Comme en témoigne notamment ce rapport trouvé sur La Plateforme d’information de humanrights.ch intitulé :

« Liberté de religion et minorités religieuses dans l’Islam.
Ces 50 dernières années, de nombreux États islamiques ont ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui garantit notamment la liberté de religion (Pacte II de l’ONU, art. 18). De surcroît, tous les pays de confession musulmane qui ont adhéré à l’ONU se sont ce faisant engagés à respecter les garanties de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont l’article 18 est lui aussi consacré à la liberté de religion.

Minorités religieuses

Le droit islamique traditionnel n’octroie pas le même statut aux non-musulman-e-s qu’aux musulman-e-s. De plus, seules sont reconnues les religions du Livre, monothéistes, autrement dit le christianisme et le judaïsme. Strictement parlant, l’orthodoxie musulmane refuse tout droit à l’existence aux polythéistes et aux autres minorités religieuses. Bien que les minorités chrétiennes et juives jouissent traditionnellement de certaines garanties dans les sociétés islamiques, leur situation se révèle souvent précaire et leur existence même est menacée à chaque nouvelle crise. De plus, la discrimination structurelle et les persécutions dont sont victimes de grandes communautés religieuses musulmanes telles que les bahá’is en Iran, les ahmadis au Pakistan ou les alévis en Turquie apparaissent comme particulièrement problématiques.

Certaines dispositions de droit privé des pays musulmans sont discriminatoires envers les personnes qui pratiquent une autre religion. Ainsi le mariage interreligieux est interdit dans certains cas. Une femme musulmane ne peut pas se marier avec un non-musulman. Quant à l’homme musulman, il ne peut, en dehors des femmes musulmanes, épouser qu’une juive ou une chrétienne, mais pas une femme d’une autre confession. Enfin, un non-musulman ne peut pas hériter d’un musulman et les musulmans ont la priorité pour obtenir la garde des enfants.

Autre problème : les chicanes administratives dont sont victimes les membres des minorités religieuses dans les États islamiques qui exigent l’inscription de l’appartenance religieuse dans les documents officiels. Durant des décennies, des minorités non reconnues (comme les bahá’is en Égypte) n’ont pas pu obtenir d’actes de naissance ou de mariage, même pour les mariages intra religieux.

Apostasie (ridda, irtidad)

L’abjuration de l’Islam (apostasie) est sévèrement sanctionnée. Autrefois souvent punie de mort, l’apostasie entraîne désormais généralement d’autres sanctions. Dans la foi musulmane, on entend par apostasie tant le fait de se convertir à une autre religion que celui de se déclarer athée et de renier l’Islam. Une personne qui se considère comme musulmane, mais dont les actes ou les opinions s’écartent des principes « généralement reconnus » de l’Islam court également le risque d’être accusée d’apostasie, comme c’est le cas des musulmans réformistes qui défendent par exemple une interprétation moderne du Coran et de la tradition. Selon toutes les écoles juridiques islamiques, le droit islamique traditionnel sanctionne l’apostasie de la décapitation par l’épée. Puisqu’il est difficile de trouver une justification de la peine de mort pour apostasie dans le Coran, les diverses écoles juridiques font principalement référence, dans leur argumentation, à la tradition islamique. Par ailleurs, la conception juridique traditionnelle de l’Islam voit dans l’apostasie une menace pour la communauté islamique (umma) et la considère même comme une haute trahison qui met en danger la morale et l’ordre public.

Au cours des XIXe et XXe siècles, de nombreux pays islamiques ont cessé de considérer l’apostasie comme une infraction pénale. Celle-ci reste toutefois passible de la peine de mort en Arabie Saoudite, au Brunei, en Afghanistan, au Qatar, au Yémen, au Soudan, en Mauritanie et aux Émirats arabes unis, même si la peine capitale est souvent commuée en peine de prison. Quant à l’Iran, s’il ne prévoit pas la peine de mort pour l’apostasie dans son droit pénal, il lui arrive fréquemment d’exécuter des apostats en invoquant des articles de loi sanctionnant l’«hostilité contre Dieu» ou «l’injure contre les prophètes» (voir notre article Liberté d’expression dans l’Islam).

Même dans les autres pays musulmans, certes plus modérés, l’apostasie est lourde de conséquences pour la vie de famille et le droit à l’héritage. L’apostat ne peut en effet plus hériter d’un parent musulman et son mariage avec un conjoint musulman est immédiatement dissous sans jugement, tout remariage lui étant par ailleurs interdit. Il perd en outre la garde de ses enfants. La «mort civile» a remplacé la peine capitale.

Il arrive que des parties à un litige successoral accusent leur adversaire d’apostasie non pas tant pour des motifs religieux que pour parvenir à leurs fins.

Sanctions sociales

La sévérité des peines prononcées en cas d’apostasie et de blasphème dépend aussi du contexte politique et de l’appréciation du juge. Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas toujours les poursuites engagées par l’État que craignent le plus les convertis, les athées et les libres penseurs, mais souvent la persécution organisée par des membres de leur communauté ou de leur parenté. Des appels au meurtre sont aussi régulièrement lancés contre des individus et des intellectuel-le-s. Les dissident-e-s et les minorités religieuses sont victimes non seulement de la discrimination et de la persécution pratiquées par les pouvoirs publics, mais aussi de la violence des fondamentalistes, comme le montre l’exemple des Coptes en Égypte. On observe également que l’antisémitisme s’affiche ouvertement dans de nombreuses sociétés islamiques. »
La liberté de conscience est en danger:
Son combat et son courage méritent d'être salués ! Cette femme va au bout de ses convictions au péril de sa vie tout en devant être protégée par des gardes du corps à longueur de journée. Chapeau, vraiment...
Bien entendu, le problème du recours à la violence n'est pas le seul fait des fanatiques islamiques. Même le bouddhisme traditionnellement non-violent a dérapé en Birmanie avec ce que l'ONU considère désormais comme le génocide des Rohingyas. C'est tout dire. En réalité, la violence est partout, elle déborde le simple cadre religieux: elle est aussi culturelle, économique, politique, familiale, éducative, etc. Elle s'enracine dans le sacré.

Le danger de la sacralisation.

Tout peut l’être : la religion, ses préceptes, son livre sacré, ses rites et coutumes. C’est le domaine le plus connu. Mais il y en a d’autres : le profit, l’argent, la propriété privée, la famille, l’orientation sexuelle, l’ethnie, etc.
En réalité, la violence est cachée dans le sacré.

Maurice Bellet écrivait (Essai sur la violence absolue, Albin Michel 2009)« (…) Le virus a muté. Sous le couvert d’une société tolérante et ouverte, la parole et le visage obsédants sont ceux de l’individu lui-même, dans le miroir déformant de la pub. L’économie dévore tout façonnant un homme en morceaux mal ficelés ; c’est la déshumanisation directe par un pouvoir sans visage. Il n’y a que le Réel et ce qu’il peut t’offrir ! Montée en jouissance et en puissance, envie compulsive, succès par le meurtre et l’annihilation d’autrui. Une urgence d’appétit qui ne connaît que la hâte de la satisfaction. Triomphe de l’infantile, négation de l’angoisse, absence totale dans un bonheur surfait. Les malheurs et les douleurs de la vie sont seulement ce à quoi l’on ne pense pas, ou qu’on subit comme une bête. 

(…) Le système dominant avale tout en termes marchands, dans le triomphe de l’immédiat, de l’affectif, dans la fuite de tout questionnement. C’est le magma culturel. Le Grand Tout et Rien de la Jouissance. »

Tout le contraire en somme du Schaddaï, de « Celui qui dit : ça suffit ! », que le Talmud nomme Dieu Tout-Opposé-Au-Chaos.

Maurice Bellet va encore plus loin ; dans son livre intitulé « Je ne suis pas venu apporter la paix… » ; il nous dit en résumé :
« La violence absolue est mort de la parole et mort de la pensée qui ne connaît plus que le ciment et le chaos, la propagande et la destruction. C’est un pouvoir absolu qui définit lui-même les limites, qui a emprise sur les bourreaux, les victimes ou les exclus. C’est un virus mutant qui transforme un bien en un mal dérivé (la morale qui devient oppressive ; la révolution qui anéantit la liberté, la raison triomphante qui engendre un délire universel, le dieu d’amour qui devient dévoration et condamnation, etc.). »

LE DÉSIR MIMÉTIQUE ET LA VIOLENCE

La question fondamentale demeure ici : comment ne désirerais-je pas ce qu’un autre désire ? Ce qu'il possède ou ce qu'il est...

         Selon René Girard, la forme ontologique du désir humain est mimétique. A ne désire pas un objet B pour ses propriétés particulières mais parce que C le possède. Il n’y a donc pas d’autonomie du désir mais une médiation : l’une externe (qui concerne l’inaccessible), l’autre interne qui fait de l’autre un modèle, un rival. " Seul l'être qui nous empêche de satisfaire un désir qu'il nous a lui-même suggéré est vraiment objet de haine. Celui qui hait se hait d'abord lui-même en raison de l'admiration secrète que recèle sa haine. Afin de cacher aux autres, et de se cacher à lui-même, cette admiration éperdue, il ne veut plus voir qu'un obstacle dans son médiateur. Le rôle secondaire de ce médiateur passe donc au premier plan et dissimule le rôle primordial de modèle religieusement imité. Dans la querelle qui l'oppose à son rival, le sujet intervertit l'ordre logique et chronologique des désirs afin de dissimuler son imitation. Il affirme que son propre désir est antérieur à celui de son rival ; ce n'est donc jamais lui, à l'entendre, qui est responsable de la rivalité : c'est le médiateur[1] ." L’objet du désir s’estompe toujours au profit du médiateur. S’ensuit le schéma classique : désir – rivalité – crise. Cet aspect du désir mimétique peut prendre des formes diverses, réelles ou symboliques, qui se retrouvent dans une idéologie, l’imitation d’un modèle social, dans nos fascinations pour les produits de marques ou de luxe, etc. Le désir mimétique va de la simple convoitise en passant par la jalousie jusqu’à l’holocauste : il concerne la quasi-totalité des comportements individuels et collectifs depuis la nuit des temps. Cela veut dire, pour René Girard, que la civilisation repose en fait sur le meurtre, sur le mensonge, et sur la dissimulation de meurtre : "On ne veut pas savoir que l'humanité entière est fondée sur l'escamotage mythique de sa propre violence, toujours projetée sur de nouvelles victimes. Toutes les cultures, toutes les religions, s'édifient autour de ce fondement qu'elles dissimulent, de la même façon que le tombeau s'édifie autour du mort qu'il dissimule. Le meurtre appelle le tombeau et le tombeau n'est que le prolongement et la perpétuation du meurtre. La religion tombeau n'est rien d'autre que le devenir invisible de son propre fondement, de son unique raison d'être [2]."

L’apaisement se fait alors par le meurtre du bouc-émissaire. Toutes les civilisations et toutes les religions ont résolu ces crises mimétiques en désignant des victimes innocentes, des boucs émissaires, chargées de tous les maux et péchés du groupe humain pour ensuite les sacrifier. Ils étaient le pharmakon grec (le mal et le remède). Avec le temps, de tels simulacres ont été remplacés par des rites symboliques. Les mythes cependant sont l’archétype de ce mécanisme qui pousse les humains à dissimuler leur violence, ou à la rendre acceptable. Ils épousent en quelque sorte le point de vue des bourreaux, des persécuteurs qui voulaient voir en leurs victimes de réels coupables. Pour René Girard « le sacré, c’est la violence » et elle n’a jamais cessé : nous désignons sans cesse de nouveaux boucs émissaires en autant de coupables présumés. Jadis, cela se faisait spécifiquement à travers les récits mythologiques dont le but était d’effacer la violence, le meurtre d’origine, pour le transformer en quelque chose d’acceptable : " ... derrière le mythe, il n'y a ni de l'imaginaire pur, ni de l'événement pur mais un compte rendu faussé par l'efficacité même du mécanisme victimaire, mécanisme qu'il nous raconte en toute sincérité mais qui est forcément transfiguré par ses conteurs qui sont les persécuteurs[3] ."

[1]    René Girard, Mensonge romantique et vérité romanesque, éd. Pluriel, p. 24-25.

[2]    Idem, Des choses cachées depuis la fondation du monde, p 244, éd. Biblio essai.

[3]    René Girard, Quand ces choses commenceront, p 42-43, éd Arléa, 1996.

La liberté de conscience est ainsi appelée à se distancer de toute violence cachée dans le sacré comme dans le désir mimétique; une déconstruction est indispensable pour éviter l'absolutisation de causes relatives ou la diabolisation de l'autre. L'insurrection des gilets jaunes en France en est un exemple criant d'actualité. Le danger est toujours la justification d'une violence, de l'exploitation de l'homme par l'homme ou d'une lutte des classes pour une avenir prétendument meilleur. Il y a souvent ce dérapage de sens: nous voulons le changement qui suppose une tension démocratique en nous imposons le changement par la force. La fin ne justifie pas les moyens! La défense du sacré de même n'autorise pas la violence! Voici ce qui devrait nous guider:
Ce sera la conviction inébranlable de Jésus de Nazareth qui aura très à coeur la déconstruction de la religion juive de son temps qui enfermait le croyant dans des obligations et des croyances douteuses: comment le Dieu universel pourrait il être limité à une terre, un temple, un peuple élu, une loi, des rituels religieux ? Jésus va faite exploser ce carcan religieux au nom précisément de l'amour en redéfinissant un nouveau partenariat

La foi sera libre consentement au plus humain de l'humain - à notre cerveau moral - à l'amour fraternel et au libre arbitre indispensable:
D'un point de vue éthique, le libre arbitre nous incite à ne rien espérer de ce qui est pris / obtenu de force ou par la ruse, la manipulation, le chantage, le vol, le mensonge, la séduction, le bluff, etc. Il nous encourage à nous situer dans une éthique capable de concilier un brin d'utopie avec une bonne dose de responsabilité. C'est dans ce cadre seulement que la liberté de conscience peut se conjuguer mais elle réclame deux choses essentielles: une tolérance spécifique et le droit à une désobéissance civique.
C'est le socle incontournable de la liberté de conscience...Sans la tolérance existentielle, le risque d'affrontements mimétiques explose dès lors que chacun se réclame d'une vérité révélée ou non!
Toute croyance est une fatale imperfection, cela reste vrai aussi pour les approches scientifiques, tout particulièrement pour les adeptes du déterminisme dénoncé avec raison par Philippe Guillemant en ces termes:
Nul ne détient la vérité: toute approche est donc relative et discutable, y compris le domaine de la science. La raison ne peut être la seule norme: nous avons à côté du quotient intellectuel à défendre le quotient émotionnel, relationnel, spirituel. Toutes ces dimensions toutefois ne sauraient être cantonnées dans la seule immanence: la conscience n'est pas une émanation biologique de notre corps ou de notre cerveau! Elle est en lien avec un au-delà à notre univers limité à ses 4 dimensions habituelles (Voir le cas de Nicolas Fraisse). Penser plus largement devient une nécessité mais les outils nous manquent encore cruellement...

       

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