Oser le libre arbitre: est-ce bien raisonnable?

En suivant les réflexions de Quentin Ruyant, docteur en philosophie des sciences, le libre arbitre serait la capacité qu'on les esprits humains à décider, à faire des choix dont nous serions responsables et finalement à influer sur le cours du monde. Toutefois, la question de son existence est très paradoxale : il faut la présupposer sans quoi l’existence n’aurait guère de sens car nous serions simples spectateurs de nos vies. Mais s’il est simple illusion, ou fruit du hasard, alors notre vie serait insensée ! Le libre arbitre est à situer entre ces deux extrêmes. Il sera lié à l’indéterminisme car pour qu’il y ait un choix, il faut plusieurs possibilités et donc que l’état de l’univers, comme celui de l’instant qui suit, ne soit pas entièrement déterminé. Il peut y avoir plusieurs flèches du temps : l’une venant du passé, l’autre du futur. L’indéterminisme postule que tout est déjà réalisé. Il sera en physique quantique lié à une distribution statistique des ondes et des particules. Cela veut dire que le monde n’est jamais deux fois semblable à ce qu’il a été. Ceci est également observé et parfaitement décrit par les lois de la thermodynamique : l'entropie ne cesse d'augmenter, ce qui signifie qu'il est impossible que l'univers retrouve un état précédant. Chaque évènement est ici une singularité. C'est l'unicité sans cesse renouvelée du monde et la singularité de chaque instant qui nous permet d'être libre. Cette unicité émerge de notre corps-conscience. Cette entité est corrélée et intriquée comme le sont les particules de l’univers.
Toutefois, quand un état se détermine, la cohérence disparaît. Si les particules de l’univers sont corrélées, elles le sont seulement plus ou moins, le plus souvent infiniment peu, et cette corrélation diminue en pratique rapidement avec le temps et la distance. Quand les particules interagissent, elles se décorrèlent. C'est la raison pour laquelle les cohérences diminuent avec le temps et la distance. Ainsi, l'esprit se dilue au contact du reste de l'univers. Peut-il néanmoins avoir une influence sur le micro et la macrocosme ? En assimilant notre esprit à l’indéterminisme quantique, nous avons la possibilité de repenser profondément nos conceptions du monde. Voici des questions à se poser : Existe-t-il d'autres formes d'esprits ? Les groupes humains, par exemple, peuvent-ils constituer un "super esprit" par une faible corrélation des esprits individuels ? De même les idées, les idéologies ou encore les "mêmes" ? Quel est le pouvoir de la volonté en dehors de notre corps ? Sur d'autres esprits ? Quel est le pouvoir perceptif de l'esprit en dehors du corps ? Peut-on faire le lien avec la théorie de la synchronicité de Jung ? Quel est le rapport au temps ? Quel est la mécanique des esprits ? Quelles sont les lois de composition, d'agrégation, de désagrégation, d'interaction ? Peut-on repenser la communication ? Existe-t-il un esprit du monde ?...

Si les questions ne manquent pas, les réponses sont plus malaisées car elles vont dépendre de notre manière de considérer le temps.
Philippe Guillemant résume la situation ainsi (extraits de la magie du hasard): Pour la physique le présent n'existe pas, le passé et le futur forment un seul bloc sans séparation.
Pour la conscience seul le présent existe, le passé et le futur sont tout entiers contenus dans le présent.

NOTRE FUTUR N'ATTEND PAS LE PASSAGE DU TEMPS PRÉSENT POUR SE RÉALISER.

IL EST MÉCANIQUEMENT CONTRAINT DE PRENDRE EN COMPTE NOS INTENTIONS.

Je propose que notre futur se modifie peu à peu en intégrant sans cesse de nouvelles données que j'appelle des bulles évènementielles, le mot bulle étant employé pour qualifier un ensemble de possibilités d'un même évènement conscientisé, par exemple les trajets possibles pour aller au cinéma. Rien n'étant figé dans un futur qui peut changer tout le temps, un évènement qui prend forme est nécessairement multiforme, comme le sont les évènements quantiques, mais aussi incomplet, car seuls certains aspects en sont décidés ou simplement conscientisés. Il peut être aussi mort-né, si même lorsque l'intention est puissante il ne peut être relié à aucune chaine de causalité, même très improbable, qui pourrait lui donner une chance d'entrer dans le présent. Tout devient clair à partir du moment où l'on interprète les univers parallèles comme les différentes évolutions rendues possibles par la gravité quantique, ce qui est confirmé par le fait qu'on passe d'un univers à l'autre en changeant simplement un paramétrage sur lequel ne pèse absolument aucune contrainte physique.

NOS INTENTIONS DOIVENT CRÉER DANS LE FUTUR DES BULLES DE POTENTIELS A VIVRE...

IL N'EST PAS NÉCESSAIRE QU'ELLES SOIENT RELIÉES A UNE CHAINE DE CAUSALITÉ...

Nous allons maintenant nous intéresser à une éventuelle "magie du hasard" en considérant deux types de bulles événementielles concurrentes, dont l'une (rêve intentionnel idéal) est au départ une bulle non reliée à aucune chaine de causalité, que nous qualifions de flottante:


L'une à très forte probabilité = vos habitudes conditionnées (bulle marron)

L'autre à très faible probabilité = votre rêve intentionnel idéal (bulle jaune)

On peut alors attribuer à ces informations issues du libre arbitre des dispositions supplémentaires qui permettraient d'agir sur une bulle évènementielle au-delà des possibilités dégagées par le mental isolé (par l'ego). Dans la théorie de la double causalité, nous définissons l'esprit comme étant l'acteur ou l'"être intérieur" qui est détenteur de telles dispositions authentiquement libres. De telles dispositions pourraient être par exemple l'amour, la foi, la confiance, le détachement, etc., à condition qu'elles ne soient pas produites par le cerveau mais par une capacité de l'être (ou esprit) à s'observer lui-même, à se dissocier de son mental en vertu de sa conscience de lui-même, une faculté dont un robot ne dispose pas. Un robot ne peut que simuler ces attributs, auquel cas on retombe dans des dispositions purement mentales.

Les attributs que nous avons cités (amour, foi, confiance, détachement, etc. ) sont alors de nature à augmenter fortement la probabilité d'une bulle évènementielle crée par le mental, dans la mesure où ils peuvent par définition agir au delà du "raisonnable" pouvant être anticipé par le mental seul. Le détachement élimine les voies causales parasites, la foi et la confiance éliminent le risque d'abandon par calcul et l'amour se focalise de façon irrationnalisable (et non pas irrationnelle) sur sa bulle évènementielle, qu'elle "illumine" en quelque sorte de son authenticité, propre au libre arbitre de l'individu.

En réalité l'amour ne fait qu'"illuminer" le mental - intermédiaire obligatoire - et ce n'est que lorsqu'on ne comprend pas que l'information qui l'accompagne est faite pour agir sur le champ des futurs possibles de façon acausale qu'on en fait usage de façon causale, et donc incorrecte dans le présent, en l'extériorisant au lieu de la "mentaliser". Il en résulte qu'on a l'air d'un illuminé au sens péjoratif du terme, ce qui est tout à fait justifié, sauf si on l'exprime positivement par le sourire inévitable que cela induit. La fête est aussi un moyen de canaliser positivement cette énergie d'information.

Influence de l'action

Nous avons vu dans le "champ des possibles" et dans les "hasards et coïncidences étranges" qu'une action bien dirigée du mental pouvait engendrer un processus d'attraction entre bulles flottantes qui est susceptible d'augmenter étrangement la probabilité de leur rencontre, via un mécanisme d'attraction.

On peut refaire ici le même raisonnement en rappelant que toute action positivement dirigée vers son but (exemple: suivre le bon trajet) se traduit par une augmentation de la probabilité qu'une bulle évènementielle entre dans le présent. Si toutefois cette bulle ne peut pas changer sa trajectoire parce qu'elle est connectée à une chaine causale qui règle déjà son mouvement, cette augmentation n'a aucun effet sur la bulle puisque son trajet est devenu déterministe. Si par contre cette bulle est déconnectée de toute chaine causale, cela a pour effet de générer un courant qui rapproche la bulle du centre, car tous les courants de notre champ tourbillonnaire sont par définition des courants de probabilités: une bulle qui se déplace vers le centre est automatiquement une bulle dont la probabilité d'entrer dans le présent augmente, et inversement, sauf si un déterminisme impose l'ordre d'entrée, auquel cas ce n'est plus une question de probabilité mais de temps.

Influence du mental

La question est ici de savoir comment le mental peut agir sur une bulle flottante, et surtout s'il peut en créer une.

On pourrait penser que le mental seul devrait parvenir à créer une telle bulle déconnectée du présent: il lui suffit d'intégrer le fait qu'il ne doit pas raisonner avec les moyens de sa réalisation, ne disposant pas d'éléments pour connaître ces moyens.

Le problème est que le mental seul, inconscient ou doté d'une conscience produite par son cerveau, est obligé de raisonner pour savoir déjà pourquoi il a un tel objectif, ici qualifiable d'irrationnel (bulle flottante) puisque dépourvu de moyens accessibles. Même si on lui a appris qu'il faut tenir son objectif envers et contre tout (raisonnement) pour favoriser sa réalisation, il lui reste le problème de savoir pourquoi il doit choisir et conserver cet objectif, par définition dénué de fondement chez lui. Le mental seul ne peut donc égaler les prouesses d'un être libre, à travers le maintien d'un objectif dont il ne peut même pas calculer la probabilité qu'il l'aide à assurer d'autres objectifs, qu'à la seule condition que cet objectif lui soit extérieurement inculqué, par une programmation initiale ou une soumission aux directives d'un être extérieur. Sinon cet objectif fait nécessairement partie de son dessein initial, comme l'une des trois lois d'Asimov par exemple.

Un autre problème est que même dans ce cas, le mental seul reste aveugle face aux décisions à prendre en face de bifurcations dans sa vie de robot. Il ne dispose pas de moyens de décider quel chemin prendre, autre qu'un calcul de probabilité : par exemple tel chemin semble étroit et ne mène probablement nulle part, donc il ne faut pas le prendre. Or une telle attitude entraine d'avance un déterminisme sur le choix effectué qui réduit à néant toute possibilité de maintien d'une bulle qui nécessiterait qu'il faille le prendre, auquel cas cette bulle ne peut même pas se former.

Là encore, on pourrait inculquer au mental un principe irrationnel qui consisterait à ne pas respecter les probabilités pour décider de ses choix, mais on retomberait dans un autre calcul qui par définition serait déterministe, ce qui aurait pour résultat d'interdire d'avance certaines voies.

La seule solution pour que le mental puisse égaler les facultés d'un être libre dans la création de bulles flottantes serait alors qu'il utilise un tirage au sort indéterministe qui ne respecte même pas les probabilités. C'est la définition de l'errance: aucune information de guidage.

Influence de l'esprit

A la différence du mental, l'esprit est par définition auto-guidé par une information qui entre dans sa conscience: la joie de vivre des expériences, le plaisir de se laisser guider par n'importe quoi, l'inspiration fondée sur n'importe quoi, une intuition qui ne repose sur rien. Un robot pourrait tenter de simuler ces informations arbitraires contenues dans la joie ou l'inspiration mais il ne disposerait pas des critères "joie", bonheur", "plaisir", ou alors il les créerait artificiellement avec un calcul ou un tirage au sort. Il retomberait alors au mieux, dans l'errance.

On pourrait objecter que les informations ainsi apportées par l'esprit - via une conscience éveillée par une joie quelconque - sont aussi arbitraires qu'un tirage au sort, mais cela voudrait dire que les informations hors espace-temps ainsi fournies par l'esprit sont totalement aléatoires, c'est à dire que l'univers hors espace-temps (observable) n'est pas structuré, totalement informe. Or ceci est contraire à l'existence même d'un futur invisible mais néanmoins inclus dans le présent, qui contient des bulles intentionnelles et qui est donc structuré.

Encore faut-il que l'information reçue, même si elle n'est pas aléatoire, ait un lien avec la bulle qui fait l'objet de la quête intentionnelle.

Cette bulle existe déjà par le seul fait qu'elle correspond à un objet ou évènement aimé. Ici l'amour remplace purement et simplement l'autodétermination dont ne dispose pas le mental en l'absence de moyens d'atteindre son objectif. L'amour installe la conscience dans un état de bien-être qui lui permet de vivre dans le présent, auto-satisfaite et n'ayant donc besoin de réaliser aucun objectif particulier, sinon cela ne serait pas de l'amour mais du désir.

En conséquence, l'amour entraîne les dispositions suivantes:

Ouverture à se laisser guider par tout ce que l'on aime autour de soi,
Détachement par rapport à tout objectif (souci, préoccupation...) qui pourrait entrainer un déterminisme dans les choix,
Foi et confiance par rapport à la quête que l'on peut avoir (bulle), grâce à un bonheur déjà acquis,
Capacité à sélectionner les informations que l'on reçoit en fonction de leur stimulation de l'état d'éveil (inspiration, intuition).

La seule ouverture à se laisser guider crée déjà une probabilité de réalisation par le simple fait qu'elle diminue le conditionnement pour emprunter le chemin habituel. Le détachement renforce ce déconditionnement en éliminant toutes les sources de contraintes qui pourraient ramener sur des voies déterministes. La foi et la confiance garantissent enfin la durabilité de ces dispositions.
Une distinction critique s'impose toutefois ici:
C'est à travers l'être dans sa plénitude, l'Âme-Esprit, que nous pouvons interagir avec la Source, et que le libre arbitre prend tout son sens.

L'enjeu est ici de se risquer dans une entreprise critique et constructive en déconstruisant le sacré sans pour autant sacraliser la raison. Il s'agira de bâtir une spiritualité englobante respectueuse de nos dimensions multiples, de nos quotients intellectuel, émotionnel, relationnel, artistique ou spirituel sans nous laisser pétrifier dans la raison mais sans nous dissoudre non plus dans une subjectivité exacerbée. Nous affirmons que c'est possible à travers de nouvelles hypothèses scientifiques, tout particulièrement celles défendues par Philippe Guillemant et Nassim Haramein. Tous deux postulent un lien avec la Source, une interaction plausible et possible.
Et la véritable liberté serait ici d'apprendre à interagir en toute liberté avec la Source...dans un partenariat respectueux, créatif et constructif. Cette approche novatrice met fin à une double aliénation: celle qui nous inciterait à aborder le divin par une soumission aveugle, une obéissance absolue, inconditionnelle et sans partage. Qui le pourrait en vérité? Et l'aliénation infantile qui  projette au ciel un super papa / maman qui veillerait en tout temps à nous protéger du mal et du malheur. Les rapports avec la Source n'ont pas à être sadomasochistes ! Il est vain et absurde de sacrifier le présent, la vie terrestre pour un hypothétique paradis ! La Source, au contraire, nous encourage à féconder le présent en privilégiant tout ce qui est beau, bon, utile, agréable ou nécessaire, et Elle en fait l'expérience justement à travers nous. Il y a ici un renversement tragi-comique: être dieu à la place de dieu devient ridicule et tragique, vouloir être tout sans son aide devient comique. Nous ne sommes plus condamnés à une alternative illusoire: vouloir vivre sans Dieu en décidant souverainement de tout ou nous plier à sa volonté. Car le partenariat avec la Source ne se fait pas sans notre accord ou malgré nous. Cela nous permet de sortir de la mimétique d'appropriation (inutile de vouloir contraindre Dieu à quoi que ce soit par la ruse, la force, la séduction, la dette imposée ou le chantage par exemple!) comme de la mimétique de l'antagonisme puisque la Source ne nous contraint à rien du tout...Il faut à l'évidence sortir de nos conditionnements culturels pour vivre pleinement cette nouveauté. Oser précisément la dynamique fabuleuse du libre arbitre.

       

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