À l'heure où les démocraties sont en recul en Europe, au Moyen-Orient, aux USA comme en Amérique latine, la question mérite d'être débattue: sommes-nous libres?

Ne vous demandez pas pourquoi vous êtes libres mais en vue de quoi affirmait déjà Nietzsche ; la formule est pertinente. Reste que la question est débattue de manière nouvelle avec les travaux de la neuroscience car il se pourrait que la liberté soit un leurre.

Peut-on encore y croire décemment ? La science déterministe le conteste et le fait savoir à travers de nombreuses expériences relayées de manière univoque par les médias. Ainsi nous apprend-on que l’amour d’un couple ne dure que trois ans. Nous serions tout au plus des animaux spirituels conditionnés par leur nature biologique. D’autres expériences font état de notre liberté illusoire. Nous n’aurions en réalité aucun libre arbitre. Les expériences menées en neuroscience par Benjamin Libbet et reprises depuis en s’appuyant sur l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) montrent que notre cerveau prendrait les décisions dans un laps de temps de 200 à 350 millisecondes avant que nous en ayons conscience. De là à dire que notre sentiment de libre choix est une illusion, il n’y a qu’un pas, que plusieurs neurobiologistes n’hésitent plus à franchir. Mais cela sonnerait le glas de l’idée de la liberté humaine, et avec elle celui de la responsabilité individuelle. Nous aurions alors à revoir notamment tout notre système judiciaire. Faut-il franchir le pas et s’accommoder d’un état de fait ? Ces expériences sont-elles suffisamment fiables ? Elles le sont, n’en doutons pas, mais comme souvent en science, c’est l’étroitesse du champ exploratoire qui fait problème. Nous avons bien, en vérité, un mécanisme inconscient d’ajustement au monde, une sorte de programme autonome qui nous permet de nous adapter à la réalité en évitant ce qui pourrait nous faire souffrir, nous mener à l’échec ou nous empêcher toute possibilité de fuite. Là, les décisions sont prises dans une sorte d’arc réflexe ; des suggestions nous sont proposées par notre cerveau ; en mode automatique, nous les suivons largement, ce qui n’empêche pas de les mettre en cause ni de faire un autre choix quand l’adaptation à la réalité est plus complexe, quand il nous faut réfléchir face à des enjeux éthiques par exemple. Nier cette réalité, reviendrait à définir le cerveau comme un ordinateur autonome-évolutif qui déciderait à notre place de tout à partir de nos expériences passées. « Mais cette conclusion n’est pas satisfaisante. Parce que la créativité de nos dialogues intérieurs, l’irruption d’intuitions fulgurantes, de ressources insoupçonnées, de sentiments saisissants, voire de prémonitions ne proviennent pas de nos acquis et, surtout, comment pourrait-on affirmer que cette petite masse de matière grise aurait une capacité aussi élaborée de décision ? Dire « c’est le cerveau qui décide » reviendrait à dire qu’un ordinateur, capable aujourd’hui d'accumuler plus de données que le cerveau humain, saurait faire preuve de la créativité que nous exprimons à chaque instant. Cette interprétation n’est pas convaincante. Même pour la Science (Thierry Vissac - mai 2012 in http://www.istenqs.org). » À cela, il faut encore ajouter l’énigme de la loi morale et de l’altruisme. Les explications évolutionnistes de types darwiniennes ne sont guère convaincantes car ces comportements avérés ne sont pas de type donnant-donnant et viennent contredire nos automatismes instinctifs. Pourtant, nous ressentons la motivation à pratiquer ce type d’amour malgré notre propension à ne pas écouter la voix intérieure de notre instinct de survie, de notre conditionnement ou celle encore de notre intérêt immédiat. L’altruisme, très souvent, n’est-il pas un comportement ignorant les risques et dangers de mort ?

La liberté a toujours été exaltée, exagérée ou totalement relativisée, voire niée. La psychanalyse y a contribué avec sa vision mécaniste des instances de la psyché (le ça, le moi et le surmoi) sensées nous gouverner inconsciemment (CF. le soupçon). Les religions du Livre ont défendu la providence, la prédestination, en tous les cas la nécessité de se soumettre et d s’en remettre à la volonté divine. Le marxisme dénonçait notre chosification et notre rapport aliéné au capitalisme en prônant la lutte des classes et la révolution mondiale par la dictature éclairée du prolétariat. Quant à l’idéologie marchande elle nous invite à la consommation à outrance parce que nous le valons bien ! Le summum de la liberté est soi-disant de pouvoir faire comme on veut, ce qu’on veut, quand on veut avec qui on veut !

S'il y a un piège à éviter, c'est celui de la sacralisation car tout peut être sacralisé : le prophète, la religion, le profit économique, la science, la technologie, le progrès, le sexe, la raison, l'émotivité, etc. Nous assistons à une flambée de fanatismes et d'approches exclusives. Dès lors, il devient urgent et nécessaire de plaider – avec Pierre Bühler – pour une tolérance existentielle construite sur des bases très précises et exigeantes faites de réciprocité sans complaisance. Urgent de rappeler que l'enracinement de toute croyance s'exprime dans un système qui n'est pas objectif, mais subjectif et intersubjectif ! Une conviction ne peut se référer à la vérité au sens d'une totalité, mais seulement comme une vérité crue, confessée, attestée, vécue ; et le fait qu'elle se soit imposée à moi ne signifie pas qu'elle doive s'imposer à un autre. La tolérance existentielle est un socle indispensable au débat d'idées...et bien sûr aussi au fonctionnement démocratique.
La tolérance existentielle permet le dialogue et l'écoute dans le respect mutuel.
C'est indispensable: la situation en France le dit a contrario...
De quoi s'agit-il?
Les surgissements de violence s'accompagnent souvent du mécanisme du bous émissaire:
Tout progrès va devoir être un dépassement de la violence du sacré, maîtrise en somme du désir mimétique. 
La liberté se gagne de hautes luttes!

Notre histoire humaine témoigne des progrès accomplis:

Pour que le plus humain de l’humain puisse s’exprimer vraiment, il lui faudra pouvoir bénéficier des libertés fondamentales. On peut distinguer différentes catégories. Les droits inhérents à la personne humaine : ils sont pour la plupart établis par la Déclaration de 1789. Il s’agit de l’égalité, de la liberté, de la propriété, de la sûreté et de la résistance à l’oppression. Du principe d’égalité découlent, par exemple, le suffrage universel, l’égalité des sexes, mais aussi l’égalité devant la loi, l’emploi, l’impôt, la justice, l’accès à la culture.

Le principe de liberté induit l’existence de la liberté individuelle, d’opinion, d’expression, de réunion, de culte, de la liberté syndicale et du droit de grève.

Le droit de propriété implique la liberté de disposer de ses biens et d’entreprendre.

Le droit à la sûreté justifie l’interdiction de tout arbitraire, la présomption d’innocence, le respect des droits de la défense, la protection de la liberté individuelle par la justice.

Les droits sociaux, c’est-à-dire les prestations à la charge de la collectivité : on peut citer le droit à l’emploi, à la protection de la santé, à la gratuité de l’enseignement public.

Les droits dits "de troisième génération" énoncés dans la Charte de l’environnement qui affirme le droit de chacun de "vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé" et qui consacre la notion de développement durable et le principe de précaution.

Les avancées sont lentes et fragiles. Nous peinons à sortir de l'obscurantisme, des passions et pulsions violentes, de l'exploitation  honteuse des plus faibles, etc. Il nous faudra inventer d'autres contrats sociaux plus vertueux et plus respectueux de l'environnement (CF décroissance et sobriété heureuse, Idriss Aberkane, la décroissance).
Jusqu'à présent toutes les idéologies ont échoué à nous faire prendre la bonne direction. La solutions serait-elle spirituelle?
Notons tout d'abord la nécessité de s'indigner:

Et la nécessité de sortir du vite pensé. La réalité est complexe, aucune réponse en conséquence ne sera simple ou simpliste ! Vivre avec la complexité, c'est aussi oser penser librement sans se laisser aliéner par le consumérisme ou la pensée déterministe qui distille son obsession du néant et de l'absurde en clamant que l'univers est un gigantesque machine à combiner les possibles, sans âme, en fonction des lois connues et inconnues, du hasard et des coïncidences heureuses, un univers dans lequel nous sommes un accident, un univers qui finira de toute façon par disparaître...C'est paraît-il le chemin de la lucidité assumé! J'y vois plutôt un terrorisme pseudo-scientifique bien arrangeant.


       

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