El Shaddaï: quand le divin est Tout-et-l'opposé-du-chaos.

  • Les nouvelles découvertes scientifiques sont étonnantes : le physicien Amand Fässler, du collègue de Küng, en 1994 lors d'un colloque de théologiens et de physiciens à Tübingen expliquait  avec quelle exactitude devait être "calculé" le petit supplément de matière par rapport à l'antimatière, à quelle aune de précision devait être "apprécié" le supplément infime de protons par rapport aux antiprotons (1 + 10 puissance 9 = 1,00000001) supplément sans lequel ne serait jamais apparu un univers  de rayonnement et de matière, ni le rapport extraordinaire de 25% d'hélium originel et 75% d'hydrogène! Et par suite pas davantage la formation de galaxies, d'étoiles et de planètes assez stables pour accueillir la vie dans cet univers ! 

         Les frères Bogdanoff signalent que le fameux modèle standard de la physique découvert au début des années 2000 repose sur une vingtaine de constantes fondamentales. L'un des exemples le plus frappant est la célèbre constante de structure fine. Sa valeur (précisée en 2006) est exactement 1 divisé par 137,03599679..., ce qui nous donne 0,0072973525376...; le fait, déjà étonnant en soi, devient encore plus incroyable quand on sait que le moindre changement même infime de cette valeur, testé sur des modèles informatiques, a pour conséquence l’effondrement de l’univers. Ce dernier semble d’ailleurs avoir trouvé son équilibre du premier coup car aucune trace d’essais infructueux n’a été détectée à ce jour. Ne devient-il pas difficile d’attribuer au hasard un réglage aussi fin ? Statistiquement parlant, cela représenterait une chance sur 1040 !
    Il y a quelques chose parce qu'il y a eu ce réglage fin...

  • Une coïncidence heureuse que nous retrouvons pour la Terre qui bénéficiera d'un milliard d'années de stabilité avant que la vie ne puisse prendre son envol...

    L'Univers a donc bénéficié d'un déséquilibre favorable...Tout comme notre Terre.
    Il n'est pas le seul, car nous retrouvons la même coïncidence heureuse dans l'histoire de l'évolution menacée à 6 reprises de destruction totale ! La Vie a pourtant trouvé son chemin jusqu'à nous...

    Le divin est Tout-et-l'opposé-du-chaos.

L'entropie et la néguentropie

Nous y retrouvons cette tension entre la recherche de l'équilibre et le chaos. 

Le terme entropie a été introduit en 1865 par Rudolf Clausius à partir d'un mot grec signifiant « transformation ». Il caractérise le degré de désorganisation ou de manque d'information d'un système. Il tend vers un état d’équilibre ou d’indifférenciation, cet état étant synonyme d’immobilité et de potentialité zéro.

Et là où il n’y a pas de mouvement, il n’y a pas, selon l’expression impropre des êtres humains, de vie.

Le phénomène de l’entropie se trouve illustré au mieux, sans aucun doute, par le processus de l’échange de chaleur.

Voici quelle est la loi : la chaleur s’écoule toujours du corps le plus chaud vers le corps le plus froid. Jamais l’inverse. C’est le deuxième principe de la thermodynamique.

Pour la plupart des scientifiques, c’est cette loi qui exprime l’irréversibilité du cours du Temps.

La néguentropie ou entropie négative, est un facteur d'organisation des systèmes physiques, et éventuellement sociaux et humains, qui s'oppose à la tendance naturelle à la désorganisation : l'entropie.

El Shaddaï: quand le divin est Tout-et-l'opposé-du-chaos. Un équilibre subtile entre l'entropie et la néguentropie...

Vers une évolution spirituelle

   À la suite de Gerd Theissen, il convient de définir le religieux comme un système de signes en évolution qui s'adapte à la réalité par essais et erreurs. Les mutations créatrices autant que les erreurs horribles commises individuellement ou collectivement nous poussent à évoluer vers des adaptations qui concernent l'entier de l'humain, ses connaissances, ses émotions et ses motivations. Chronologiquement, l'évolution a d'abord été chimique, elle a été ensuite biologique pour être enfin culturelle, voire spirituelle. Toute approche de cette évolution – même cognitive – demeure une approximation puisque personne n'en connaît la réalité ultime. Notons aussi que la science, en tant que système de compréhension de la réalité, ne peut répondre à la question du sens de cette évolution. C'est l'humain qui est appelé à jeter une étincelle de sens dans cet univers-machine froid et indifférent, régi principalement par des lois connues ou encore à découvrir. Cet appel en réalité nous constitue : vouloir s'en passer est du plus haut comique, y répondre de façon absolue est du plus haut tragique.
         La tradition chrétienne en réponse à cet appel se réfère à un Dieu transcendant. Elle postule qu'Il est la Réalité Ultime à l'origine de cette évolution encore inachevée puisque dans la foi nous croyons qu'il est nécessaire de passer du stade culturel de l'évolution au stade spirituel. Cela ne peut se faire sans une Parole qui s'oppose à l'humain en le confrontant notamment à la dialectique de la souffrance et de la culpabilité. Le message chrétien contredit ainsi ce qui dans l'évolution naturelle serait issu uniquement de la sélection active qui veut que seuls les plus forts et les plus adaptés survivent. Il atteste d'une contre-sélection possible qui s'oppose à la sélection naturelle ou à toute autre forme de sélection culturelle. C'est en elle uniquement que nous sommes appelés à définir des valeurs et des normes nous permettant de mieux nous adapter à cette évolution spirituelle. 

En lien avec l'utopie

Comme l'a très bien vu Paul Ricoeur  une certaine utopie nous sera nécessaire d'une part pour rassembler dans un idéal une humanité qui se disloque, et , d'autre part, individualiser les destins qui s'uniformisent dans une société marchande! Ici,  communauté chrétienne est appelée à se faire porteuse de sens et d'espérance, à se vouloir experte en humanité, dans l'art d'articuler l'ecclésial et le social. Il s'agira de bien articuler raison et entendement, intelligence calculatrice, conviction et responsabilité, perspective et prospective doivent être abordées en vivant ces tensions intensément, et non pour se protéger des coups du sort, de la réflexion critique, de la mise en question; la communauté ne doit pas être un îlot protégé sous peine de sombrer dans l'insignifiance…L'articulation théologique se fera sur l'affirmation que la vie est plus que le mort, le sens plus fort que le non-sens: c'est la résurrection, l'affirmation que le péché a été vaincu, que la grâce surabonde; nous pouvons partager avec les marxistes le projet de vaincre les obstacles de la pauvreté et de l'injustice…Le sens l'emporte sur le non-sens parce que c'est  la loi profonde des choses. Nous pouvons donc y contribuer sereinement et sans angoisse. Notre humanité sera faire d'oppositions surmontées, de réconciliations. Elle n'est pas dans la division, dans ce qui sépare: le Christ a abattu le mur de séparation…et le péché est alors désordre humain, détresse humaine. Précisément ce que Maurice Bellet appelle le mortifère.

Sortir du mortifère, de la douleur de vivre

Qui ne la pas ressentie un jour ? Maurice Bellet, en tant que prêtre, théologien, philosophe formé à l’école de la psychanalyse, nous parle de ces personnes blessées dont la conviction profonde est double : il aurait mieux valu que je ne sois pas né(e) ; la vie est moche. Leur existence s’est enlisée dans le mortifère :
« L’impuissance ou le refus à vraiment naître, la contre-naissance qui est, pour qui l’éprouve, condamnation de son existence même.
La violence, qui fait de lautre un esclave, une chose ; l’amour y est, en vérité, haine, et même plus bas ; mépris.
La solitude, lenfermement en soi-même, et dabord par le corps même : nul autre à aimer.
Lenfermement dans le semblable, leffet de miroir qui stérilise la relation.
Le règne des fantasmes, de limaginaire qui réduit lautre à ce qu’on y projette.
La violence qui sexerce par largent.
La tromperie, la trahison, labandon.
La stérilité. On peut y être jeté, on peut le faire subir à l’autre. »
(Maurice Bellet, le Dieu pervers, éditions du Cerf, 1990, p. 252-253).

Dans son livre intitulé « Je ne suis pas venu apporter la paix… » ; il nous dit en résumé : « La violence absolue est mort de la parole et mort de la pensée qui ne connaît plus que le ciment et le chaos, la propagande et la destruction. C’est un pouvoir absolu qui définit lui-même les limites, qui a emprise sur les bourreaux, les victimes ou les exclus. C’est un virus mutant qui transforme un bien en un mal dérivé (la morale qui devient oppressive ; la révolution qui anéantit la liberté, la raison triomphante qui engendre un délire universel, le dieu d’amour qui devient dévoration et condamnation, etc.). »
Ou logique infernale à travers la justification du moindre mal : ne dit-on pas qu'on ne fait pas d'omelette sans cesser des oeufs?

Nous vivrons forcément sous l'emprise de la violence et des besoins de confort, de sécurité, de puissance, de gloire, de jouissances multiples et d'épanouissement personnel qui nous tiendront en captivité. Mais comme l'affirmait Françoise Doltl, nous pouvons passer du besoin au désir: "vivre c'est pécher. S'installer dans le péché, c'est mourir (Dolto, t.2,p.116). Il faut dépasser ces états affectifs et ces sentiments d'indignité, de culpabilité…Savoir que tout est grâce, que tout est remis…Savoir enfin qu' "aimer c'est engendrer, susciter, éveiller, réveiller. C'est le contraire de vivre en circuit fermé, de posséder pour soi: richesse, savoir, pouvoir (Dolto, t.2, p.123)."

Passer du besoin au désir, du charnel au spirituel, c'est aller vers la joie de tout l'être et non pas vers la satisfaction d'un besoin partiel. Pour y arriver, il faut quitter le jeu des identifications stériles à la vie des autres ou à leur personne.

Il y a une vie spirituelle au-delà du mortifère dans la lutte contre nos élans narcissiques, sadiques ou masochistes.
Doit être combattu « ce qui conduit à tristesse, dureté, égarement, repli sur soi, ou prétention, revendication, ressentiment, ou compulsion, frénésie, débordement stérile ; ou encore, et par-dessus tout, à désespoir, glissement en bas, destruction — cela est dans l'opposé de l'amour. Ce qui, au contraire, est pacifiant, confortant, ce qui délie de l'âpreté et du ressentiment, ce qui donne de donner, ce qui ouvre chemin, même malaisé, même apparemment injustifiable, même hors des logiques reçues, cela est déjà du côté de l'amour — même si cela ne laisse point en repos, appelle à plus loin, exige dépassement ( Maurice Bellet, l’Amour déchiré, Desclée de Brouwer, nouvelle éditions, 2007, p.109). »

El Shaddaï: quand le divin est Tout-et-l'opposé-du-chaos, la sortie possible du mortifère. Quand aimer c'est engendrer, susciter, éveiller, réveiller, alors le chaos recule. C'est le contraire de vivre en circuit fermé, de posséder pour soi: richesse, savoir, pouvoir... 

Loi morale et empathie

« Une équipe dirigée par le docteur Cheng Ya-Wei de l'hôpital de la ville de Taipei a réussi, à l'aide d'une magnéto-encéphalographie, à démontrer l'existence d'une activité empathique dans le cerveau humain. L'aire qui contrôle l'empathie serait proche de celle qui contrôle le langage. Cette découverte pourrait aider à la création de traitements pour les patients autistes.

Les recherches ont été effectuées sur les neurones miroirs qui, lorsque l'on voit une action, réfléchissent une action identique dans notre cerveau afin de comprendre son comportement ou son état. L'expérience consistait à montrer deux images différentes, une personne agressée au couteau et une personne épluchant des légumes, à plusieurs patients. A la vue de la première image, leurs cerveaux réagissaient plus fortement qu'à la vue de la seconde. Cette activité a permis de localiser la zone empathique dans le cerveau. Dans le même temps la même expérience avec des patients autistes a généré des réactions du cerveau beaucoup moins important.

Les résultats de ces recherches ont été sélectionnés parmi les dix meilleures publications par l'Organization for Human Brain Mapping en 2007[1] . »

         Ce constat est étayé différemment encore par l’apport de la théorie des jeux : l’équipe du professeur J.P Delahaye de l’Université de Lille a pu ainsi démontrer que, parmi douze stratégies évidemment combinables, seules deux d’entre elles permettaient aux joueurs d’arriver à leur fin : la stratégie donnant-donnant graduelle et celle du donnant-donnant avec seuil.

         Ces conclusions scientifiques ont trouvé un prolongement inattendu avec la découverte des neurones miroirs : « Les neurones miroirs sont des neurones qui s'activent, non seulement lorsqu'un individu exécute lui-même une action, mais aussi lorsqu'il regarde un congénère exécuter la même action. On peut dire en quelque sorte que les neurones dans le cerveau de celui/celle qui observe imitent les neurones de la personne observée ; de là le qualitatif 'miroir' (mirror neurons).

C'est un groupe de neurologues italiens, sous la direction de Giacomo Rizzolati (1996), qui a fait cette découverte sur des macaques. Les chercheurs ont remarqué - par hasard - que des neurones (dans la zone F5 du cortex prémoteur) qui étaient activés quand un singe effectuait un mouvement avec but précis (par exemple : saisir un objet) étaient aussi activés quand le même singe observait simplement ce mouvement chez un autre singe ou chez le chercheur, qui donnait l'exemple[2]. » Cette découverte valide pour une part la théorie de René Girard relative au désir mimétique mais nous indique aussi plus largement la nature paradoxale de toute imitation humaine qui peut être aussi bien une source d’intelligence ou d’empathie, donc de progrès, de facilitation de la vie, qu’un basculement vers la rivalité et la destruction. Cette découverte devrait être prise en compte dans tous les secteurs, c’est-à-dire partout où il y a apprentissage et lieu de vie. Elle touche aussi le domaine de la loi morale.  Les progrès réalisés en neuroscience montrent que l'évolution a privilégié l'émergence d'un cerveau moral : nous avons donc instinctivement des réflexes. Ainsi, nous répugnons naturellement à faire souffrir – sauf quand nous nous sentons menacés ou qu'il faut punir – nous recherchons l'équité (la justice), nous sommes capables d'empathie, nous sommes réactifs à la souffrance des autres[3].

 

La loi morale, l’empathie tout comme l’altruisme font donc indiscutablement partie de notre humanité, tout comme le désir mimétique. Ce constat, rapportée à l’hypothèse d’un tiers exclu échappant à l’édulcoration et à la fanatisation, nous conduit naturellement à poser la nécessité d’une médiation intérieure dans et par laquelle nos désirs et besoins seraient apaisés et réorientés. Elle devrait alors être compatible avec la loi de la diversité suffisante, tout en permettant de se distancer du désir mimétique notamment qui nous pousse à la convoitise ou à la rivalité, à vouloir ce que l'autre a ou ce qu'il est!

El Shaddaï: quand le divin est Tout-et-l'opposé-du-chaos, le don de notre cerveau moral tend à favoriser l'empathie, la collaboration, la répugnance à souffrir et faire souffrir, le sens de la justice et de l'équité, le don de soi ou l'altruisme...

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[1]    . Source : http://www.techno-science.net

[2]    Source :http://www.automatesintelligents.com

[3] Source: Science&Vie 1077 juin 2007.

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Une évolution à risques

Nous l'avons dit, la Vie a trouvé son chemin malgré les 6 menaces d'extinction totale; elle a privilégié l'évolution vers la complexité de la spiritualité. Avec l'humain, la part instinctive recule fortement: avant tout était régi par l'instinct. Par la dure loi du manger / être mangé ! Avec l'humain, et l'apparition d'un 3e cerveau le néo-cortex, tout change en profondeur... Nous prenons conscience de notre finitude, nous inventons des objets, nous domptons le feu, notre sexualité devient culturelle et de tous les instants, etc.

Nous devenons capables de modifier notre environnement, d'avoir prise sur lui, sur la vie, le destin, etc.

Avec un inconvénient majeur: c'est désormais à nous de définir les contours du bien et du mal ! Le divin  ne cherche rien d'autre qu'à nous toucher : notre coeur endurci et pétrifié ne pourrait-il s'attendrir, et le rigorisme de notre jugement moral ne pourrait-il faire place à un peu plus d'humanité et de bonté ?  Comme l'affirme J.-Delassus le danger guette  " Car l’homme qui ignore le sens de son être ne pourra que ressentir une insatisfaction profonde qui le ronge. Sauf à se soumettre pour n’être qu’un automate intégré aux institutions régnantes, il la combat par l’avidité du pouvoir et la volonté de détruire ; il s’attache aux choses sans doute, mais surtout à autrui où il projette ses déceptions et ses rancœurs. L’être humain est alors l’être qui massacre. Il dépouille, il tue à défaut d’être parce qu’il y trouve la justification de son moi dans l’appropriation, l’exploitation ou l’abolition de ce qui s’y oppose (Jean-Marie Delassus, Neurologie de l'être humain, de la structure à l'existence, éd. Encre Marine, p.322.)."

La clé de toute spiritualité sera de nous conduire à un rapport harmonieux de soi à soi. À 

El Shaddaï: quand le divin est Tout-et-l'opposé-du-chaos.


       

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