Bien sûr, nous dit la modernité, tout est relatif et tout est subjectif. Dieu, nul ne peut en prouver ou en infirmer l'existence ! Pourtant ne pourrait-il pas être un lieu où renaître ?

Frédéric Guillaud, qui est normalien et agrégé de philosophie, en effet n’ignore rien des apories de l’apologétique traditionnelle. Il a déjà écrit un gros livre intitulé Dieu existe, arguments philosophiques, dans lequel il s’essaie à démontrer que l’hypothèse d’un Dieu tout-puissant à l’origine de l’Univers est rationnelle. Il connaît les blocages qui font que le chrétien ne peut rien contre un certain intellectualisme dont la position de force est que l’existence de Dieu est improuvable, et même doit rester une option libre, un objet de foi. Ce rationalisme est en fait en position de juge des dérives irrationnelles des religions qui outrepassent leurs droits en invoquant la raison dans le fondement de leur motifs de crédibilité. L’intérêt de son travail est de faire comprendre que l’intelligence humaine est un tout, et que le législateur du rationnel n’est pas la seule philosophie, mais l’humain dans toutes ses dimensions : sa raison, évidemment, mais aussi sa foi, et sa sensibilité. 
Concrètement, dans le cas qui nous occupe : le surnaturel n’est pas ipso facto irrationnel, et il y a des problèmes existentiels dont la solution surnaturelle est la plus rationnelle. Ce n’est pas parce que l’hypothèse Dieu appartient à la sphère du surnaturel qu’elle est irrationnelle et ne peut avoir de place dans la sphère philosophique et donc scientifique. Il y a des « expériences » de Dieu (que l’on songe aux mystiques) qui doivent réintégrer, à leur juste place bien sûr, le plan de la rationalité commune. cette raison a été repensée comme rationalité élargie, et que ce qui empêche un grand nombre d’intellectuels de même considérer l’hypothèse de la foi comme rationnelle (et donc contraignante dans son ordre), c’est que ceux-ci se basent sur une raison strictement scientifique, c’est-à-dire positiviste, qui exclut a priori tout ce qui pourrait émarger au surnaturel. Leur conception explicative de la réalité exclut par principe ce que les limites de notre raison raisonnante ne conçoivent pas. Ils ne peuvent envisager qu’au-delà des limites de notre raison, de la rationalité puisse s’épanouir et parfois surgir dans les failles de nos schèmes explicatifs. Une phrase qui revient dans le livre, c’est « ce qui surprend vraiment, c’est le réel » .

 Cet aphorisme veut dire que le réel, c’est-à-dire ce qui peut survenir sans prévenir, qui peut surgir en dehors de nos cadres usuels d’interprétation scientifique, comporte une marque ininventable, qui signe son authenticité, et doit être considéré avec des yeux neufs et sans a priori. Depuis longtemps maintenant, l’épistémologie nous a appris que pour être scientifiques, les théories doivent accepter d’être falsifiables : sans ce critère, elles ne sont pas scientifiques. Cela met la barre très haut pour les expériences candidates à la falsification de la science, mais en même temps garantit que l’improbabilité d’un événement n’est pas automatiquement quelque chose de suspect : tout dépend du cadre d’émergence et du pouvoir explicatif de l’événement.

Ainsi sur un plan purement logique: que le monde ait commencé ou pas, il existe nécessairement au moins un être incausé. Cette cause incausée pourrait fort bien ne pas être distincte du monde, mais à une condition très stricte : chaque terme de la série temporelle doit comporter quelque chose d'incausé, car si chaque terme était tout entier causé, alors la série elle-même ne pourrait pas prétendre au statut de première cause. Autrement dit, chaque terme doit être causé quant à sa forme, mais incausé quant à sa matière.
Le modèle de causalité ici en jeu est la causalité immanente, ou causalité matérielle. Bref, la série temporelle des états du monde peut être infinie à la condition qu'elle comporte un élément incausé : la matière, terme premier de la série des conditions simultanées. Il faut alors en conclure ceci :1. Tout ce qui existe a une raison d'être ; 
2. Tout ce qui a sa raison d'être en dehors de soi a une cause ; 
3. Or, la cause première n'a pas de cause ; 
4. Donc la cause première a sa raison d'être en elle-même. 
5. Corollaire : si l'univers est la cause première, il doit avoir sa raison d'être en lui-même. 
La référence a une cause incausée se laisse concevoir sans sombrer immédiatement dans l'obscurantisme...

La science a-t-elle remplacé la philosophie ou la théologie?

Stephen Hawking soutient dans son dernier livre deux thèses principales la première est que « la philosophie est morte » et que la science l'a remplacée pour répondre aux grandes questions que se pose l'humanité. La deuxième est que la science explique effectivement l'existence de l'univers ; la cause en serait la loi de la gravitation : Parce qu'une loi comme la gravitation existe, l'Univers peut se créer et se créera spontanément à partir de rien La création spontanée est la raison pour laquelle il existe quelque chose plutôt que rien. 

Pour Frédéric Guillaud ces deux thèses sont absurdes. Pour commencer, la première (la philosophie est morte) est autoréfutative puisqu'il s'agit d'une thèse philosophique. Elle implique de surcroît que la science peut expliquer l'existence de l'univers, ce qui est absolument impossible puisque bien loin de pouvoir en rendre compte, la science en présuppose nécessairement l'existence. Quant à la deuxième thèse, elle souffre de plusieurs problèmes. D'abord, elle est mal formulée : cela n'a pas de sens de dire qu'« une loi a créé l'univers », pour la bonne raison qu'une loi n'est pas une chose, mais simplement la description du comportement régulier des choses ; c'est comme si vous disiez que le code de la route a créé les voitures, ou bien que les règles de la belote ont produit des cartes. La loi de la gravitation peut à la rigueur être considérée comme une cause, mais à la condition précisément de s'appliquer à une réalité préexistante. Elle ne saurait donc rendre compte de l'existence de toute réalité. Ce qu'Hawking veut dire est que la loi de la gravitation, appliquée au vide quantique originaire, a produit un certain état de l'univers — à savoir le surgissement d'une première particule (qu'il appelle abusivement « l'univers »). Mais cela n'a rien à voir avec la création de l'univers (car le vide quantique est quelque chose et non pas rien). D'une théorie scientifique expliquant le passage d'un certain état de l'univers à un autre état de l'univers, Hawking tire des conclusions tout à fait démesurées, par simple tour de passe-passe de vocabulaire : il nomme « néant » l'état t1 et « univers » l'état t2 et tire de là que le néant a produit l'être, par l'intervention de la loi de la gravitation ! Au surplus, l'affirmation selon laquelle l'univers « se créé lui-même à partir de rien » est un nid de contradictions : pour se créer soi-même, il faut se précéder soi-même dans l'existence ; ce qui est impossible. Et pire que cela, pour se tirer soi-même du néant, il faut tout à la fois exister avant d'exister, et ne pas exister avant d'exister, auquel cas on ne se tirerait pas du néant mais de soi-même ! Autant dire que cette phrase d'allure métaphysique ne veut absolument rien dire.

Aujourd'hui, la science moderne est contrainte d'accepter  l'indéterminisme, qui devient une notion fonctionnelle et logique. Il est l'impossibilité qu'il existe certaines fonctions reliant les états de l'univers, impossibilité qui signifie que d'instant en instant ce dernier n'est pas contraint par son passé, mais libre de son évolution.
Philippe Guillemant résume la situation ainsi : « Depuis 2006, on peut observer une accélération de la révolution intellectuelle qui affecte la physique moderne à travers différents travaux récents, tels que les publications de physiciens sur l'influence du futur sur le présent, ou celles de mathématiciens sur le théorème du libre arbitre, lequel tend à substituer à la "vieille" conception probabiliste de l'indéterminisme en mécanique quantique, une approche dans laquelle la notion de "liberté" est préférée à celle de "hasard". » Mais pour que ces notions prennent réellement sens, Philippe Guillemant appelle de ses vœux une approche nouvelle de la physique qui devra prendre en compte notamment l’illusion de l’espace, du temps, de la matière, du vide qui sont des réalités déformées par notre conscience. Il faudra bien dépasser la vision classique du déterminisme par des représentations de l’évolution de l’univers pouvant se faire hors du temps illusoire. Le physicien plaide en faveur d’une approche cybernétique de la conscience de l’espace-temps qui voudrait que tous les états du futur et du passé soient en interaction et continuent d’évoluer simultanément. Si la flèche du temps est en partie déterminée par le passé, quelque chose nous vient aussi du futur. Avec ce postulat désormais incontournable d’une seconde causalité, appelée aussi causalité « descendante » non soumise aux lois de notre univers, des connexions plausibles peuvent désormais se faire entre le plan divin et la réalité multidimensionnelle du Tout. L’enjeu est si important qu’il pourrait réhabiliter Dieu sous forme d’énergie, de principe créateur, d’information pure, etc. Les tenants du déterminisme ont bien senti le danger, et c’est la raison pour laquelle sans doute, l’illustre physicien Stephen Hawking, dans son livre « Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ? », paru en 2010, s’emploie-t-il en tout cas à nier l’existence de Dieu d’une façon qui fort heureusement s’avère très provocante et maladroite, et ouvre après examen toute grande la porte à une argumentation inverse. 
Malgré uneouverture d’esprit courageuse, l’auteur va s’empresser de fermer la porte entrouverte. Philippe Guillemant le démontre en écrivant : " à la fin de son livre, la démonstration de Stephen Hawking se présente comme un véritable sophisme - voire une imposture intellectuelle - puisque ses conclusions (nul besoin de Dieu) sont déjà contenues dans ses hypothèses (le déterminisme qui exclut toute intervention divine). 
Par ailleurs, sa théorie présente un défaut majeur : elle ne dit aucun mot sur la question fondamentale de savoir quels sont les observateurs-acteurs de l'univers qui créent la réalité (hommes ? animaux ? plantes ? cailloux ? machines ? ...). Or il est facile de comprendre pourquoi Stephen Hawking esquive cette question : lui apporter une réponse reviendrait à faire la différence entre les objets de l'univers qui ont le statut d'observateur-acteur et ceux qui ne l'ont pas, et ce serait aussi inconcevable pour lui que de faire la différence entre les objets de l'univers qui ont un libre arbitre et les autres. Inconcevable, car cela briserait son dogme déterministe qui oblige à considérer tous les êtres humains comme des machines biologiques." 

Vers de nouveaux horizons: Avec l’existence probable d’une Seconde causalité, la question d’un Dieu créateur revient en force en définissant de nouveaux liens possibles, via le libre arbitre, entre notre conscience et le vide quantique où tout se régule : le passé-présent-futur de l’univers, le nôtre aussi. Le Tout y serait régi par les fluctuations et les vibrations de l’espace à l’échelle quantique qui seront plus importantes dans l’infiniment petit, très faibles et homogènes dans l’infiniment grand. Nous y avons part via notre Âme-Esprit. Ainsi, la frontière si fortement tracée par le déterminisme entre le rationnel et l’irrationnel est en passe de se réduire considérablement, le mur se lézarde inéluctablement, même s’il faudra encore beaucoup d’efforts et de courage pour en venir à bout. Mais si les humains ne sont plus à considérer comme des machines biologiques, et si le libre arbitre est bien la signature du divin, où cela mène-t-il ?

S’il y a un Dieu défini comme bon, tout-puissant et omniscient, il aura ainsi des raisons de produire un monde dans lequel la régularité des lois régissant le comportement des objets à notre échelle permet l’anticipation des effets, la responsabilité de l’action…et l'existence d'un dieu personnel exerçant une providence. Ici, une précision s'impose. Comme le fait très justement remarquer Laurent Gagnebin, « affirmer que l’Éternel est une énergie et un dynamisme créateurs, est-ce pour autant prétendre que Dieu est « impersonnel » ? N’y-a-t-il pas là une confusion entre la personne et l’individu ? » Ce dernier désigne surtout notre corps-conscience biologiquement conditionné. « La personne, elle, n’est pas un être déterminé ; elle est spirituelle. Elle se crée et représente un dessein à réaliser, une liberté. On est un individu par la force des choses – celle de la nature, de l’histoire, de la société – qu’on le veuille ou non. On devient une personne ; celle-ci ne saurait exister sans la rencontre et l’amour, sans un acte inventif et créateur. La mort de l’individu, c’est sa mort naturelle ; celle de la personne, c’est l’égocentrisme absolu. Nous sommes à la fois un individu et une personne. Dieu, assurément, n’est pas un individu, mais les traits retenus ici pour caractériser la personne correspondent justement à ceux que nous utilisons pour qualifier Dieu : Esprit, liberté, élan créateur, amour [http://www.evangile-et-liberte.net]. »
Il se pourrait que nous soyons en lien avec l'incréé, avec ce qui n'est pas encore, à travers les ondes quantiques par lesquelles nos esprits et le monde physique seraient connectés, et les particules le seraient d’une façon qui transcende l’espace et le temps.
De quoi donner le vertige !
Tout devient imaginable.

Nous avons donc :
L'Éveil est choix de privilégier les aptitudes de notre cerveau moral mis en évidence par les études de neuroscience, à savoir le sens de la justice, de l'empathie, de la collaboration, de la compassion, de l'entraide, la répugnance à souffrir et faire souffrir et l'altruisme. L'Éveil est choix de se dégager du désir mimétique - de la rivalité et de la convoitise principalement - qui sans cesse nous incite à user de différents stratagèmes pour arriver à nos fins. L'Éveil est libre refus de tout ce qui est obtenu par la force, la ruse, la manipulation, la dette imposée, le chantage affectif ou la séduction ! L'Éveil est libre orientation des besoins et délires humains de sécurité matériel, de confort, de pouvoir, de richesse, de gloire, de jouissances à tout-va. L'Éveil ne cherche pas son équilibre dans la liberté exaltée (je suis libre de faire ce que je veux, comme je veux, quand je veux avec qui je veux !), dans la volonté de tout maîtriser ni dans la volonté de sainteté qui oublie que la perfection n'est pas de ce monde. Le défi majeur sera encore et toujours comme l'a si bien vu Françoise Dolto de passer du besoin au désir, du charnel au spirituel, pour aller vers la joie de tout l'être et non pas vers la satisfaction d'un besoin partiel. Pour y arriver, il faut quitter le jeu des identifications stériles à la vie des autres ou à leur personne.
Savoir enfin ceci: "aimer c'est engendrer, susciter, éveiller, réveiller. C'est le contraire de vivre en circuit fermé, de posséder pour soi: richesse, savoir, pouvoir."  Aimer encourage à faire émerger ce qui n'est pas encore assez présent ici et maintenant, pour autant bien sûr que nous en ayons la force, la capacité et l'envie.
Aimer nous encourage à la liberté de savoir donner sans chagrin ni contrainte en fonction de ce qui se présente.
Cette visée éthique sera construite sur le socle de l'amour agapè compris comme expression de la bienveillance, de la bienfaisance et de la bonne volonté incluant notamment la coopération, la réciprocité et le pardon. C'est ainsi que nous sommes appelés à nous accueillir les uns les autres dans notre commune humanité. Cette visée est affaire individuelle et collective; l'état et la justice y contribuent comme lutte contre le chaos et la violence. Placide Gaboury le dit ainsi: « Nous sommes faits pour être harmonisés, en paix, créateurs et heureux. Nous sommes faits pour apprendre à aimer, nous sommes des centres d’amour et de compassion encore peu dégrossis, manquant de constance et de rectitude. La vie nous engage à aimer, elle e fait que cela vraiment. »

Cette éthique spécifique maintient la tension entre l'Absolu, le Souverain bien d'un côté mais sans le rendre absolu, donc inatteignable, et la réalité de l'autre à travers l'engagement responsable , mais sans le relativiser ou le réduire à un moindre mal plus confortable. Cette tension s'ouvre à ce qui se présente dans l'instant comme Futur non encore réalisé, comme possibilité neuve, recherche de la vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes. Le but ici est le chemin...le lieu ou se rejoignent le divin et l'humain, Le lieu d'une renaissance, d'une co-création humano-divine assumée.

Maurice Bellet ( in l’Amour déchiré, Desclée de Brouwer, nouvelle éditions, 2007) en explique bien les enjeux. Le lieu de l'amour est l'amour même, toujours premier, sans être objectif, lié aux pulsions, au corps, au social ou à la moralité. Ainsi l'origine n'est pas le début individualisé de la vie mais ce à partir de quoi l'individu peut exister et se construire. Cette toute première chose cherche dans l'altérité, y compris dans notre dimension sexuée, l'unité de la vie pleine et pleinement déliée de la destruction. Dès lors, « l'amour comme amour n'existe qu'entre l'autre et moi. S'il tourne au conflit, à la violence, à l'abandon, s'il est en cet excès d'amour qui finit par coïncider avec la possession - « je te donne tout, donc tu m'appartiens » - l'amour en moi devient douleur. Et comment faire que cette douleur ne devienne pas en moi violence ou abandon, les deux catastrophes de l'amour ? » « Toutefois, surmonter l'abandon – quitter ces espaces-là, du subi et de l'infligé – suppose qu'il soit donné d'habiter l'autre espace : celui d'une primordiale tendresse, d'une chaleur qu'aucun effort, aucune moralité ne produisent. » Cette primordiale tendresse nous recommande d’aller du côté de l'amour comme foi, sans la jouissance d'aimer ni même la jouissance de sa foi. Non pas un amour mystique car il resterait dans l'illusion ; ici, l'amour inconditionnel est feu, premier, absolu, sans dépendance, sans prétention : ce grand manque commun qui demeure dans l'urgence d'être comblé. Une présence dont l'absence est brûlure. Cette lumière incite à demeurer dans le don, le pardon, la suprême innocence qui traverse tout, la générosité qui espère sans point d'appui tout en se disant, intraitable, au cœur de la Ténèbre. Une aventure infime et infinie, l'origine originante de tous les possibles que rien n'épuise ni ne mesure. Foi envers autrui, foi envers soi-même, avancée vers l'horizon de la vie heureuse : la Pacification. « Finalement, finalement, vous ne devez, nous ne devons craindre qu'un ennemi, un seul ennemi : la sombre tristesse qui envahit tout et défait le lien merveilleux qui nous donnait d'être un en nous-mêmes et un avec nos proches, jusqu'à l'infini. Un seul ennemi : cette tristesse de ténèbre, cette amertume qui hait la naissance et la vie ; car c'est de ce gouffre que sortent les cruautés, les abandons, les replis, les angoisses. De là sort l'extrême, l'inhumain— l'inimaginable froideur des organisateurs de massacres. »

L’humaine tendresse n’a pas pu se dire ; elle ne s’est pas incarnée pour libérer du jugement et devenir cette douce présence qui nous fait sortir de l’enfermement.  « En vérité, toujours demeure en l'homme (en vous comme en moi) puisqu'il vit, au moins une légère trace, un reflet de ce don qui précède tout et qui fait que malgré tout nous pouvons nous réjouir d'être nés.
       Heureuse rencontre, d'une parole qui nous éveille là! Cela est vrai de toute vie, même si nous ne savons pas comment, même si celui qui la vit est jour après jour dans la ténèbre. »

Tout semble avoir été dit. Le mal/malheur tout comme les malveillances/maltraitances prennent leur origine dans cette parole qui n’a pas été dite – pas assez répétée avec tendresse – pour que naisse un double sentiment : il est bon d’être né et la vie est bonne. Manque cette foi envers autrui et soi-même indispensable à l’avancée vers l’horizon de la vie heureuse, désencombrée de nos fureurs et férocités. Pour Maurice Bellet, il faut oser aller dans le vide du vide, au-delà de toute pensée, concept, justification pour rencontrer la tendresse libératrice du Père. Pour Lytta Basset, c’est la Bienveillance du Tout Autre incarnée en Jésus Christ qui fait de nous des enfants de Dieu habités par un désir de mieux vivre-ensemble capable de s’incarner dans une sollicitation mutuelle responsable et respectueuse. Tous deux nous invitent à devenir capables de Dieu en la bienveillance assumée ou dans la parole dite en référence à cette humaine tendresse.
Se lier au divin réclame une naissance à l'inédit, d'où surgissent la confiance et la gratitude nées de cet aveu: Oui, la miséricorde est toujours choquante, tout comme l'humilité, le dévouement pour les autres, la générosité, le don, l'accueil ou le soin consenti les uns pour les autres: Jésus a vécu ainsi voulant débloquer ce que l'angoisse humaine et religieuse avait figé dans le sacré; ce fut un électrochoc salutaire  qui ne doit pas nous faire oublier toutefois que la paix et l’harmonie sont toujours à inventer, à construire, à cultiver. Elles demandent effort, combat, engagement. Elles n’arrivent pas parce qu’on a supprimé les motifs de désaccord, mais parce qu’on a appris à les gérer autrement que par la violence.

       

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