Notre évolution humaine nous a conduit à ce constat: Nous sommes à la fois dans l'urgence d'agir, de donner un sens à la vie et dans l'impossibilité d'y parvenir par un savoir objectif indiscutable.

Sommes-nous dès lors condamnés à l'irrationnel ?

Basarab NICOLESCU, physicien théoricien au CNRS, résume la situation ainsi:  "Le développement de la physique quantique ainsi que la coexistence entre le monde quantique et le monde macrophysique ont conduit, sur le plan de la théorie et de l’expérience scientifique, au surgissement de couples de contradictoires mutuellement exclusifs (A et non-A) : onde et corpuscule, continuité et discontinuité, séparabilité et non-séparabilité, causalité locale et causalité globale, symétrie et brisure de symétrie, réversibilité et irréversibilité du temps, etc." 

Le scandale intellectuel provoqué par la mécanique quantique consiste dans le fait que les couples de contradictoires qu’elle a mis en évidence sont effectivement mutuellement contradictoires quand ils sont analysés à travers la grille de lecture de la logique classique »

La question du sens de la réalité est très exactement le serpent qui se mord la queue : attribuer un sens à la réalité revient à construire une réalité fictive, imaginaire, qui donne signification et valeur à ce qui nous entoure, à ce que nous vivons. On peut dire que le sens donné est la réponse à la question du sens qui elle-même ne se poserait pas si nous n'étions pas aptes à structurer notre environnement (principe de réflexivité et de circularité). 

Cette circularité de la question du sens ouvre un gouffre béant dans la mesure où elle condamne l'homme à l'irrationnel, à l'impossibilité d'atteindre les vérités dernières.

Nous aurons en conséquence à sortir de la toute puissance pétrifiante de la raison sans nous laisser dissoudre dans une subjectivité exacerbée.

À la suite de Pascal, Thierry Magnin présente les chemins qui conduisent le scientifique et le théologien à « […] sortir de cette « toute-puissance » de la raison seule (sans pour autant négliger ou rejeter la raison, bien au contraire). » La thèse que soutient notre auteur est que le scientifique aujourd’hui ne peut plus prétendre saisir le réel. Il n’en perçoit que des lueurs. Bohr, écrit-il, a montré « […] qu’il était impossible d’éliminer les perturbations dues à la mesure, à l’observation des particules élémentaires. » . « Le réel en soi semble inaccessible non seulement parce que nous en faisons une représentation avec un langage et des concepts humains, mais aussi parce que l’objet de l’observation et de la mesure est une interaction. » . Le scientifique ne peut plus prétendre construire une vérité-correspondance, c’est-à-dire un en semble d’énoncés en adéquation parfaite avec le réel qu’ils représentent. Cet idéal s’effondre au profit d’une « […] vérité-cohérence, qui intègre l’incomplétude de toute science non comme une défaite de la raison, mais comme une condition du progrès des connaissances ! » (p. 73). Le progrès dont il est question est, en particulier, celui que Popper a décrit et analysé et qui conduit chaque énoncé scientifique à n’être qu’un essai pris dans une quête perpétuellement critique de vérité.

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Que le réel nous échappe ne signifie pas qu’il n’existe pas. Cela veut dire simplement que jamais nous ne le connaîtrons vraiment ! Thierry Magnin conclut qu’une même « condition d’incomplétude »  est aujourd’hui commune au scientifique et au théologien, que l’un et l’autre affrontent des contradictions et des oppositions et cherchent à les dépasser sans renoncer à la raison et sans s’abandonner à l’idéal d’une raison toute-puissante. 

Comme le scientifique, le théologien chrétien fait l’expérience de l’incomplétude en reconnaissant au cœur de sa foi quelque chose qui échappe à la raison, qu’il s’agisse de La Trinité ou du Christ vrai homme et vrai Dieu.

Le choix du tiers inclus

La logique du tiers inclus n'abolit pas la logique du tiers exclu : elle restreint seulement son domaine de validité. La logique du tiers exclu est certainement validée pour des situations relativement simples, comme par exemple la circulation des voitures sur une autoroute : personne ne songe à introduire, sur une autoroute, un troisième sens par rapport au sens permis et au sens interdit. En revanche, la logique du tiers exclu est nocive, dans les cas complexes, comme par exemple le domaine social ou politique. Elle agit, dans ces cas, comme une véritable logique d'exclusion : le bien ou le mal, la droite ou la gauche, les femmes ou les hommes, les riches ou les pauvres, les blancs ou les noirs. Il serait révélateur d'entreprendre une analyse de la xénophobie, du racisme, de l'antisémitisme ou du nationalisme à la lumière de la logique du tiers exclu. Ou encore celle qui pousse à accuser Dieu de tous les maux !


Le tiers exclu se fonde également sur les paradoxes. L'École de Palo Alto nous en donne une illustration: Une mère achète 2 cravates pour son fils et lui demande de porter celle qu'il préfère; le fils s'exécute et la mère de s'exclamer "Je savais bien que tu n'aimerais pas l'autre !" La réaction est absurde puisqu'il est impossible de porter 2 cravates si on les aime les 2...

Le point d’accueil nécessaire à la démarche du tiers inclus passe par la prise en compte d’une altérité fondamentale, de tout ce qui résiste à nos représentations « quand le réel se manifeste dans des modalités où nos modes de représentations se révèlent insuffisants » . C’est ce qui conduit Thierry Magnin à développer ce qu’il nomme la dialectique du mystère de connaître, mystère qui, en effet, « abolit la frontière entre le moi et le devant moi ». C’est toute la question de l’implication du sujet pensant qui est ici abordée avec la nécessité de se situer sur plusieurs niveaux de Réalité. Ainsi, la vie ne se réduit pas à des couples d'opposés: le bien et le mal, le vrai et le faux, la bonté et la méchanceté, la foi et l'incrédulité, Dieu et Diable, etc.

Osons tout d'abord récuser certaines affirmations et convictions douteuses mais courantes:

  • Non, l'univers n'est pas un machine infernale à combiner les possibles en fonction des lois, du hasard ou en vertu de coïncidences heureuses!
  • Non, nous ne serons jamais en mesure de connaître la Réalité ultime car nous modifions le réel à chaque fois que nous l'observons; le réel ne peut prendre sens qu’à travers une conscience qui l’explore : si l’observation porte sur des phénomènes, elle ne peut prétendre explorer le réel en soi. On ne peut donc fonder un matérialisme sur la science ou la connaissance. La structure sujet-objet demeure incontournable.
  • Non, tout ne se réduit pas à l'immanence ou à la nature: il y a bien une transcendance, un au-delà au réel, dans des dimensions supplémentaires de l'univers. La transcendance ne se réduit pas à ces valeurs universelles qui dépassent l'unique sphère individuelle.
  • Non, la science ne peut pas définir le sens de la vie. La question du sens de la réalité est très exactement le serpent qui se mord la queue : attribuer un sens à la réalité revient à construire une réalité fictive, imaginaire, qui donne signification et valeur à ce qui nous entoure, à ce que nous vivons. On peut dire que le sens donné est la réponse à la question du sens qui elle-même ne se poserait pas si nous n'étions pas aptes à structurer notre environnement (principe de réflexivité et de circularité).
  • Non, l'humain n'est pas forcément un loup pour l'homme!
  • Non, ce ne sont pas les plus forts et les plus adaptés qui ont le droit de nous gouverner!
  • Non, l'humain n'est pas une sorte de robot biologique sophistiqué régi par des programmes autonomes et inconscients!
  • Non, l'humain n'est pas une marchandise utilisable et corvéable à merci!
  • Non, toutes les oeuvres ne sont pas vaines et tout n'est pas relatif!
  • Non, tout ne se réduit pas à choisir entre s'aliéner dans une raison pétrifiante (le déterminisme) ou se dissoudre dans une subjectivité exacerbée (New Age).
  • Non, il n'est pas nécessaire de rechercher une image idéale de soi-même pour se rendre acceptable. 
  • Non, la faute, la culpabilité et le perfectionnisme ne sont pas inéluctables!
  • Non, expier son malheur par une vie de fuite, de devoir ou de mensonge n'est pas une fatalité. On peut apprendre à laisser venir le courage d'oser être soi-même avec ses ombres et ses lumières en faisant face aux autres.
  • Non, nous ne sommes pas condamnés à l'égoïsme: "aimer c'est engendrer, susciter, éveiller, réveiller. C'est le contraire de vivre en circuit fermé, de posséder pour soi: richesse, savoir, pouvoir (Françoise Dolto)."
  • Non, le passe-temps favori qui consiste à tout idéaliser ou à tout diaboliser, à vomir les autres ou à les dévorer n'est pas une fatalité ! Nous pouvons voir notre aveuglement s'en aller le laisser partir avec l'aide de Dieu. Apprendre à nous aimer sans enflure ni tristesse, sans tout ramener à soi. Et retrouver foi dans la joie de donner et de recevoir gratuitement, sans chagrin ni contrainte qui est le signe par excellence du royaume ici-bas.
  • Non, le mortifère comme soumission à nos peurs / tristesses /colères / hontes / angoisses / névroses / addictions / complexes / ressentiments, etc., n'est pas une malédiction indépassable.
  • Non, l'adhésion à Jésus-Christ n'est pas une manière horrible de crucifier la vie en sanctifiant le néant!

Accepter plusieurs niveaux de réalité revient à refuser clairement toutes les approches déterministes:

Accepter plusieurs niveaux de réalité revient aussi dans le domaine religieux à refuser les figures manichéennes de Dieu :

Dieu ne fera pas magiquement advenir le paradis sur terre en nous l’imposant ; de même Sa volonté ou Ses commandements ne nous sont en rien des contraintes. Le Jugement dernier et la Parousie (l’attente du retour de Jésus) sont des fantasmes humains ; tout comme de nombreuses représentations du divin dont par exemple : Celle du Dieu Sadique qui nous envoie punitions et récompenses pour nous mener à Lui ou éprouver notre foi : il faut Le supplier ou l'émouvoir pour obtenir Son pardon ou Son aide. Et bien comprendre qu'Il a toujours un projet pour nous !

Celle du Grand Sénile à qui il faut dire sans relâche nos attentes et nos besoins, ce qu'Il devrait être et faire en nous, pour nous et pour le monde.

Celle du Grand Indifférent, le Tout Autre inatteignable à qui nous adressons néanmoins, sans grand espoir, nos doléances, nos suppliques et autres déceptions. Il est le Créateur qui s'est retiré de sa création en nous laissant nous débrouiller seuls, non sans nous avoir donné des modes d'emploi et des guides.

Celle du Grand Inquisiteur, l'épicier qui tient les comptes de nos bonnes et mauvaises actions en nous menaçant de son Jugement dernier comme de l'enfer.

Celle de la Chose inconnue qui joue à cache-cache avec nous tout en nous donnant de vagues indices de sa présence.

Celle du Dieu jaloux et colérique qui ne supporte pas qu'on puisse se détourner de Lui et nous demande de nous fondre en Lui uniquement.

Celle du Grand Marionnettiste qui a tout prévu d'avance et tire les ficelles à sa guise en réclamant de nous obéissance aveugle et soumission à Sa volonté.

Celle du Père sévère mais juste qui traite ses enfants selon leurs mérites.

Celle du Grand Narcissique qui voulait se connaître comme perfection dans l’imparfait ou comme absolu dans le relatif.

Celle du Grand Bricoleur qui tente d'équilibrer tant bien que mal les forces du chaos à l’œuvre dans sa création, sans pour autant pouvoir nous en prémunir.

Celle de l'Agent Secret qui œuvre secrètement dans notre vie et dans le monde pour arriver à ses fins.

Celle du Grand Irresponsable qui, au nom de la liberté portée à l'absolu, nous laisse à notre triste sort sans lever le petit doigt.

Celle du Grand Pervers qui nous met devant des défis si hauts que nous ne pouvons qu'échouer.

Celle du Grand Manipulateur qui se fait humain à travers Jésus pour mieux le ressusciter ensuite.

Celle du Grand Ordinateur qui expérimente sans états d'âme tous les possibles des possibles pour en tirer de l'information.

Celle du Grand Mystificateur qui est soi-disant amour et lumière, donc sans obscurité, mais qui n’assume pas la responsabilité du chaos et de la violence inhérente à sa création. Celle enfin du Parfait qui ne supporte pas que nous puissions porter atteinte à sa gloire magnifique, ni lui faire de l’ombre en nous comportant comme des dieux.

Les représentations aberrantes du divin ne manquent pas, reconnaissons-le. Nous continuons ainsi à postuler un Dieu qui conduit l’histoire humaine pour l’amener à son terme, et nous Lui demandons d’agir dans notre vie comme dans notre environnement soi-disant pour le bien de tous. Mais cela constitue une violation du libre arbitre dans lequel naissent tous les délires religieux. Il faut en finir avec ces représentations mythologiques. Un désencombrement est ici indispensable. 

Nous avons au contraire à nous souvenir que Dieu est lumière et qu'il n'y a en lui aucune obscurité.


Accepter plusieurs niveaux de réalité revient à postuler une Double causalité et une interaction avec l'Univers, le champ quantique, la divine matrice ou Dieu:

Accepter plusieurs niveaux de réalité revient à dialoguer avec le Vivant:

Accepter plusieurs niveaux de réalité revient à postuler une possible aliénation fondamentale de l'humain:
La thèse centrale de l'anthropologie de Tillich est que l'homme tel qu'il existe n'est pas ce qu'il est essentiellement et ce qu'il devrait être. L'état d'existence est l'état d'aliénation. L'homme est créé bon, mais il chute dans l'état d'aliénation existentielle. Il a laissé le fondement créateur de l'être pour reposer sur lui-même, afin d'être une liberté finie. Il est à l'extérieur de la vie divine dans la liberté actualisée, dans une existence qui n'est plus unie à l'essence, bien qu'elle n'en soit pas séparée totalement. Il est dans un état de contradiction par rapport à Dieu, par rapport à lui-même et par rapport aux autres.
C'est là le point le plus mystérieux de l'existence humaine: «La condition de créature dans son plein développement est la condition de créature déchue » perdue dans la quête obsessionnelle de sécurité, de confort matériel, de pouvoir, de gloire, de fortune ou de jouissances diverses. L'homme enfermé en lui-même, réduit à son individualité naturelle, immergé dans les soucis de la vie temporelle, s'aliène aux nécessités de la survie existentielle : s'installent la peur de manquer, l'angoisse de l'insécurité, la hantise de la solitude, qui trop souvent font prendre des décisions qui engendrent des conséquences fâcheuses et alourdissent le fardeau du quotidien. Cette aliénation au monde visible, extérieur à cet univers clos où tout est référé à nos perceptions et à nos conceptions, c'est le mouvement de l'égocentrisme: le péché dans les mots d'antan.

Apprendre à contrer le mortifère

Dans le péché, l'inimitié envers Dieu est hostilité envers notre condition : être cendres et poussière. Je suis en faute…et en fraude. Ce qui n'est pas un manquement à la morale. Seule la foi en la miséricorde divine, son essence, sauve. L'équilibre est dans la conversion en cette potentialité nouvelle de l'amour donnée par grâce. Le salut de l'homme se trouve en dehors de lui, dans une justification forensique; la culpabilité s'engloutit dans l'amour de Dieu ce qui fait que seule l'espérance subsiste.

Le repentir est le premier don de Dieu sur le chemin de la guérison, aspiration à une vie plus haute, à une spiritualisation. Par lui et par la grâce de l'Esprit-Saint va s'opérer une réconciliation avec le Seigneur qui a fait irruption dans le coeur La conscience va s'ouvrir, s'élargir et deviendra apte à écouter, accueillir la Parole qui convient à la croissance intérieure pour la guérison de l'âme.

La grande rupture avec le monde n'est pas au moment de la mort corporelle mais au moment où l'homme accepte la réalité de 1a Présence de Dieu avec lui. À cet instant, l'Emmanuel (" Dieu avec nous ") naît dans le coeur, unit les deux natures (divine et humaine) séparées et opère une re-création de tout l'être.

La médiation de Jésus Christ modifie la quête de puissance et celle du sacré désormais  orientées vers ce qui est saint: il devient un moyen de communier avec le père mais il échappe ainsi à l'examen car la figure historique de Jésus montre seulement le prophète, le réformateur, le docteur, l'exemple sans être une preuve absolue d'une présence divine à l'oeuvre en lui.

Il faut entendre le message global: savoir et ressentir- comme l'écrivait si bien Françoise Dolto - que tout est grâce, que tout est remis…Savoir enfin qu' "aimer c'est engendrer, susciter, éveiller, réveiller. C'est le contraire de vivre en circuit fermé, de posséder pour soi: richesse, savoir, pouvoir . Passer du besoin au désir, du charnel au spirituel, c'est aller vers la joie de tout l'être et non pas vers la satisfaction d'un besoin partiel. Pour y arriver, il faut quitter le jeu des identifications stériles à la vie des autres ou à leur personne.

Il faut dépasser ces états affectifs et ces sentiments d'indignité, de culpabilité.

Cette Voie - comme le disait Maurice Bellet - est sans voie ; elle est le feu qui veut la Vie, l'expérience de pouvoir vivre sa vie. Chemins différents, inédits et multiples forcément ; chemin transcendant car toujours dans la transgression de l'ordre du monde. L'absolu relationnel sera maintien de tout dans la foi, l'espérance et la charité ; lutte pour sauver le désir, la patience et refuser le désespoir ; aimer comme on peut, comme on sait en essayant de ne détruire en rien ni autrui, ni soi-même ; et se garder de toute haine. Refus d'entrer dans cette violence absolue qui détruit tout, gâche le meilleur, corrompt la vérité ; nous lui préférerons l'impalpable lumière de la joie paisible et forte qui survivra à tout, qui sera encore là par-dessous les effondrements, les détresses apparemment absolues. Joie décontaminée de la destruction. Quand l'esprit et le Christ coïncident, quand ici et maintenant se joue la relation vive et humble qui nous rend proches, paix, parole, naissance en liberté. Tout doit s'effacer de la tristesse de mort.

Le Royaume des cieux ressemble alors à une personne qui se rend compte qu'elle ne viendra jamais à bout de ce qui pèse - la convoitise, la rivalité, la faute, la culpabilité et le perfectionnisme -, qu'elle n'atteindra jamais une image idéale d'elle-même qu'elle croyait nécessaire pour se rendre acceptable et aimable. Elle accueille alors son impuissance radicale; elle s'ouvre ainsi à l'avenir, à la nouveauté, à  l'autre/au divin avec confiance; elle renonce à expier son malheur par une vie de fuite, d'hypocrisie, de devoir ou de mensonge. Ici, la dynamique de guérison est bien une résurrection: laisser venir le courage d'oser être soi-même avec ses ombres et ses lumières en faisant face aux autres. Nous voici libérés de notre passe-temps favori qui consiste à tout idéaliser ou à tout diaboliser, à vomir les autres ou à les dévorer ! Une manière de se laisser dominer tantôt par le désespoir-force en sa volonté de tout maîtriser, tantôt par le désespoir-faiblesse qui cherche le salut dans la fuite. Nous pouvons voir notre aveuglement s'en aller, le laisser partir avec l'aide de Dieu. Apprendre à nous aimer sans enflure ni tristesse, sans tout ramener à soi. Et retrouver foi dans la joie de donner et de recevoir gratuitement, sans chagrin ni contrainte qui est la dynamique privilégiée du Royaume.

À l'opposé, la ténèbre sera dans ce besoin d'être parfait et dans celui de tout ramener à Soi. "Le besoin d'être parfait, c'est vraiment le besoin d'avoir raison. C'est l'orgueil d'être au-dessus de toute leçon, de tout soupçon, de tout apprentissage. En revanche, la grâce (c'est-à-dire la force intérieure qui fait voir ce qui est au lieu de qu'on voudrait voir)…relie et raccorde tout, elle fait voir la belle dans la bête, la guérison dans la déchirure, la force de renaître dans une défaillance (Placide Gaboury).

" L'être humain n'est complet, créateur et intelligent que s'il a reconnu sa source, son plan d'origine, l'énergie qui le soutient, le remplit, l'appelle infiniment. Et il n'est intelligent que s'il a retrouvé la bonté en lui (Placide Gaboury)."

Nous pourrions dire avec Raoul Follereau:
  • Un homme n'est vraiment un homme que s'il accepte tous les jours avec courage, avec force, avec persévérance et avec joie de recommencer la vie.
  • Si nous pouvions concevoir comme présent tout ce qui, dans l'univers, à la même seconde naît, surgit, grandit, fleurit, coule, roule ou meurt, alors, alors seulement, nous prendrions mesure de la puissance et de la beauté de Dieu.
" Peut-être que la prise de conscience la plus fondamentale de l’existence est la suivante : nous créons notre propre réalité et façonnons notre corps même par nos attentes et nos pensées - et cela au-delà de tout ce que nous imaginons Tout dans nos vies est aussi réel que nous le rendons : tout ce que nous voyons et entendons, ce que nous ressentons même, n’est jamais une donnée « objective » et n’a aucune autre réalité que celle que nous lui accordons.
Dans notre existence, minute après minute nous avons le choix entre le OUI et le NON, se sentir victime ou exprimer notre responsabilité, entre la complainte et la gratitude. Je n’hésiterais pas à avancer que la gratitude est notre principal outil pour rester dans le positif. Impossible de ressentir en même temps une authentique gratitude et la plus petite parcelle de négativité, de complainte.
L’ univers veut notre bien au-delà de tout ce que nous aurions osé jamais imaginer. Un nombre croissant de penseurs soulignent que dans cet univers, la Source (l’Intelligence cosmique inouïe qui crée et dirige tout) conspire à chaque instant à notre bien, pour notre bonheur, pour nous faire progresser vers des horizons qui dépassent notre imagination. Alors comment ne pas ressentir une gratitude profonde pour cette assurance si forte qui permet de reposer dans la confiance que toutes choses - quelles qu’elles soient - concourent à chaque instant à notre bien ? Pierre Pradervand."

Notre condition d'incomplétude nous permet d'avoir la pensée de l'éternité mais nul ne peut prétendre détenir la vérité dernière. Nous pouvons seulement aborder le Réel par des métaphores scientifiques ou non qui resteront des approximations à revoir encore et encore...en fonction de ce que nous pouvons tenir pour hautement probable et improbable.

Ainsi l'existence du multivers - et avec lui l'existence d'une Double causalité - est hautement probable, tout comme peut être envisagée l'existence d'un univers holographique avec lequel nous pouvons interagir. Cela change considérablement les approches spirituelles contemporaines. Nos anciens modèles de représentation du Réel sont manifestement limités; si nous voulons respecter le tiers inclus, et donc rester dans l'altérité, nos préférences ne sauraient « abolir la frontière entre le moi et le devant moi ». Nos représentations devront garder cette part de transcendance mystérieuse. L'ordre dans lequel la science et la technique nous confine ne constitue pas le tout de la réalité! La voie royale n'est pas celle qui consiste à se limiter à l'observable, au mesurable et à l'efficace. À hauteur d'homme, sans recours possible à la transcendance, la fermeture y serait totale. Plus de décentration possible, plus de méta-position envisageable: on reste collé aux dimensions de l'expérience du visible, des faits et des lois qui gouvernent cet espace-là, dans l'incapacité de se référer à un ailleurs ou un autrement possible. Pour le philosophe Michel Henry Dieu est Vie, il est l'essence de la Vie, ou, si l'on préfère, l'essence de la Vie est Dieu. Dieu est en lui-même révélation, il est la Révélation primordiale qui arrache toute chose au néant, une révélation qui est l'auto-révélation pathétique, c'est-à-dire la souffrance et l'auto-jouissance absolue de la Vie. Comme dit Jean, « Dieu est amour », parce que la Vie s'aime elle-même d'un amour infini et éternel. Nous l'adorons en esprit et en vérité mais comme le disait Pascal c'est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce qu'est la foi: Dieu est sensible au cœur, non à la raison. Cette dimension fait alors que la Vie a une double dimension, profane et sacrée, que nous vivons en notre être au monde et dans la Vie de Dieu. Le Christ en est le révélateur et l'interprète. Mais il en est aussi le dénonciateur du mal. Aujourd'hui, l'homme, devenu automate, se réduit à son apparition dans la vérité du monde. Il erre dans une pseudo-vie où les hommes sont humiliés, abaissés, méprisés et se méprisent eux-mêmes; ils se tiennent pour rien, admirent ce qui est moindre, détestent ce qui est plus qu'eux. Les robots, les automates, les abstractions les détournent de la Vie; par nos faux savoirs, nous nous détournons de notre dignité et de notre responsabilité en fuyant la Vie. En la niant, nous nions Dieu.

La voie royale ne sera pas non plus celle qui voit apparaître l'homme cool, désinvesti de toutes les grandes causes et interrogations: il cultive sa différence, forge son identité par la consommation décomplexée des biens et des services que la société met à notre disposition avec tant de profusion. Nous retrouvons ici le délire épicurien, stoïcien et sceptique : se soucier de la paix de l'âme, de la vie sans trouble, de l'ataraxie, s'accommoder au mieux de son environnement pour être moins vulnérable. Le Soi véritable ne saurait être réduit au Soi mondain: il sera liberté authentique capable de contredire la nécessité de nos conditionnements multiples ou dépassement de nos addictions, exil hors de soi-même et consentement à une co-création avec le divin. Le mystère justement du dieu fait homme et celui de l'homme fait dieu...


       

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