée par des intérêts violents qui rendent un partage équitable des biens et ressources impossible. La loi des plus forts demeure une triste réalité ! Tout est régi par la rareté. Par le désir d'avoir une vie plus ample et plus riche. Nous sommes esclaves de nos besoins: confort, sécurité, richesse, puissance, gloire, jouissances à tout-va. Et notre addiction génère un individualisme forcené, l'exploitation des plus faibles, etc.

Le devoir de s'indigner s'accompagne du droit à la désobéissance civile...

L'évolution a d'abord été physique, chimique ensuite, biologique, culturelle: la prochaine étape devrait être une évolution spirituelle qui nécessite un changement dans notre compréhension du monde:

Un changement d'approche du réel sera nécessaire: d'abord d'en finir avec les dogmes déterministes figés dans un univers à 4 dimensions, un modèle incapable de lier la relativité générale d'Einstein et la physique quantique. Des modèles théoriques existent chez Philippe Guillemant ou Nassim Haramein.

Un changement sera aussi nécessaire dans notre approche du religieux:

Résister, c'est en effet aller vers ce qui est bien, beau, bon, utile, agréable, ou nécessaire  POUR TOUS !


       

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