Pour apprendre à mieux se connaître soi-même, il faut oser affronter la danse de nos besoins, la charge de nos addictions et celle de nos dépendances. Identifier nos besoins basiques. Savoir que nous sommes habités par le besoin viscéral de sécurité, de confort, de richesse, de pouvoir, de gloire, de jouissances ou d'épanouissement personnel. C'est une quête sans fin car un besoin comblé est aussitôt remplacé par un autre. La course à la satisfaction de nos besoins est devenue la norme socialement admise fondée sur la conviction qu'on n'a qu'une vie et qu'il faut en profiter. L'objectif est simple mais guère facile à atteindre. Il y a toujours des obstacles qui viennent compliquer notre quête. Elle est d'ailleurs souvent compulsive car liée plus ou moins consciemment à ce besoin viscéral de compenser la conscience du néant, celle aussi de la mort et celle de tous les dangers qui nous menacent: rien n'est assuré, tout peut arriver, le bon comme le pire !
( CF. la manière dont l'auteure détaille nos stratégies enfantines)
Nous devrons aussi affronter cette quête du moi idéalisé...
Changer notre manière d'être va se révéler crucial car les déséquilibres sont multiples.
Pensons aux TOC (troubles obsessionnels compulsifs) dont les formes les plus courantes sont : 1. Oublier, se tromper. 2. Qu’un malheur se produise. 3. Le besoin de symétrie et d’exactitude. 4. Amasser et ne pas jeter. 5. Les pensées agressives, immorales ou non assumées. 6. Être contaminé. La personne qui souffre de ce trouble obsessionnel est excessivement préoccupée, voire dégoutée par les sécrétions corporelles en tout genre, les produits toxiques, les contaminants environnementaux, les insectes, les microbes…

Pensons aux nouvelles formes d'addictions:

1. L'addiction au smartphone 2. La dépendance au shopping 3. Le besoin compulsif de faire parler de soi sur les forums, coucou les Trolls 4. L'addiction au Coca 5. L'orthorexie, ou phobie de la malbouffe 6. La dépendance au like 7. L'addiction à la chirurgie esthétique 8. La dépendance aux applis de rencontre 9. L'addiction aux jeux vidéo 10. La boulotmanie...

Pensons aux risques de dépendances multiples: aux drogues durs ou dites douces, à la nicotine, à l’alcool, au sexe, aux barbituriques, aux médicaments, aux jeux, à l’adrénaline, au pouvoir, à la gloire, aux biens matériels, au look, à la chirurgie esthétique, aux animaux domestiques, au sucre, au sel, etc.

Cela dit des choses importantes sur notre époque post-moderne:

Dans un de ses textes, Georges Monbiot a qualifié notre époque d'« âge de la solitude ». Nous avons créé des sociétés humaines dans lesquelles il n'a jamais été aussi facile de vivre coupé des autres. Selon Bruce Alexander, le créateur du parc à rats, nous nous préoccupons depuis trop longtemps de la manière de guérir l'addiction au cas par cas. Il est temps, à présent, de porter nos efforts sur la guérison sociale : comment guérir, tous ensemble, la maladie de l'isolement qui s'est abattue sur nous ?

Dans les années 1970, un professeur en psychologie de Vancouver, Bruce Alexander, avait remarqué que quelque chose ne collait pas. Les rats observés étaient seuls dans leur cage et ils n'avaient rien d'autre à faire que de se droguer. Que se passerait-il, se demandait-il, si l'on procédait différemment ? Il avait donc construit un parc à rats, une cage confortable où les rongeurs pouvaient jouer avec des balles colorées. Ils étaient très bien nourris, disposaient de tunnels où gambader et étaient entourés de congénères. De quoi plaire aux rats les plus exigeants... Qu'allait-il se produire ? 

Dans le parc, les rats avaient goûté aux deux biberons, ne sachant pas ce qu'ils contenaient. La suite avait été des plus étonnantes. Dans leur grande majorité, les rats qui menaient la belle vie n'étaient pas attirés par l'eau additionnée d'héroïne. Ils buvaient en moyenne un quart de ce que les sujets isolés consommaient, et ne développaient pas de dépendance. Aucun n'y succombait. A l'inverse, les rats isolés ou malheureux devenaient rapidement accro. 

Autre repère : La guerre du Vietnam. Selon Time Magazine, les Gis y consommaient de l'héroïne « aussi facilement que du chewing-gum ». Les chiffres publiés dans Archives of General Psychiatry le prouvent : au Vietnam, 20% des soldats étaient accro à l'héroïne. De quoi terroriser leurs compatriotes, restés au pays, qui pensaient logiquement qu'une horde de toxicomanes rentrerait aux Etats-Unis à la fin de la guerre. 

Or, selon la même étude, 95% des soldats toxicomanes avaient décroché d'eux-mêmes, le plus souvent sans cure de désintox. Ils étaient passés d'une cage terrifiante à une cage agréable, et la drogue ne leur était plus d'aucune utilité.

Pour le Pr. Peter Cohen, nous éprouvons tous un besoin viscéral de créer du lien. C'est ce qui nous comble. Quand c'est impossible, nous prenons ce que nous avons sous la main - le ronronnement d'une roulette de casino ou la piqûre d'une seringue. Selon lui, il faut arrêter de parler de dépendance et préférer le terme de connexion. Faute de pouvoir nouer des liens profonds, on se connecte à l'héroïne.

L'inverse de l'addiction n'est donc pas l'abstinence mais le lien social.

Pour le sociologue Vincent de Gaulejac, les sociétés hypermodernes exacerbent la nécessité de s'affirmer comme individu autonome pour se conformer à l'idéologie de la réalisation de soi-même. Beau paradoxe puisque chacun doit cultiver son identité personnelle en se conformant à l'injonction d'être un sujet responsable de lui-même, de ses actes, de ses désirs, de son existence sociale. Les sociétés hypermodernes poussent jusqu'au paradoxe la nécessité de s'affirmer comme singulier et autonome tout en nous obligeant à nous conformer à des codes sociaux normatifs stricts. Le sujet cognitif et le sujet du désir entrent en conflits, en tensions entre l'être humain et l'être en société. Dans le contexte de la sécularisation, c'est le sujet qui prend la place de Dieu comme créateur de son existence, comme producteur, entrepreneur, révélation de son moi intime, et non les institutions. En cette quête bornée, il y a risque de lourdeurs…

Le sujet individuel et collectif peut être créateur et destructeur de vie. La tension entre le moi et l'idéal du moi peut conduire à la dépression. L'idéologie de la réalisation de soi-même renvoie à l'obligation de se faire une place, de réussir, ce qui charge cette tension. Quand elle s'emballe, le sujet peut, n'étant pas reconnu par ceux qui représentent le pouvoir, la notabilité ou la considération vouloir les détruire. Le sujet ne pouvant se réaliser du côté de l'Eros cherche une issue du côté du Thanatos, dans le refus d'être rien ou moindre et le désir de puissance.

Pour y échapper, le sujet a besoin de reconnaissance juridique, affective, sociale et cognitive (être reconnu dans sa compréhension de soi-même), qu'elles soient reconnues par d'autres. Besoin en somme d'une reconnaissance sociale et d'un lien social !
Cela n'est pas sans rappeler :

(CF. le dieu pervers dénoncé par Maurice Bellet). Les conditions du lien sont donc associatifs, autrement une figure qui émerge sur un fond (une Gestalt). Boris Cyrulnick déclarait ainsi dans une interview : "Croire en Dieu rend plus heureux. On observe que ce sont les agnostiques qui se suicident le plus, peut-être parce que, face à une difficulté, ils se sentent terriblement seuls. Ne pas croire en Dieu, c'est traverser la vie sans filet. A l'inverse, les suicides sont plus rares chez les musulmans grâce à cette solidarité forte du groupe, dont la contrepartie se paie en termes de liberté individuelle. La transcendance permet, dans une société matérialiste, désenchantée, de s'élever au-dessus des frustrations. On voit des gens désespérés qui consomment désespérément et des croyants qui donnent du sens à leur vie et se sentent sécurisés. Dieu, en ce sens, est une belle construction culturelle."

Ce lien avec une transcendance sera horizontal comme l'imagine Luc Ferry, centré autour de la question de réfléchir à 
ce pour quoi on peut se sacrifier. Des valeurs sont sacrées si je peux mourir pour elles. On est mort pour Dieu, pour la patrie, pour la Révolution. Ces trois figures sont mortes dans notre vieille Europe. Nous sommes entrés dans un processus différent qui est lié au mariage d’amour, à la naissance de la famille moderne et au déclin des entités sacrificielles traditionnelles. Pour qui seriez-vous prêt à mourir, vous? Pour les êtres que vous aimez, vos enfants, vos amis, vos frères et sœurs...
Mais cette transcendance sera aussi verticale (CF. transcendance ou immanence?).

Vers une prise de conscience

Pierre Pradervant la définit ainsi: "Peut-être que la prise de conscience la plus fondamentale de l’existence est la suivante : nous créons notre propre réalité et façonnons notre corps même par nos attentes et nos pensées - et cela au-delà de tout ce que nous imaginons Tout dans nos vies est aussi réel que nous le rendons : tout ce que nous voyons et entendons, ce que nous ressentons même, n’est jamais une donnée « objective » et n’a aucune autre réalité que celle que nous lui accordons.
Dans notre existence, minute après minute nous avons le choix entre le OUI et le NON, se sentir victime ou exprimer notre responsabilité, entre la complainte et la gratitude. Je n’hésiterais pas à avancer que la gratitude est notre principal outil pour rester dans le positif. Impossible de ressentir en même temps une authentique gratitude et la plus petite parcelle de négativité, de complainte.
L’ univers veut notre bien au-delà de tout ce que nous aurions osé jamais imaginer. Un nombre croissant de penseurs soulignent que dans cet univers, la Source (l’Intelligence cosmique inouïe qui crée et dirige tout) conspire à chaque instant à notre bien, pour notre bonheur, pour nous faire progresser vers des horizons qui dépassent notre imagination. Alors comment ne pas ressentir une gratitude profonde pour cette assurance si forte qui permet de reposer dans la confiance que toutes choses - quelles qu’elles soient - concourent à chaque instant à notre bien ?"
Tout est à situer dans linteraction, dans l’échange d’informations permanente dans la métaphore de l’Univers connecté, tout est de l’information / sous forme d’onde/ d’énergie / de matière. Nous sommes l’Univers faisant l’expérience de lui-même. L’absolu dans le relatif. Il n’y a là aucune malédiction ! Plutôt un défi de taille : la nécessité de (ré)concilier le Dieu Tout-Autre avec le Dieu Tout-Proche. L’objectif est simple : Une aventure infime et infinie, l'origine originante de tous les possibles que rien n'épuise ni ne mesure. Foi envers la Source, la Vie, envers autrui, foi envers soi-même, avancée vers l'horizon de la vie heureuse : la Pacification. C’est le but. Les chemins qui le permettent seront forcément divers et nombreux, les uns directement liés à nos choix et décisions – dans la première causalité – les autres surgissant comme des cadeaux, obtenus par rétro causalité : les intuitions, prémonitions, inspirations, heureux hasards, les coïncidences et les synchronicités. Que nous le voulions ou non, nous sommes en mode de co-création ! Seule l’intensité va varier selon nos convictions fondamentales, nos aprioris, nos doutes, nos obsessions et autres addictions. Un toilettage va s’imposer : il permettra une prise de distance salutaire qui, à son tour, ouvre le champ des possibles notamment la joie anticipée ou l’anticipation joyeuse qui ne réside pas dans le passage à l’acte compulsif, dans l’assouvissement de nos fantasmes, - comme l’avait bien vu Spinoza -  mais dans l’action éclairée par la connaissance. Plus nous connaissons, plus nous comprenons, plus la joie croît en nous et plus, simultanément, nous devenons meilleurs et plus forts, plus lucides et sereins, ceci par le consentement à l’écoute de notre Conscience cosmique ; s’y brancher est le commencement de la sagesse car elle est sans nul doute le Souffle saint, le Saint-Esprit, ce qui nous encourage à l’amour fraternel et nous apporte une sainteté tragi-comique, l’alliance divino-humaine d’un dieu fait homme ou d’un humain dédivinisé. Désormais, dans cette nouvelle alliance, seul l'Amour désintéressé est saint ! Le défi sera d’oser cette conviction de l’apôtre Paul : Mais le fruit de l'Esprit, c'est l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance ; la loi n'est pas contre ces choses (Galates 5,22-23). Une vibration fondamentale, « un presque rien mais d'une puissance infinie » en somme.

Il est à noter aussi l'hypocrisie de la raison qui fait abstraction de notre dimension affective, de notre ressenti des choses, dont nous ne pouvons nous séparer que de manière artificielle. La vie se connaît dans le fait de s'éprouver soi-même, dans l'auto-affection et l'auto-donation; elle s'auto-révèle dans le cru de ce qui se montre, la vérité visible de cet en-dehors qu'est le monde. Dans la vérité christique, la révélation est ce qui est révélé, de sorte que pour Michel Henry Dieu est Vie, il est l'essence de la Vie, ou, si l'on préfère, l'essence de la Vie est Dieu. Dieu est en lui-même révélation, il est la Révélation primordiale qui arrache toute chose au néant, une révélation qui est l'auto-révélation pathétique, c'est-à-dire la souffrance et l'auto-jouissance absolue de la Vie. Comme dit Jean, « Dieu est amour », parce que la Vie s'aime elle-même d'un amour infini et éternel. Nous l'adorons en esprit et en vérité mais comme le disait Pascal c'est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce qu'est la foi: Dieu est sensible au cœur, non à la raison. Cette dimension fait alors que la Vie a une double dimension, profane et sacrée, que nous vivons en notre être au monde et dans la Vie de Dieu. Le Christ en est le révélateur et l'interprète. Mais il en est aussi le dénonciateur du mal. Aujourd'hui, l'homme, devenu automate, se réduit à son apparition dans la vérité du monde. Il erre dans une pseudo-vie où les hommes sont humiliés, abaissés, méprisés et se méprisent eux-mêmes; ils se tiennent pour rien, admirent ce qui est moindre, détestent ce qui est plus qu'eux. Les robots, les automates, les abstractions les détournent de la Vie; par nos faux savoirs, nous nous détournons de notre dignité et de notre responsabilité en fuyant la Vie. En la niant, nous nions Dieu.
La Vie est l’énergie divine elle-même, qui n’est réductible ni au souffle ni aux corps vivants, car sa présence seule est créatrice de vie. C’est l’Électricité universelle et infinie – ce que la sagesse de l’Inde appelle prana – qui s’exprime par le souffle mais qui est en même temps plus que celui-ci. Il est notre garant: l'assurance de ne pas nous laisser pétrifier dans la raison ou de nous dissoudre dans une subjectivité exacerbée. Cet Esprit intelligent qui est la matrice de Tout nous le garantit. 
L'humain n'aurait-il pas tout intérêt à mieux se connaître pour mieux interagir avec cet Esprit intelligent qui est la matrice de Tout, l'incréé et notre Futur?

       

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