Le pardon: délire, utopie ou un choix assumé?

Pardon & philosophie

Jacques Ricot nous résume la situation ainsi:  "La plupart des grandes philosophies évacuent le pardon de leur territoire, non sans s'appuyer sur de solides arguments. Ainsi les stoïciens ont toujours pris soin de refuser le pardon en avançant deux motifs. D'abord le sage ne doit pas se laisser dominer par ses émotions quelles qu'elles soient car la raison doit toujours l'emporter. Non seulement nous devons ne pas céder à la colère ou à la haine, mais le chagrin, la compassion, la pitié sont autant de concessions à la passion et de reculs de la raison.

Pour Spinoza, il importe de ne jamais permettre aux méchants de tirer avantage des maux commis en échappant à la justice et, de manière très voisine, Kant assimile le pardon à l'impunité, forme suprême de l'injustice. L'un et l'autre écartent l'esprit de vengeance.

La philosophie de Hegel réserve au pardon une place singulière dans la dialectique de la «reconnaissance» de l'autre. Le pardon est le moment de la reconnaissance de l'égalité avec autrui, moment où une conscience, dégagée de toute action dans le monde, renonce à son attitude surplombante, arrogante et hypocrite, et cesse de juger ceux qui se compromettent dans l'action. Mais c'est surtout chez quatre éminents penseurs contemporains que s'est réalisée l'intégration du pardon dans le champ philosophique, Hannah Arendt, Vladimir Jankélévitch, Jacques Derrida et Paul Ricœur.

Au moment où Hannah Arendt désigne le pardon comme l'une des conditions de l'agir humain, elle en signale l'origine religieuse. «C'est Jésus de Nazareth écrit-elle, qui découvrit le rôle du pardon dans le domaine des affaires humaines. Qu'il ait fait cette découverte dans un contexte religieux, qu'il l'ait exprimée dans un langage religieux, ce n'est pas une raison pour le prendre moins au sérieux en un sens strictement laïc5 ». La tradition chrétienne, en cela héritière de la tradition juive, rappelle que le pardon n'est pas un privilège de Dieu, mais qu'il y a urgence à le corréler avec le pardon humain, ainsi qu'en témoigne la cinquième demande du Notre Père, la prière que Jésus a enseignée à ses disciples. «Remets-nous nos dettes comme nous aussi avons remis à nos débiteurs». Le pardon — qui est exactement la remise de la dette selon l'expérience chrétienne — se voit donc reconnaître un rôle dans les affaires humaines. Le futur peut être à nouveau ouvert, d'autres commencements peuvent être envisagés.

Pour Jacques Derrida, le pardon relève d'une «folie de l'impossible». Avec Jankélévitch, il admet qu'il y a de l'impardonnable, mais ajoute que c'est précisément en ce point qu'un authentique pardon pourrait se manifester. À ses yeux, pour que le pardon soit conforme à son essence de geste purement désintéressé, il faut qu'il revête un degré d'absoluité au point d'être rigoureusement inconditionnel. Si l'on pardonne en vue d'un intérêt plus ou moins masqué, comme il arrive dans les procédures d'amnistie ou de réconciliation, alors on manque la totale gratuité du pardon.

Paul Ricoeur campe le pardon dans la dynamique de l'amnistie: elle fonctionne dans la cité athénienne comme une institution de l'oubli, mais fondée sur une dénégation de la violence fondatrice sur laquelle se construit la paix civique. La mémoire oublieuse est la condition sine qua non du politique. «Tel est l'enjeu spirituel de l'amnistie : faire taire le non-oubli de la mémoire. C'est pourquoi le politique grec a besoin du religieux pour soutenir la volonté d'oubli de l'inoubliable, sous la forme d'imprécations à l'horizon du parjure». Mais Ricoeur défend surtout, en s'appuyant sur Kant, la conviction d'une possible «libération du fond de la bonté de l'homme» qui s'appuie sur «une relecture philosophique des vieux mythes traitant de l'origine meta — ou transhistorique du mal». 

Pour lui, la Bonté sera toujours plus profonde que le mal le plus profond.

Reste que des questions délicates demeurent: celle de la toute puissance, de ses délires, celle de l'impunité ou celle encore du repentir. "Dans toutes les scènes de repentir, d’aveu, de pardon ou d’excuses qui se multiplient sur la scène géopolitique depuis la dernière guerre, et de façon accélérée depuis quelques années, on voit non seulement des individus mais des communautés entières, des corporations professionnelles, les représentants de hiérarchies ecclésiastiques, des souverains et des chefs d’État demander “ pardon ”. Ils le font dans un langage abrahamique qui n’est pas (dans le cas du Japon ou de la Corée, par exemple) celui de la religion dominante de leur société mais qui est déjà devenu l’idiome universel du droit, de la politique, de l’économie ou de la diplomatie : à la fois l’agent et le symptôme de cette internationalisation. La prolifération de ces scènes de repentir et de “ pardon ” demandé signifie sans doute une urgence universelle de la mémoire : il faut se tourner vers le passé ; et cet acte de mémoire, d’auto-accusation, de “ repentance ”, de comparution, il faut le porter à la fois au-delà de l’instance juridique et de l’instance État-nation. On se demande donc ce qui se passe à cette échelle. Les pistes sont nombreuses. L’une d’entre elles reconduit régulièrement à une série d’événements extraordinaires, ceux qui, avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, ont rendu possible, ont en tout cas “ autorisé ”, avec le Tribunal de Nuremberg, l’institution internationale d’un concept juridique comme celui de “ crime contre l’humanité (Jacques Derrida)”.

Pour Desmond Tutu, c'est l'instinct de conservation qui nous fait vivre mais ce sont les autres qui nous font exister. Fort de cette conviction, il sera l'un des instigateurs de la réconciliation après la chute du régime de l'apartheid et de ses lois iniques en 1994. Il préside la commission « Vérité et réconciliation » qui enquête sur les crimes commis pendant la période raciste. Tous ceux qui ont commis des crimes (tortures, assassinats politiques, etc.) peuvent y expliquer ce qui s’est passé et demander pardon aux victimes et à leurs familles. Le rapport dénonce les coupables sans succomber à l’esprit de revanche. Et c’est là le second principe de la réconciliation : dire la vérité, pouvoir s’expliquer des deux côtés sans se laisser aller au désir de vengeance. Associé à l’idée qu’il faut distinguer les individus et leurs actes, cela implique qu’il faut condamner les actes, pas les individus.

Pardon & psychologie

Harry J. Aponte nous dit ainsi sa conviction profonde: "En tant que thérapeute, j’ai grandi avec l’idée que le pardon est difficile, très difficile. Il est aussi difficile de pardonner que d’aimer toujours. Néanmoins le pardon est une force qui guérit et construit, alors que le non-pardon divise et détruit. Pardonner implique paix et liberté dans le cœur, et amour et ouverture dans les relations. Le non-pardon tue l’idée d’amour, en nous et entre nous. Il fait durer colère et ressentiment, et par là-même, froideur et douleur. Le pardon favorise notre croissance, le non-pardon l’entrave. Ce sont des points essentiels pour les thérapeutes."

Mais il convient de nuancer les choses: (<http://www.plurielles.fr/psychologie/cinq-bonnes-raisons-pardonner-3347972-402.html> )

Que l'on pardonne une petite trahison ou un événement traumatisant, les situations ne sont pas comparables et les dégâts non plus. A chacun de déterminer si et quand le pardon doit venir, mais voici ce qu'il peut vous apporter.

Pardonner n'est pas excuser

Pardonner ne signifie pas que l'on accepte sans broncher, que l'on " tend l'autre joue " ou que l'on cautionne ce que l'autre nous a fait.

La démarche est avant tout un cheminement intérieur que l'on fait pour soi et non pour soulager la conscience de celui ou celle qui nous a blessé. Simplement on ne donne plus prise à cet autre sur notre être.

Pardonner apaise la colère

La rancœur, la haine, l'aigreur... autant de sentiments négatifs que l'on " traîne " lorsqu'une histoire n'est pas digérée. Or on le sait "la colère est mauvaise conseillère". Plutôt que de se ronger intérieurement, il est parfois utile de regarder cette colère en face. Accepter qu'elle existe permet de passer à l'étape suivante.

Pardonner nous rend plus fort

Imaginez une personne qui vous a fait du mal et à qui vous décidez de pardonner. Sans sombrer dans le grandiloquent, vous en ressortirez grandi par la force et la volonté qu'il vous aura fallu pour en arriver là. Vous quitterez alors votre peau de victime.

Et à votre avis, qui de vous ou de votre "bourreau" aura ensuite le plus de mal ensuite à se regarder dans le miroir ?

Pardonner pour ne pas oublier

Accorder son pardon, c'est le contraire de l'oubli. On n'enfouit pas sa blessure et on ne joue pas les amnésiques : petite mesquinerie ou faute hautement répréhensible, une fois pardonné cet acte restera ce qu'il a été. En reconnaissant que "cela a bien eu lieu", il prendra sa place dans notre histoire personnelle.

Pardonner pour avancer 

On a tous ressassé une situation désagréable. Cela peut aller plus loin en prenant la forme de blocages dans sa vie d'adulte (impossibilité de trouver sa place, de s'épanouir...) ou de maux physiques à répétition.

Pardonner permet de passer à autre chose et donc d'avancer. De faire en sorte que sa vie ne soit pas réduite à un événement négatif mais qu'elle puisse se poursuivre.

C'est évidemment souhaitable mais plus difficile à réaliser. Boris Cyrulnick nous rappelle avec raison que nos chemins de vie se situent sur une crête étroite, entre toutes les formes de vulnérabilités, génétiques, développementales, historiques et culturelles, et les mécanismes de protection, de dépassement mis en place. À l'évidence, pour résilier un malheur passé, il faut justement avoir été vulnéré, blessé, traumatisé, affecté, déchiré...La résilience dépend de notre aptitude à pouvoir donner du sens malgré tout, malgré ce qui nous est arrivé. Et surtout, sortir des séquelles du traumatisme. À l'état instinctif, nous recherchons la sécurité, en évitant la douleur ou les situations à fort risque d’échec. Cette quête « instinctive » est fonction de nos vécus : elle est donc unique. Elle peut aussi, en cas de trauma grave ou de choc post-traumatique, s’inverser, sombrer dans l’hypervigilance au point que la personne se sent en permanence menacée et inquiète. Elle subit alors un cortège de réactions émotionnelles et neurovégétatives très handicapantes : souffle court, mains moites, transpiration subite, arythmie cardiaque, nausée existentielles, détresse respiratoire, irritabilité, troubles du sommeil, colère, phobies ou détachement envers autrui. Tout est susceptible de raviver les souvenirs douloureux. Une récente étude de l’Université de Porto Rico, parue dans la revue Nature de janvier 2015, a démontré que le rappel de souvenirs traumatiques empruntait des circuits cérébraux différents ; un souvenir simple passe par l’hippocampe, transite par l’amygdale puis par le thalamus. La réactivation d’un souvenir douloureux, sept jours après l’événement, passe par le cortex préfrontal qui contrôle les émotions, puis par le thalamus - qui est en quelque sorte « le cerveau dans le cerveau » ou si on préfère une gare de triage neurosensorielle gérant nos sensations, nos capacités motrices, les états de conscience, de vigilance et de sommeil – pour être ensuite traité par l’amygdale qui gère les réactions émotionnelles, en particulier la peur. Nous ne sommes donc pas égaux devant nos traumas. Celles et ceux qui en souffrent ont grand besoin que nous en ayons conscience, et plus encore que leurs souffrances soient reconnues. 

La possibilité du pardon va dépendre du retentissement de l'événement blessant; il diffère donc fondamentalement du discours de la vengeance bien campé dans:  il ne faut jamais oublier / il faut se rappeler sans cesse de notre honneur bafoué / le passé ne s'en vas, ce n'est pas une mince affaire d'oublier

Celui qui se sent blessé / froissé / humilié / méprisé / dégradé / avili / maltraité, se sent amoindri dans son amour-propre.

Il y a différents moments possibles: demander pardon, présenter des excuses, réparer, guérir la mémoire de la tonalité morbide; ainsi Edgar Morin en appelle-t-il à la véritable compréhension qui signifie prendre avec soi les véritables raisons de l'homme, sa déraison, son aveuglement, ses convictions fanatiques ou la démence collective. Notre JE est aussi social comme l'a défendu Vincent de Gaulejac (In Qui est JE?, Seuil mars 2009) en faisant valoir les éléments suivants: 

  1. Le sujet individuel et collectif peut être créateur et destructeur de vie. La tension entre le moi et l'idéal du moi peut conduire à la dépression. L'idéologie de la réalisation de soi-même renvoie à l'obligation de se faire une place, de réussir, ce qui charge cette tension. Quand elle s'emballe, le sujet peut, n'étant pas reconnu par ceux qui représentent le pouvoir, la notabilité ou la considération vouloir les détruire. Le sujet ne pouvant se réaliser du côté de l'Eros cherche une issue du côté du Thanatos, dans le refus d'être rien ou moindre et le désir de puissance.
  2. Pour y échapper, le sujet a besoin de reconnaissance juridique, affective, sociale et cognitive (être reconnu dans sa compréhension de soi-même), qu'elles soient reconnues par d'autres.
  3. Pour Paul Ricoeur, la souffrance est une impuissance à dire, à faire, à raconter, à s'estimer, donc une impuissance à s'affirmer comme sujet. Mais il y a danger dans le renoncement à penser, à choisir, à lutter, à prendre en compte son passé et son avenir en voulant vivre dans le présent pour ne plus se poser de questions.
  4. La violence de survie annule toute humanité, toute parole, toute possibilité de partage de sens. Mais la torture pose un paradoxe radical: nous ne pouvons nous identifier aux tortionnaires sans devenir ce qui nous fait horreur; mais si nous coupons toute relation avec eux, nous devenons ce que nous condamnons! Quand on a vécu l'inacceptable, comment ne pas se sentir sali ou avili? L'avènement du sujet passe par la reconnaissance de ce qu'il a vécu, même si cela veut dire faire cohabiter le ciel et l'enfer et vivre le bonheur sur le fil du rasoir. Parfois, c'est entre résignation et révolte, orgueil et honte, soumission et refus, désir de vivre et l'envie de disparaître que le sujet puise au plus profond de lui le courage d'exister malgré tout.
  5. Les sociétés hypermodernes poussent jusqu'au paradoxe la nécessité de s'affirmer comme singulier et autonome tout en nous obligeant à nous conformer à des codes sociaux normatifs stricts. Le sujet cognitif et le sujet du désir entrent en conflits, en tensions entre l'être humain et l'être en société. Dans le contexte de la sécularisation, c'est le sujet qui prend la place de Dieu comme créateur de son existence, comme producteur, entrepreneur, révélation de son moi intime, et non les institutions. En cette quête bornée, il y a risque de lourdeurs…

Le pardon va dépendre aussi de ce cadre normatif, sociétal, d'une possibilité à dire, à faire, à raconter; d'une possibilité d'être perçue favorablement dans son rôle de victime, etc. La vengeance peut-elle nous y aider?

La loi du Talion et la vengeance (Jean-Marie Muller )

 " La loi du Talion institue un droit de vengeance. Elle a pour effet de légitimer la vengeance, de la pérenniser et de l'institutionnaliser. Elle emprisonne l'individu et la société dans la logique de la violence.

     Ce qui fonde la structure de la vengeance, ce n'est pas la volonté d'obtenir de mon offenseur la réparation du mal qu'il m'a fait subir, mais le désir de lui infliger un mal dans le but de lui faire du mal. En me vengeant, je n'ai d'autre intention que de rétorquer le tort que j'ai subi. La vengeance est pure rétorsion. La vengeance ne répare jamais rien. Son intention n'est pas de réparer mais de détruire. La vengeance n'est pas un acte de légitime défense. Ce qui la caractérise, c'est qu'au moment où elle s'exerce, mon ennemi ne présente plus de réelle dangerosité et n'exerce pas de menace directe à mon encontre. il ne m'affronte plus. C'est pourquoi la vengeance s'exerce toujours par derrière. Lâchement. La vengeance ne saurait se prévaloir de la caution de la justice. Elle ne veut ni ne peut rétablir mes droits, elle vise seulement à faire souffrir celui qui m'a fait souffrir. La violence de la vengeance n'est jamais un droit; il n'existe aucun droit de la vengeance. Elle est toujours injustifiée. Toujours injuste. Toujours un crime contre l'humanité. Fille de la rancune, du ressentiment, de l'aversion et de la haine, la vengeance n'est jamais noble; elle est toujours ignoble. On a longtemps prétendu que pour défendre son honneur l'homme devrait se venger des offenses subies en pourfendant son offenseur. Mais quel honneur peut-il y avoir à s'ingénier à faire du mal et à faire mal à son ennemi? Quel honneur à mal faire? Quel honneur dans l'assouvissement d'un désir essentiellement malsain? N'est-ce pas mal placer son honneur? Bien mal? Si la vengeance est une question d'honneur, c'est en ce sens qu'elle est toujours déshonorante pour celui qui l'exerce."

La tradition rabbinique défendait déjà l'idée de réparation dans la loi du Talion: le but n'était pas la vengeance mais la réparation pour un oeil ou pour une dent endommagés !

Tout pourtant ne peut être réparé! Il est des violences gratuites ou ignobles, des dommages inutiles, des vexations ou autres forfaitures qui ressortent d'une volonté sadique de blesser.

Dans son livre intitulé « Je ne suis pas venu apporter la paix… » Maurice Bellet nous dit en résumé : « La violence absolue est mort de la parole et mort de la pensée qui ne connaît plus que le ciment et le chaos, la propagande et la destruction. C’est un pouvoir absolu qui définit lui-même les limites, qui a emprise sur les bourreaux, les victimes ou les exclus. C’est un virus mutant qui transforme un bien en un mal dérivé (la morale qui devient oppressive ; la révolution qui anéantit la liberté, la raison triomphante qui engendre un délire universel, le dieu d’amour qui devient dévoration et condamnation, etc.). » Clairement,  « Le virus a muté. Sous le couvert d’une société tolérante et ouverte, la parole et le visage obsédants sont ceux de l’individu lui-même, dans le miroir déformant de la pub. L’économie dévore tout façonnant un homme en morceaux mal ficelés ; c’est la déshumanisation directe par un pouvoir sans visage. Il n’y a que le Réel et ce qu’il peut t’offrir ! Montée en jouissance et en puissance, envie compulsive, succès par le meurtre et l’annihilation d’autrui. Une urgence d’appétit qui ne connaît que la hâte de la satisfaction. Triomphe de l’infantile, négation de l’angoisse, absence totale dans un bonheur surfait. Les malheurs et les douleurs de la vie sont seulement ce à quoi l’on ne pense pas, ou qu’on subit comme une bête.

Le système dominant avale tout en termes marchands, dans le triomphe de l’immédiat, de l’affectif, dans la fuite de tout questionnement. C’est le magma culturel. Le Grand Tout et Rien de la Jouissance. »
Tout le contraire en somme du Schaddaï, de « Celui qui dit : ça suffit ! », que le Talmud nomme Dieu Tout-Opposé-Au-Chaos.

Doit être combattu le non-amour centré sur l'avidité du Seul, « ce qui conduit à tristesse, dureté, égarement, repli sur soi, ou prétention, revendication, ressentiment, ou compulsion, frénésie, débordement stérile ; ou encore, et par-dessus tout, à désespoir, glissement en bas, destruction — cela est dans l'opposé de l'amour. Ce qui, au contraire, est pacifiant, confortant, ce qui délie de l'âpreté et du ressentiment, ce qui donne de donner, ce qui ouvre chemin, même malaisé, même apparemment injustifiable, même hors des logiques reçues, cela est déjà du côté de l'amour — même si cela ne laisse point en repos, appelle à plus loin, exige dépassement (Maurice Belle l’Amour déchiré, Desclée de Brouwer, nouvelle éditions, 2007). » Être arraché au soi fermé sur soi est une nécessité de l'amour. Mais la logique d'éros, c'est de chercher la satisfaction de nos besoins dans la jouissance et la possession via l'autre comme objet d'amour, avec la volonté de se faire valoir ou de rendre l'autre dépendant, tout particulièrement à travers le don. Désir-devoir-don s'entremêlent pour devenir notre destinée, car l'amour est jaillissement de notre condition humaine qui a sa source en notre corps. Il faudrait qu'il soit vrai mais nous sommes complexes, fourbes et faux : du coup, l'amour est aussi mensonge. Frénésie, compulsion et impulsion. « L'amour se vit dans une histoire, où se répète confusément l'archaïque, où le « senti » va son chemin incontrôlable, où l'imaginaire est une perpétuelle construction que la réalité déçoit [Idem]. » Tout est donc ambigu et ambivalent. Et la parole sera le lieu où cela parle confusément, en une distance qui est toujours déchirure. Quand elle se veut un absolu comme fusion avec le ressenti ou maîtrise du vouloir et du devoir, elle s'enracine dans le pur malheur. Comment dire à la fois que l’amour est essentiel à la vie et qu’il est une aventure hasardeuse où l'on sait que la désillusion est inévitable, et qu'elle peut conduire au pessimisme et à la tristesse ? Parce que l'amour, sous toutes ses formes, est l'affaire de chacun, il réclame l'éthique du consentement mutuel, qui a son tour exclut le viol et l'inceste mais aussi toute agressivité qui avilit l'humain, le défait, l'anéantit, le réduit en l'expulsant de sa dignité. Il s’agit d’être vigilant, car la violence du non-amour peut prendre des formes multiples y compris celles de la douceur, de la gentillesse et du dévouement quand ils sont centrés sur la satisfaction unilatérale de nos besoins ! Ainsi, si l'amour est relation, consentement mutuel, il est aussi ancré dans la réciprocité et la responsabilité : le don est appelé à donner, le désir est joie dans le désir que l'autre soit, et le devoir-être est à vivre sur l'appel à la plénitude de la vie. 

« Nos plus profondes satisfactions proviennent de notre capacité, ou non, à aimer et à être aimé » (William Menniger). Comment libérer ce fond de bonté de l'humain? Par l'éducation, par l'information bien sûr, et par une choix de vie spirituel.

Développer notre cerveau moral

Même s’il faut prendre certains résultats scientifiques avec prudence, les résultats de l’équipe d’A. Newberg montrent que l'évolution a privilégié l'émergence d'un cerveau « moral » : nous avons instinctivement des réflexes. Ainsi, nous répugnons naturellement à faire souffrir – sauf quand nous nous sentons menacés ou qu'il faut punir – nous recherchons l'équité, nous sommes capables d'empathie, nous sommes réactifs à la souffrance des autres. Ce sens moral « primitif » serait l'une des origines des religions, l'autre étant la mise en évidence de notre cerveau « religieux » ; ici aussi, l'évolution nous a dotés de capacités spécifiques nées de l'interaction entre au moins quatre acteurs : l'hypothalamus, la plus vieille structure du système limbique – sorte de commandant en chef – qui peut calmer ou exciter le cerveau et produire des émotions comme la fureur, la terreur, le plaisir modéré ou la béatitude. Il peut affecter n'importe quel organe ou partie du corps. Le chien de garde : l'amygdale. C'est elle qui donne à nos émotions leurs nuances subtiles (amour, amitié, affection, défiance); elle est à la recherche de toute information qui représenterait une nécessité d'agir, ou un signe de danger, ou encore tout ce qui nécessiterait que l'esprit y porte attention. Pour interagir, elle doit toutefois passer par l’hypothalamus. Le diplomate : l'hippocampe. Il fonctionne en lien avec l'amygdale. C'est lui qui relie les sensations, les émotions, à des images, à la mémoire à court et plus long terme, à l'apprentissage. Ces trois structures vont interagir avec une quatrième, le néocortex, et permettre l'émergence d'opérateurs qui nous sont spécifiques. L'opérateur holistique qui nous permet de voir le monde comme un tout, l'opérateur réducteur qui nous permet de nous attacher aux détails. L'opérateur d'abstraction permettant de voir le lien entre deux faits séparés. L'opérateur quantitatif qui nous permet de classer, d'ordonner, d'estimer le temps, les distances, etc. L'opérateur causal qui s'attache au comment et au pourquoi. L'opérateur binaire qui s'attache à l'existence des opposés tout en donnant un sens fondamental aux choses. L'opérateur existentiel qui nous donne la sensation que ce que le cerveau nous fait voir est réel. L'opérateur à valeur émotionnelle qui nous permet de sentir ce qui nous arrive. Sans ce dernier, nous serions comme des robots. C'est lui qui nous donne la sensation de soi.

 De ces opérateurs sont nés les mythes et les légendes dont la fonction première est de répondre à des situations menaçantes en donnant du sens au monde et à ce qui nous entoure.

Nous fonctionnons en fait à trois cerveaux. Savoir leurs rôles peut nous aider

Nous devrons découvrir comment maintenir un rapport harmonieux de soi à soi, comment équilibrer les tensions entre le cerveau reptilien, limbique et le cortex.

La réalité est évidemment infiniment plus complexe, mais cette description nous aide à visualiser notre fonctionnement à 3 cerveaux, à 3 niveaux d'imbrication au moins qui vont intervenir dans le travail à faire sur soi-même. Nous ne sommes évidemment pas égaux devant un traumatisme; nous ne le sommes pas non plus dans les fondements qui constituent notre sécurité ontologique, notre capacité d'adaptation, notre force de résilience ou encore nos valeurs existentielles. Nous disposons néanmoins d'un cerveau moral aux aptitudes indéniables que nous pouvons même choisir de renforcer dans le but de libérer ce fond de bonté qui existe en l'humain.

Il nous faudra pour y contribuer reconnaître deux choses importantes:

1. Il y a chez l’humain un désir profond de ne pas accepter simplement la vie qui lui est donnée ; il y a donc recherche de puissance – et surtout de sécurité - pour avoir une vie plus riche, plus profonde, plus ample  dans une quête du tout tantôt accessible tantôt inatteignable ; elle est expérience particulière, éprouvée, vécue mais aussi révélation jamais entièrement expérimentée dans la vie, référence à quelque chose d'étranger ou d’absurde qui traverse le chemin de notre humanité en venant contester nos raisons de vivre et nos attentes. Cette quête sans fin nous constitue.

2. Nous avons tous une fascination - répulsion pour la violence. Souffrir et faire souffrir nous fait peur mais nous sommes tous tentés d'obtenir une vie plus riche, plus ample, plus profonde par des moyens souvent douteux: par la ruse, la force, le chantage, la manipulation, le mensonge, la séduction, la dette imposée, la mystification ou le mutisme. Nous utilisons différentes approches pour arriver à nos fins en légitimant nos actes et nos paroles. N'est-ce pas chacun pour soi dans la vie? N'est-il pas vrai qu'on a rien sans rien? Qu'il faut savoir se faire respecter, se défendre, s'imposer, fixer des limites, savoir se faire entendre? En réalité, les humains sont sous l'emprise du désir mimétique, dans la rivalité et dans la convoitise, violents, calculateurs et pervers, dominés par des pulsions narcissiques, sadiques ou masochistes. Mais pas seulement! Et surtout pas nécessairement! Un choix est à faire dans le moment présent et devant l'Absolu: celui de préférer la bonté et les capacités de notre cerveau moral (le sens de la collaboration, de la justice, l'empathie, la compassion, le refus de souffrir et de faire souffrir, le sens de la réciprocité ou encore l'altruisme). Le mal et le malheur surgissent quand l'archaïque règne en maître; quand tout est ramené au Seul; quand l'égo et la peur sont les chefs d'orchestre. Quand le désir de vomir, de punir ou de dévorer l'autre nous habite. Nous pouvons apprendre à contrecarrer le mortifère.

Le pardon au sens religieux

 On a trop souvent fait du pardon un but en soi. Et s'il s'agissait plutôt de tourner la page pour pouvoir enfin se libérer ? D'assumer ses blessures bien plus que d'attendre une impossible réparation ?

Ce que Lytta Basset nous fait découvrir c’est que toutes les injonctions au pardon sont vaines si elles ne débouchent pas sur un long, très long travail : travail de mémoire d’abord, pour retrouver le « mal subi », durant notre enfance en particulier, et les différents « offenseurs », découvrir aussi tout le « mal commis », souvent dans le prolongement du mal subi. Il s’agit ensuite de dépasser la culpabilité, de traverser la révolte, d’accepter nos limites et la perte d’une image de soi intègre. Après, ou au cours de ce travail, puisque il n’y a pas là de suite chronologique, la personne offensée (et offensante !) pourra découvrir l’extraordinaire pouvoir qui est en elle, un véritable appel à sa liberté, un choix radical à effectuer : pardonner !

Le désir de « laisser aller » ce qui « pourrit la vie », laisser aller, littéralement, comme on lâche la laisse d’un chien. C’est le sens profond de ce que l’on entend par « pardon » ; étymologiquement plus parlant, sens très fort car il sous entend que c’est MOI qui vais lâcher, c’est moi qui peux le faire et je vais y trouver mon compte. En Occident, le mot « pardon », dans le langage courant, n’a pas cette richesse. Il est plutôt abordé comme une obligation ; contrainte de « tu dois pardonner » ici , c’est une obligation qui m’est faite, Ce sera bénéfique pour l’autre si tu le fais ; « tu dois pardonner », pour l’autre, alors que dans le sens envisagé ici, c’est à soi que le pardon apporte quelque chose ; c ‘est presque une récompense que l’on obtient, c’est moi qui suis gagnant.

2 obstacles sont à franchir : - le sentiment de culpabilité : « c’est de ma faute si je n’arrive pas , je l’ai bien cherché » - le perfectionnisme

La prise en compte de la blessure est essentielle Il faut prendre soin de la blessure ; il y a un réflexe naturel de rejeter ce qui fait mal, c’est instinctif et ça va être enfoui. On pense que de cette façon les choses sont réglées mais des signes montrent que la blessure ne guérit pas : réaction de colère à certaines occasions, de honte ; il faut longtemps pour en prendre conscience, pour les analyser ; parfois il faut se faire aider. Nous sommes responsables les uns des autres et nous avons à prendre attention de personnes qui ne parlent pas qui ne s’expriment pas et que l’on soupçonne d’être en butte à ce type de problème. Puis vient un moment où un déclic se produit: « OK le mal est fait, voilà ce qu’on m’a fait, je le reconnais comme une réalité. J’arrête de la repousser, je laisse venir sans aucune censure ». C’est un moment redoutable qui consiste à reconnaître son impuissance. « Une chose que Dieu ne sait pas faire, c’est faire en sorte que ce qui a été ne soit pas »

La destruction de la confiance fait partie de la vie, mais Jésus nous dit « n’en rajoutez pas ».

« Scandaliser », en grec « faire tomber », comme la pierre qui fait trébucher. Malheureux le monde à cause des choses qui font tomber.

Si tu évacues ne serait-ce que l’enfant qui est en toi c’est comme si… signifie que « ça va avec » ce n’est pas une sentence, c’est une équivalence de situation, le risque d’être submergé par la mer : c’est à dire le Mal.

Si tu te coupes de l’enfant qui est en toi, tu ne vas pas t’en sortir… C’est suicidaire et c’est surtout le risque presque inévitable de te mettre en situation de faire tomber d’autres qui ont une attitude de confiance.

Pour tourner la page, il faut refaire son unité :

Quatre éléments sont incontournables pour tourner la page ; - le renoncement à la culpabilité la mienne ou celle des autres ou même la culpabilité de Dieu, - la mémoire : en aucun cas l’amnésie n’est une manière d’aboutir ; oublier c’est se perdre, il faut apprivoiser ce qui s’est passé de façon à l’intégrer pour aller plus loin. A propos d’événements dramatiques. On entend fréquemment le commentaire dans les médias : « Il leur faudra du temps pour oublier ». C’est aller à contre sens. La mémoire nous montre le chemin parcouru, elle est notre histoire, elle nous montre qu’on est guéri. Que resterait-il du peuple hébreux si on retirait toutes ses épreuves, qui l’ont façonné ? - la révolte, la colère, font partie du processus comme une énergie de vie ; réaction de Job, son cri de révolte lui est salutaire. - le deuil d’une compréhension totale : « pardonne leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font ». Jésus ne qualifie même pas le mal, il les laisse dans le mystère de leur être.

 À ces 4 éléments, il faut en ajouter un 5è: la non-violence comme refus de se faire du mal ou de faire souffrir son bourreau. 

Aimer son ennemi: vraiment?

Jésus avait coutume de nous prescrire l'absolu pour nous guérir de nos petits arragnements mesquins. Il dira ainsi en Matthieu 5,

38 Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent.

39  Mais moi, je vous dis de ne pas vous opposer au mauvais. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends–lui aussi l’autre.

40  Si quelqu’un veut te faire un procès pour te prendre ta tunique, laisse–lui aussi ton vêtement.

41  Si quelqu’un te réquisitionne pour faire un mille, fais–en deux avec lui.

42  Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter quelque chose.

43 Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu détesteras ton ennemi.

44  Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent.

45  Alors vous serez fils de votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les mauvais et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.

46  Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, pourquoi vous attendre à recevoir une récompense de Dieu ? Même les collecteurs d’impôts en font autant !

47  Si vous ne saluez que vos frères, faites–vous là quelque chose d’extraordinaire ? Même les païens en font autant !

48  Soyez donc parfaits, tout comme votre Père qui est au ciel est parfait.

Notes: ne pas se venger = ne pas riposter, ni s'opposer à quelqu'un devant un juge; l'idéal serait de ne pas se comporter en adversaire, face à un méchant qui me veut du mal. Pourtant, nous ne sommes pas devant une morale de l'effort ou de l'intention!

La tunique était le vêtement de dessous, la loi interdisait de prendre le manteau d'un pauvre. Les soldats et les fonctionnaires pouvaient obliger un passant à se charger d'un fardeau (1000 pas faisaient 1478,5m).

Au méchant qui demande quelque chose, ou s'en empare, ne réclame pas ton bien, en préférant la patience et l'apaisement à la violence.

La miséricorde divine doit se retrouver chez les fidèles…et l'amour consiste en gestes concrets, non en bonnes intentions restées sans lendemain.

Les frères sont les membres de la communauté messianique. Leurs actes d'amour, de réconciliation, de fidélité intrépide racontent la bonté divine et le royaume.

tamim en hébreu veut dire parfait mais surtout entier, non divisé ; d’un seul bloc, d’un seul tenant ; soyez complètement, entièrement,nous dit Jésus. Dans la pensée antique, ce qui divisait, c’était le péché, le tentateur ; ne soyons donc pas sous son influence.

Doit-on alors aimer son ennemi de sentiment? Ce serait abominable! Comment aimer son tortionnaire? Doit-on séparer l'individu de ses actes? Oui, mais des actes odieux ne sont pas aimables pour autant! Être entier, non divisé, ici, cela veut dire ne pas se comporter en ennemi: car il faut être deux pour cela! Cela veut dire refuser de se comporter comme le fait l'autre, de manière abusive ou ignoble, refuser de se comporter en miroir; dire à l'autre qu'il vaut mieux que son comportement, son débordement de violence.

Une histoire vraie le dit à merveille: un adolescent est le souffre douleur de son prof; il est systématiquement accusé de tous les méfaits. Un jour, une fois de plus le prof s'en prend à lui et l'accuse. Le jeune se rebelle; alors le prof pers don sang froid et lui assène une gifle; le jeune le regarde droit dans les yeux en lui disant: "vas-y frappe!" Ce qui déclenche une pluie de gifles. Le jeune ne bronche pas. Et le prof tout-à-coup réalise ce qu'il est en train de faire devant tous les autres élèves. Depuis ce jour mémorable, jamais plus le prof n'a levé la main sur le jeune.

Tendre l'autre joue revient donc à en appeler au fond de bonté de l'humain. Voici encore une autre histoire vraie: 
Claude est une adulte trisomique dans la quarantaine. Il se rend régulièrement en train en ville dans une institution spécialisée où il passe la journée. À son retour à la maison, sa maman lui demande si sa journée s’est bien passée. Elle remarque toutefois chez son fils depuis quelque temps une nervosité inhabituelle. Mais Claude ne veut rien dire. Alors, la maman décide de faire le voyage avec lui, tout en lui demandant de s’installer dans un autre compartiment du train. Des jeunes font le voyage vers la ville pour y étudier. Dès que le train démarre, ils se mettent à se moquer de Claude en riant beaucoup de le voir incapable de se défendre. La maman choisit alors d’intervenir d’une manière originale. Elle se lève, s’approche des jeunes et leur dit : « Bonjour, je suis la maman de cet homme trisomique ; c’est mon fils et il est né comme ça ; il n’en peut rien ; depuis quelque temps, il vit un calvaire dans le train. Tous les jours, des jeunes se moquent de lui ; il en souffre beaucoup car il est très sensible. J’aimerais vous demander un service, à vous qui êtes étudiants : pourriez-vous veiller sur lui et de le protéger contre ceux qui se moquent de lui ? Ce serait vraiment sympathique de votre part. » Après un court silence gêné, et s’être consulté du regard, les jeunes donnent leur accord à la maman qui s’en retourne s’asseoir tranquillement à côté de son fils. Claude n’a plus jamais eu à subir de moqueries, de la part des jeunes, dans le train.

 C'est dans les mots de l'École de Palo Alto une mystification dont le succès dépend en grande partie de l'effet de surprise. Une telle injonction adressée à un sociopathe, un psychopathe ou à un pervers n'aura guère de chance d'aboutir...

Soit, mais combien de fois faut-il pardonner?

En Mt 18, Jésus répond ainsi:

21 Alors Pierre vint lui demander : Seigneur, combien de fois pardonnerai–je à mon frère, lorsqu’il péchera contre moi ? Jusqu’à sept fois ?

22  Jésus lui dit : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante–dix fois sept fois.

Le texte joue sur la bonne volonté de Pierre qui propose le chiffre 7 comme repère; c'était déjà mieux que la tradition juive qui recommandait de pardonner 4 fois. Jésus lui oppose les chiffres de la perfection : 70 fois 7 fois. Il faut donc pardonner tout le temps! Jésus annonce ce que fait le Père dans sa perfection: Lui nous rend en permanence notre fond de bonté par le pardon du péché, par sa grâce donnée contre rien.

Le pardon est donc une puissance qui libère et guérit pour faire surgir le bon de l'humain.


       

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