Illusions & désillusions : peut-on y échapper ? telle est la question. Il y a forcément des jours sans et d'autres avec ! Des peurs, des joies, des frayeurs, des trous noirs par où fuient la confiance et l'espérance, ou d'autres moments féériques...Mais il y a aussi nos errances obsessionnelles. Criantes, accaparantes, envahissantes et sournoises. Des obsessions, des addictions, des désillusions. Forcément ! Comment les combattre avec l'espoir de les vaincre ?
À l'origine, l
e Gai savoir (1887) de Friedrich Nietzsche  dit autre chose:

 « Un des livres les plus tonitruants de Nietzsche ! Le Gai Savoir marque une forme de renaissance à la vie et s’inscrit en tant que tel dans l’existence de l’auteur. Après avoir été totalement abattu par affres de la maladie et de la souffrance, après avoir écrit, dans une lettre à Overbeck : « Je ne comprends plus du tout à quoi bon je devrais vivre, ne fût-ce que six mois de plus [...] », Nietzsche connaît une rémission qui le fait passer des bas-fonds au faîte de l’énergie et du dynamisme. Modèle du maniaco-dépressif ? On lit alors des pensées situées à l’antithèse de ses écrits les plus désespérés, condamnant les volontés de vivre affaiblies en même temps que le pessimisme à la Schopenhauer ou le romantisme à la Wagner.

« Vivre –cela veut dire : rejeter sans cesse loin de soi quelque chose qui tend à mourir ; vivre –cela veut dire : être cruel et inexorable pour tout ce qui en nous n’est que faible et vieilli, et pas seulement en nous. »

Les exhortations à la vie sont virulentes et révèlent peut-être le regard d’un homme qui souhaite faire une croix sur un passé de souffrance. Ce qui semble s’écouler de la plume de Nietzsche, avec toutes les apparences d’une certitude inébranlable, n’est peut-être qu’une forme d’auto-persuasion d’autant plus affirmée qu’elle se sait bancale ? car quelle virulence Nietzsche emploie-t-il à condamner tous les instincts contraires à cette redécouverte de la vie dans toute sa puissance, alors même qu’il appelle au mépris des formes les plus affaiblies de l’existence. Il n’empêche, ces passages enflammés transcrivent une vitalité indéniable, qui stupéfie et qui véhicule un courage et une force bien réels –si tant est qu’ils prennent leur source dans une origine moins stable.

Ce sentiment d’être doté d’une énergie presque infinie enjoint Nietzsche à se séparer du commun des mortels, à ceux qu’il appelle, avec un mépris affiché et assumé : le « troupeau ». Ce qui le différencie semble se situer au niveau de la morale : une fois encore, avoir atteint des sommets de désespoir a fait rejaillir chez Nietzsche une vision du monde qui dépasse les exigences habituelles. Il ne voit plus que l’inanité d’une foule de « travestis » qui se réunit sur scène pour jouer une pièce d’un romantisme graveleux.

« Nous aussi nous fréquentons des « personnes », nous aussi nous revêtons modestement le vêtement sous lequel (et comme quoi) on nous connaît, estime, recherche, et ainsi vêtus nous nous rendons en société, c’est-à-dire parmi des travestis qui ne veulent pas qu’on les dise tels : nous aussi nous agissons en masques avisés et coupons court à toute curiosité qui ne se bornerait pas à notre « travestissement ». »

Peu à peu se révèle le concept de Gai Savoir situé à la fois bien au-delà des pensées moralisantes et avilissantes du « troupeau » mais aussi au-delà des airs empruntés et tortueux des hommes de science « spécialisés » à la vision du monde réductrice. Le Gai Savoir s’abreuve plutôt à la Vie et aux grands espaces et s’amuse des tragédies qui parsèment les existences de ses sujets –ridicules à l’égard de la Vie dans l’absolu. Pour un savoir virevoltant et redevenu léger après avoir connu la profondeur, Nietzsche propose des formes brèves et clinquantes (« Plaisanterie, ruse et vengeance ») ...

Et au-delà de Nietzsche et de son Gai Savoir, que peut-on espérer trouver ? Cette question, l’auteur ne semble pas se l’être posée et cette négligence est surprenante au regard d’un homme qui vilipende les certitudes du « troupeau ». Sa vision du monde est supérieure en ce qu’elle exalte la puissance de vie –il faut donc supposer que cette puissance est accompagnée d’un jugement de valeur, et veiller à ce que ce jugement ne soit pas l’initiateur d’une nouvelle morale- et qu’elle autorise l’expression des sentiments égoïstes : la fierté, la puissance, la combattivité qui, s’ils nuisent parfois à autrui, constituent un moteur essentiel pour l’individu pris en lui-même.

Plus que dans ses autres livres Nietzsche ne s’expose ici à ses propres contradictions. On pourrait essayer de les critiquer, mais à quoi bon ? Quel serait l’intérêt de remettre en question des convictions qui sont nées d’une rémission –brève- de la dépression et qui sont, avant toute chose, une déclaration d’amour adressée à la vie et à l’espoir d’un avenir plus léger ?"
(Texte trouvé sur le blog critique de Colimasson).

 Vouloir être fier, puissant, combatif, oser se dire en liberté et en franchise: pas simple en vérité. Le Je va devoir se situer face au On, aux autres, face au qu'en dira-t-on, aux jugements, aux critiques, etc., mais aussi face aux pressions intra psychiques à l'origine de nos obsessions ou de nos addictions.

Une inimitié envers Dieu mais aussi envers la vie trop rude, dangereuse ou incertaine. Cette angoisse fondamentale doit être combattue par une quête sans fin - et désespérante !- de sécurité matérielle, de pouvoir, de gloire, de jouissances. Albert Camus y voyait une nécessité:

L'affrontement avec le monde et les autres y sera toujours partiel et partial: révolte et confrontation de l'homme à sa propre obscurité. Confrontation à
La blessure du rejet.
La blessure de l'abandon.
La blessure de l'humiliation.
La blessure de la trahison.
La blessure de l'injustice.
La blessure de la honte.
La blessure du dégoût.
La blessure de la haine de soi ou de l'autre.

C'est la traversée de l'en-bas comme l'appelait Maurice Bellet, la fascination pour le mortifère, pour les réponses narcissiques, sadiques ou masochistes. Fascination pour la force, la ruse, la dette imposée, la manipulation, le chantage affectif, la séduction ou pire encore pour la destruction. Le danger est caché dans une quête idéale de soi…

Alexandre Jollien, après une quête intense de sagesse orientale, va connaître l'obsession du corps parfait, la fascination pour tout ce qu'il n'est pas - et ne sera jamais! Une blessure non guérie resurgit. Le rêve d'un corps parfait dit par ailleurs la réalité de nos désirs mimétiques: nous désirons ce que l'autre est ou ce qu'il a. Cela nous enchanterait d'être comme elle ou comme lui, d'avoir cette belle vie. 
En réalité, vivre engrange des traumatismes, des souvenirs douloureux qui sont actifs car ils n'ont pas connus une issue favorable ou positive. Tout est toujours une Gestalt, une figure qui émerge sur un fond. En l’occurrence, tout est lu en fonction de ce qui se présente à nous dans le moment présent comparé à nos vécus et donc aussi à nos plus grands doutes, nos plus grands traumatismes, nos plus grandes joies et nos plus grandes peines. Ce sont des affects qui déforment la réalité de ce qui se présente à nous. Nous ne sommes guère conscients de ces filtres d'encodage de la réalité. Nous les subissons à vrai dire. Il serait plus pertinent de les retravailler, en évitant de tout mesurer à l'aune d'une perfection irréaliste. Nos souvenirs interfèrent: les plus heureux comme les plus douloureux. Nous aurions tout intérêt à les retravailler par la méditation notamment.
Les neuroscientifiques parlent de cette réalité à travers la communication gamma:
Il se pourrait que notre liberté soit liée à notre unicité, à la confrontation des nos souvenirs avec la réalité, ceci de manière unique. 

Il se pourrait que notre liberté n'aie de sens qu'en rapport à un au-delà transcendant qui est atteignable via le coeur, via une résonance neuro-cardio-vasculaire:

C'est cela le Gai savoir. Une manière d'aborder la vie, une manière de se vivre sans se maltraiter. Le courage d'oser la vulnérabilité:
Cultiver l'amour par l'honnêteté, c'est le commencement de la sagesse. Ici, nous ne sommes plus sous l'emprise de la course à la satisfaction de tous nos besoins; nous pouvons mettre des priorités en nous demandant par exemple: cela fait-il vraiment sens? Pas besoin non plus de vouloir tout résoudre par la maîtrise individuelle: nous sommes faillibles et imparfaits. Inutile de le nier ou de vouloir le cacher ! Mais pas besoin non plus de chercher le vide de la sainteté: s'il est vrai que nous souffrons bien souvent de nos attachements trop marqués aux choses, aux idées et aux gens, se contraindre à un complet détachement est une violence insensée, une contrainte douteuse pour qui ne croit pas à l'enfer des réincarnations. 
Une nouvelle spiritualité peut émerger des nouvelles connaissances. Nassim Haramein l'a conceptualisée de la manière suivante:

Nous interagissons en permanence avec ce canal et par lui nous recevons en retour des intuitions, inspirations, prémonitions, heureux hasards,des coïncidences et des synchronisités.
Nulle nécessité donc de se vider de tout lien et de tout attachement terrestre...De même, il serait dommage de se priver de l'aide de la Source qui se fait, se concrétise, se matérialise pour autant que nos demandes et nos attentes soient désintéressées et que l'environnement le permette. Tout est régi dans et par ce libre arbitre-là...tout en découle et tout y revient! C'est le véritable Gai savoir, le garant de notre liberté: dans l'interaction avec la Source, rien ne se fait jamais sans notre accord.
C'est évidemment profondément différent dans le monde humain !

Dans cette compréhension métaphorique du réel, nous sommes dieu faisant l'expérience de lui-même sous une forme imparfaite et limitée, mais nous pouvons créer, attirer, repousser, dieuser en somme, en toute liberté, sans être menacés de punition ni devoir nous astreindre à satisfaire les desiderata d'un dieu tyrannique et narcissique. Nous pouvons en toute liberté rechercher ce qui est bien, bon, utile, agréable ou nécessaire uniquement en nous basant sur nos seuls moyens, ou apprendre comment fonctionne, dans le libre arbitre obligé, l'aide d'en-haut. Car la Source, dans sa sagesse espiègle, nous laisse le choix.
Une certitude demeure en somme:


       

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