Les états modifiés de conscience

 Sous l'étiquette "états modifiés de conscience" (EMC, Altered State of Consciousness ASC) on rassemble un certain nombre d'expériences au cours desquelles le sujet a l'impression que le fonctionnement habituel de sa conscience se dérègle et qu'il vit un autre rapport au monde, à lui-même, à son corps, à son identité. Robert Monroe[1] a eu l'idée de mélanger les signaux binauraux entre eux et d'induire ainsi des états de conscience spécifiques, spéciaux : un signal Thêta (sommeil) couplé à un signal Bêta (état d'éveil) induit un état particulier où le corps est endormi, alors que l'esprit veille et cela provoquerait de mystérieuses expériences mentales, telle la sensation d'être hors de son corps, par exemple. Ce que certains expérimentaient auparavant grâce à des années de travail consacrées à la méditation devenait accessible grâce à la technologie.

De nombreux tests ont été effectués sur l’influence de ces signaux couplés. La plupart du temps, ceux qui s’y prêtent rapportent une expérience à caractère exceptionnel, allant de la télékinésie aux visions mystiques, et qui ressemble fortement aux témoignages de ceux qui ont vécus des « expériences hors du corps » sans aide extérieure. Ces derniers représentent  environ dix pour cent de la population, selon la moyenne des études statistiques réalisées dans ce domaine (Pr Haraldson, Islande 1977 ; Pr Blackmore, Angleterre 1978, Bristol 1984…).

 

Le Français Patrick Drouot, physicien de formation qui a collaboré aux recherches de l'Institut Monroe, a établi une certaine « cartographie » des états d'expansion de conscience pouvant être obtenus à l'aide de stimulations cérébrales. Il s'agit selon lui essentiellement d'une démarche spirituelle faite d’un voyage hors du temps linéaire et pouvant atteindre les plans cosmiques. Drouot atteignit  lui-même, lors d’une expérience sous le contrôle du Dr Atwater, des états télépathiques durant lesquels il prétend  avoir raconté l’histoire de personnes qu’il ne connaissait pas (on ne lui présentât qu’une photo) avec 90 % d’exactitude dans les faits relatés. Son cerveau était stimulé par des ondes Delta dans le but de le relaxer avant l’expérience, et ses ondes cérébrales contrôlées par un enregistrement EEG. Les chercheurs ont observé à certains moments de son récit des trains d’ondes Gamma (de 16 à 35 Hz) de haute amplitude,  ce qui pour lui correspond à un passage dans une autre dimension spatio-temporelle, mais pourrait bien sûr aussi relever du doux délire poétique. Toutefois, rien n’est moins sûr car des travaux récents ont confirmé l'importance des activités bêta et gamma comme marqueur de l'attention, de l'appariement des concepts, de la décision lexicale, ainsi que de la perception visuelle consciente d'une forme (Varela, revue Nature, 2000). Plus récemment encore, une étude a montré une augmentation d'amplitude et de durée de l'activité gamma chez des moines bouddhistes méditant sur le thème de la compassion: l'activité gamma se révèle donc aussi un marqueur neurophysiologique de la conscience méditative (Lutz et al., PNAS, 2004). Cette découverte est à notre connaissance la première à démontrer clairement l'impact d'une activité mentale volontaire hautement conscientisée, et de la pratique de cet état particulier de conscience, sur le fonctionnement neuronal. Cela vient d’être confirmé par une équipe de chercheurs norvégiens et néerlandais qui a découvert un mécanisme grâce auquel le cerveau différencie des informations de nature distincte. Publié dans la revue Nature, l'article décrit la façon dont les ondes gamma (des ondes cérébrales qui contribueraient à la perception consciente), fonctionnent sur différentes fréquences en fonction du type d'informations qu'elles véhiculent.

Les chercheurs ont étudié les ondes cérébrales sur des rats, en s'intéressant plus spécialement à trois zones distinctes de l'hippocampe, la partie du cerveau principalement responsable de la mémoire à long terme et du repérage dans l'espace. «Nous avons découvert l'existence d'ondes gamma rapides et lentes, venant de différentes zones du cerveau, exactement comme des stations de radio émettant sur des fréquences distinctes», explique Laura Colgin, auteur principal de l'étude et réalisant un post-doctorat au Kavli Institute for Systems Neuroscience and Centre for the Biology of Memory en Norvège. «Lorsque les cellules nerveuses veulent se connecter, elles synchronisent leur activité», poursuit Mlle Colgin. «Littéralement, elles accordent leur longueur d'onde. Nous avons notamment étudié le rôle des ondes gamma dans la communication entre des groupes de cellules dans l'hippocampe, et avons découvert ce qui peut être décrit comme un système de radios dans le cerveau. Les basses fréquences transportent la mémoire des expériences passées, les plus hautes véhiculent ce qui se passe sur le moment

Les chercheurs supposaient jusqu'ici que le traitement de l'information par le cerveau suivait des voies fixes. Cette nouvelle étude suggère que le cerveau est en fait bien plus souple. «Une cellule donnée dans le cerveau reçoit des milliers d'entrées, mais elle peut choisir de n'en écouter qu'une et d'ignorer le reste. En outre, ce choix peut changer à tout moment», résume le Dr Edvard Moser, directeur du Kavli Institute for Systems Neuroscience. «Nous pensons que la commutation gamma est un principe général dans le cerveau, qui sert à renforcer les communications entre les régions cérébrales.»[2] Il y a donc bien une intentionnalité de la conscience non réductible à de simples états du fonctionnement inconscient du cerveau. L’idée fait en tous les cas son chemin. Une expérience étonnante menée sur des rats par l’équipe de Jimo Borjigin[3] de l’université du Michigan a ainsi montré une forte augmentation durant trente secondes des oscillations gamma même après l’arrêt du cœur  des animaux. Quelque chose excite des millions de neurones simultanément dans de nombreuses zones différentes du cerveau même après la mort cérébrale! L’activité n’est pas chaotique et il y a bien une connectivité non imputable aux seuls neurones. Si cela prouve que les rats ont une conscience, comment ne pas y voir aussi l’existence d’une conscience non-localisée dont nous parlent celles et ceux qui ont vécu une EMI  ou des états de conscience modifiée? Il y a bien un au-delà à l’immanence.

Les interventions corps-esprit (MBI) telles que la méditation, le yoga et le Tai Chi ne nous détendent pas simplement; ils peuvent «inverser» les réactions moléculaires dans notre ADN qui causent la mauvaise santé et la dépression, selon une étude menée par les universités de Coventry et Radboud.

La recherche, publiée dans la revue Frontiers in Immunology , passe en revue une décennie d'études analysant comment le comportement de nos gènes est affecté par différents MBI, y compris la pleine conscience et le yoga.

Les experts des universités concluent que, examinées ensemble, les 18 études - avec 846 participants sur 11 ans - révèlent une tendance dans les changements moléculaires qui surviennent dans le corps à la suite des MBI, et comment ces changements profitent à nos capacités mentales et mentales. santé physique.

Les chercheurs se concentrent sur la façon dont l'expression des gènes est affectée; en d'autres termes, la façon dont les gènes s'activent pour produire des protéines qui influencent la constitution biologique du corps, du cerveau et du système immunitaire.

Quand une personne est exposée à un événement stressant, son système nerveux sympathique (SNS) - le système responsable de la réponse «combat-ou-fuite» - est déclenché, augmentant à son tour la production d'une molécule appelée facteur nucléaire kappa B ( NF-kB) qui régule la façon dont nos gènes sont exprimés.

NF-kB traduit le stress en activant des gènes pour produire des protéines appelées cytokines qui provoquent une inflammation au niveau cellulaire - une réaction qui est utile comme une réaction de fuite ou de fuite de courte durée, mais si elle entraîne un risque plus élevé de cancer, accélérée le vieillissement et les troubles psychiatriques comme la dépression.

Selon l'étude, cependant, les personnes qui pratiquent MBI ont l'effet inverse - à savoir une diminution de la production de NF-kB et de cytokines, conduisant à une inversion du profil d'expression génique pro-inflammatoire et une réduction du risque d'inflammation- maladies et conditions connexes.

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[1] Robert Allan Monroe (1915–1995) était un homme d'affaires fortuné et un ingénieur du son, à la tête de nombreux médias aux Etats-Unis. Il s'est intéressé à la parapsychologie lorsqu'il raconte avoir l'impression de "sortir de son corps". Il créera l’institut Monroe dédié à l’exploration de la conscience humaine.

[2] Revue Nature, 19 novembre 2009, vol. 462.

[3] Source PNAS, vo.110 no 35, juillet 2013.

       

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