Même si la technologie promet monts et merveilles - nous dit l'auteur - mon intention, ici, est d’en éclairer essentiellement les menaces et les dangers. Puisque les sociétés et les entrepreneurs qui dirigent la révolution technologique ont naturellement tendance à chanter les louanges de leurs créations, il incombe aux sociologues, aux philosophes et aux historiens comme moi de sonner l’alarme et d’expliquer toutes les façons dont les choses peuvent affreusement mal tourner. D'oser ainsi s'interroger et ouvrir les yeux. Pour constater tout d'abord cet élément nouveau dans l'histoire humaine: Les révolutions jumelles de l’infotech et de la biotech pourraient restructurer non seulement les économies et les sociétés, mais aussi nos corps mêmes et nos esprits. Les révolutions de la biotech et de l’infotech vont nous permettre de dominer le monde en nous, mais aussi de remanier ou de fabriquer la vie. Nous apprendrons à concevoir des cerveaux, à prolonger la vie et à tuer les pensées à notre guise. Personne ne sait avec quelles conséquences. Le récit libéral était celui des hommes ordinaires. Comment peut-il garder la moindre pertinence dans le monde des cyborgs et des algorithmes de réseau ?

Au XXe siècle, les masses se sont révoltées contre l’exploitation et ont cherché à traduire leur rôle économique vital en pouvoir politique. Aujourd’hui, les masses redoutent de ne compter pour rien, et ont hâte d’utiliser ce qu’il leur reste de pouvoir politique avant qu’il ne soit trop tard.

Le libéralisme a dû affronter le nationalisme, l’impérialisme, le fascisme, le communisme mais il est aujourd'hui en échec. Le libéralisme n’a cependant pas de réponses évidentes aux plus gros problèmes que nous affrontons : l’effondrement écologique et la disruption technologique. Pourtant, le récit libéral et la logique du capitalisme de marché encouragent les gens à nourrir de grandes espérances alors même que la révolution technologique pourrait bientôt chasser des milliards d’êtres humains du marché du travail, et créer une nouvelle classe massive d’inutiles, débouchant sur des bouleversements sociaux et politiques qu’aucune idéologie existante ne sait gérer. L'Intelligence Artificielle va se généraliser et bouleverser nos habitudes comme nos modes de vie. Avec l’essor de l’IA, des robots et des imprimantes 3D, le personnel non qualifié et bon marché devrait perdre beaucoup de son importance. Plutôt que de fabriquer une chemise à Dhaka puis de l’expédier aux États-Unis, vous pourriez acheter en ligne sur Amazon le code de la chemise et l’imprimer à New York. Au lieu d’une croissance économique améliorant les conditions à travers le monde, nous pourrions voir la création d’une immense richesse nouvelle dans les centres hi-tech tels que la Silicon Valley, et l’effondrement de nombreux pays en voie de développement. Le soutien universel de base est censé répondre aux besoins humains fondamentaux, mais il n’en existe pas de définition acceptée. D’un point de vue purement biologique, un Sapiens a besoin de 1 500 à 2 500 calories par jour pour survivre. Tout surplus est du luxe. Au-delà de cette ligne de pauvreté biologique, cependant, toutes les cultures de l’histoire ont défini d’autres besoins « fondamentaux » ; même si en 2050 un système de soutien universel assure aux pauvres des soins médicaux et un enseignement bien meilleurs qu’aujourd’hui, ils pourraient très mal supporter l’inégalité mondiale et le manque de mobilité sociale.
A ce danger s'en ajoute un autre: Les scientifiques comprenant toujours mieux la façon dont les hommes prennent leurs décisions, la tentation de se fier aux algorithmes a toute chance d’augmenter. Non seulement le piratage de la décision humaine rendra plus fiables les algorithmes Big Data, mais il rendra simultanément moins fiables les sentiments humains. Les États et les sociétés réussissant à pirater le système d’exploitation humain, nous serons exposés de plein fouet aux manipulations, aux publicités et à une propagande calibrées avec précision. Dès lors que l’IA prendra de meilleures décisions que nous sur nos carrières, voire nos relations, nous devrons revoir notre conception de l’humanité et de la vie.
Comme tous les mammifères, Homo sapiens se sert des émotions pour prendre rapidement des décisions de vie et de mort. Nous avons hérité notre colère, notre peur et notre désir de millions d’ancêtres, qui tous passèrent les tests les plus rigoureux de contrôle de la qualité propres à la sélection naturelle. Les algorithmes d’ordinateurs, en revanche, ne doivent rien à la sélection naturelle ; ils n’ont ni émotions ni instincts viscéraux. Dans les moments critiques, ils pourraient donc suivre les directives éthiques bien mieux que les êtres humains, sous réserve que nous trouvions le moyen de coder l’éthique en chiffres précis et en statistiques. Le même raisonnement s'applique à la prise de décisions des décideurs, des hommes politiques, ou encore à la démocratie! Le futur appartiendra à ceux qui possèderont les datas...

Il y aura un véritable défi politique et climatique:

La fusion de l’infotech et de la biotech menace les valeurs modernes centrales que sont la liberté et l’égalité. Toute solution au défi technologique passe par une coopération mondiale. Le nationalisme, la religion et la culture divisent cependant l’humanité en camps hostiles au point de rendre très difficile la coopération à l’échelle planétaire. À la différence de la guerre nucléaire – qui est un futur potentiel – le changement climatique est une réalité présente, un véritable défi. Cela peut sembler relever de la science-fiction, mais le premier hamburger propre du monde produit à partir de cellules – puis consommé – date de 2013. Il a coûté 330 000 dollars. Quatre années de recherche-développement en ont fait baisser le prix à 11 dollars pièce. Encore dix ans, et la production industrielle de viande propre sera sans doute meilleur marché que la viande sortie des abattoirs. Ce progrès technologique pourrait arracher des milliards d’animaux à une vie innommable, aider à nourrir des milliards d’humains sous-alimentés et, dans le même temps, contribuer à éviter la débâcle écologique. Chacun de ces trois problèmes – guerre nucléaire, effondrement écologique et disruption technologique – suffit à menacer l’avenir de la civilisation humaine. Nous avons besoin d’une nouvelle identité globale parce que les institutions nationales sont incapables de gérer un ensemble de situations mondiales délicates et sans précédent. Alors que nous avons désormais une écologie mondiale, une économie mondiale et une science mondiale, nous nous accrochons à la seule politique nationale. Ce décalage empêche le système politique de s’attaquer efficacement à nos grands problèmes. Mais le salut ne viendra pas du nationalisme ou des religions...

Devenir plus humbles:

Si les défis technologiques sont sans précédent, et les désaccords politiques profonds, l’humanité peut se hisser à la hauteur des circonstances pour peu que nous dominions nos peurs et soyons un peu plus humbles dans nos approches. Humbles et réalistes: Le terrorisme a tué depuis le 11 septembre environ 25'000 personnes par année mais les accidents de voiture, 1,25 million, le diabète 3,5 et la pollution 7 millions ! Le réalisme nous conduit aussi à réaliser que les guerres ne peuvent plus être un apport décisif d'enrichissement pour les états nations.
Reste que nous aurons besoin d'une éthique qui relève de l’évolution : Les chercheurs font valoir aujourd’hui que la morale a en fait des racines évolutives profondes antérieures de millions d’années à l’apparition de l’humanité. Tous les mammifères sociaux comme les loups, les dauphins et les singes ont des codes éthiques que l’évolution a adaptés pour promouvoir la coopération au sein du groupe ; Le monothéisme a peu amélioré les normes morales des hommes. Et les livres sacrés ? Pour autant que les chercheurs le sachent, tous ces textes sacrés ont été écrits par un Homo sapiens imaginatif. Ce ne sont que des histoires inventées par nos ancêtres pour légitimer les normes sociales et les structures politiques.Personnellement - nous dit l'auteur - je ne cesse de m’émerveiller du mystère de l’existence, mais je n’ai jamais compris le rapport avec les lois chicanières du judaïsme, du christianisme ou de l’hindouisme. Ces lois ont certainement été très utiles pour instaurer et perpétuer l’ordre social durant plusieurs milliers d’années. À cet égard, cependant, elles ne sont pas foncièrement différentes des lois des États et institutions laïques. Le mystère cosmique, bien entendu, ne nous aide pas à maintenir l’ordre social. Souvent, des gens disent que nous devons croire en un dieu qui a donné des lois très concrètes aux hommes, sans quoi la société s’effondrera dans le chaos primordial. La morale ne veut pas dire « suivre les commandements divins », mais « réduire la souffrance ». Pour agir moralement, il n’est donc pas nécessaire de croire à un mythe ou à une histoire. Il suffit de développer une appréciation profonde de la souffrance.
La laïcité peut y suffire : il s’agit de développer une vision du monde positive et active, qui se définit par un code de valeurs cohérent plutôt que par l’opposition à telle ou telle religion. Les laïques s’efforcent de ne pas confondre vérité et croyance. Ils ne sanctifient aucun groupe, personne ou livre. Ils sont attachés à la compassion, à la responsabilité mais sans tomber dans l’excès de l’utopie volontariste.

Homo sapiens est-il capable de donner sens au monde qu’il a créé ? Y a-t-il une frontière claire entre la réalité et la fiction ?

De même que la rationalité, l’individualité aussi est un mythe. Les humains pensent rarement par eux-mêmes. Nous pensons plutôt en groupes. Tout comme il faut une tribu pour élever un enfant, il faut également une tribu pour inventer un outil, résoudre un conflit ou guérir une maladie. Aucun individu n’a toutes les connaissances nécessaires pour bâtir une cathédrale ou fabriquer une bombe atomique ou un avion. Ce qui a donné à Homo sapiens l’avantage sur les autres animaux et a fait de nous les maîtres de la planète, ce n’est pas notre rationalité individuelle, mais notre capacité sans parallèle de penser ensemble en vastes groupes. Ce penser ensemble est mis en danger par la fascination pour le pourvoir et son exercice! Il se pourrait aussi que notre sens de la justice soit périmé. Les injustices du monde contemporain résultent pour la plupart de biais structurels de grande échelle plutôt que de préjugés individuels ; or, nos cerveaux de chasseurs-cueilleurs n’ont pas évolué de manière à détecter ces biais structurels. Nous sommes tous complices d’au moins une partie d’entre eux, et le temps et l’énergie nous manquent pour les découvrir tous. Toutes les tribus humaines existantes sont occupées à servir leurs intérêts particuliers plutôt qnnu’à comprendre la vérité globale.

Nous vivons dans l’ère des post-vérités, des fake news. En vérité, les humains ont toujours vécu à l’âge de la post-vérité. Homo sapiens est une espèce post-vérité, dont le pouvoir suppose que l’on crée des fictions et qu’on y croie. Dès l’âge de pierre, des mythes qui se renforcent d’eux-mêmes ont servi à unir les collectivités humaines. En vérité, Homo sapiens a surtout conquis cette planète grâce à la faculté humaine unique de créer et de propager des fictions. Nous sommes les seuls mammifères capables de coopérer avec de nombreux inconnus parce que nous seuls pouvons inventer des fictions, les diffuser autour de nous et convaincre des millions d’autres d’y croire. Tant que tout le monde croit aux mêmes fictions, nous obéissons tous aux mêmes lois et pouvons donc coopérer efficacement. La vérité est que la vérité n’a jamais été une priorité d’Homo sapiens. Les êtres humains possèdent la remarquable faculté de savoir et de ne pas savoir en même temps. Plus exactement, ils peuvent savoir quelque chose quand ils y réfléchissent sérieusement, mais la plupart du temps ils n’y pensent pas et donc ne le savent pas. Il faut donc apprendre à s’extraire de la machine à laver le cerveau. De ces futurs science-fictions. S’extraire de la définition étroite du moi pourrait bien devenir un talent nécessaire pour survivre au XXIe siècle.

Que faire quand les vieux récits d’antan se sont effondrés sans qu’aucun autre n’émerge encore pour les remplacer?

L’humanité est confrontée à des révolutions sans précédent, tous nos vieux récits s’émiettent, et aucun nouveau récit n’est jusqu’ici apparu pour les remplacer. Bien entendu, les hommes n’ont jamais su prédire l’avenir avec exactitude. Mais c’est aujourd’hui plus difficile que jamais : en effet, dès lors que la technologie nous permet d’intervenir dans le corps, le cerveau et les esprits, nous ne pouvons plus être sûrs de rien, y compris de ce qui semblait fixe et éternel. À l’heure actuelle, trop d’écoles privilégient l’accumulation d’information. Or, puisque nous ne savons absolument pas à quoi ressembleront le monde et le marché du travail en 2050, nous ne savons pas vraiment de quelles compétences les gens auront besoin. Il faudrait plutôt favoriser les 4 C : pensée critique, communication, collaboration et créativité ; la seule certitude, c’est le changement. Au milieu du XXIe siècle, l’accélération du changement et l’allongement de la durée de vie rendront ce modèle traditionnel obsolète. La vie craquera aux entournures, il y aura de moins en moins de continuité entre les différentes périodes de l’existence. « Qui suis-je ? » sera une question plus urgente et compliquée que jamais. Les individus et l’humanité dans son ensemble devront de plus en plus affronter des choses que personne n’aura encore jamais rencontrées : machines super-intelligentes, corps modifiés, algorithmes capables de manipuler vos émotions avec une mystérieuse précision, enchaînement rapide de cataclysmes climatiques produits par l’homme et nécessité de changer de profession tous les dix ans. Face à une situation totalement inédite, quelle est la bonne attitude ? Pour survivre et s’épanouir dans un monde pareil, il faut beaucoup de souplesse mentale et de grandes réserves d’équilibre émotionnel. Vous devrez vous défaire régulièrement d’une partie de ce que vous connaissez le mieux pour vous sentir à l’aise dans l’inconnu. Hélas, apprendre aux enfants à embrasser l’inconnu et à garder leur équilibre mental est chose difficile.
Coca-Cola, Amazon, Baidu et l’État sont tous engagés dans une course pour vous hacker, vous pirater. Pas uniquement votre smartphone, votre ordinateur ou votre compte en banque, mais vous-même et votre système opératoire organique. Sans doute avez-vous entendu dire que nous vivons à l’époque du piratage des ordinateurs, mais ce n’est guère qu’une moitié de la vérité.
En vérité, nous sommes entrés dans l’ère du hacking des êtres humains.
Homo sapiens est un animal qui aime raconter des histoires, qui pense en récits plutôt qu’en chiffres ou en graphiques, et croit que l’univers lui-même fonctionne comme un récit, avec ses héros et ses méchants, ses conflits et ses solutions, ses apogées et ses dénouements heureux. Quand nous recherchons le sens de la vie, nous voulons une histoire qui nous explique ce qu’il en est de la réalité et de notre rôle dans le drame cosmique. Ce rôle fait de moi un élément de quelque chose qui me dépasse. Il donne sens à la totalité de mes expériences et de mes choix. Mais, la physique nous dit que la Terre sera absorbée par le soleil en expansion d’ici quelque 7,5 milliards d’années, et que notre univers continuera d’exister encore au moins 13 milliards d’années. Donc, un bon récit doit dépasser mes horizons, sans nécessairement se prolonger à l’infini. Le récit me confère une identité et donne sens à ma vie en m’intégrant à quelque chose qui me dépasse. Pour ceux qui ne font pas confiance aux grandes chaînes, aux héritages futurs ou aux épopées collectives en tout genre, l’amour est peut-être l’histoire la plus sûre et la plus parcimonieuse vers laquelle se tourner. Il ne cherche pas à aller au-delà du « ici et maintenant ». Si nous ne pouvons rien laisser de tangible – ni gène ni poème –, peut-être suffit-il juste de rendre le monde un peu meilleur ?
Tout au long de l’histoire, la quasi-totalité des hommes ont cru à plusieurs récits en même temps sans jamais être absolument convaincus de la vérité d’aucun d’entre eux. Nous espérons trouver du sens en nous insérant dans un récit tout fait sur l’univers. Selon l’interprétation libérale du monde, cependant, la vérité est exactement à l’opposé. L’univers ne me donne aucun sens. C’est moi qui donne sens à l’univers. Comme tous les autres récits cosmiques, le récit libéral commence lui aussi par la création : elle se produit à tout moment, et c’est moi le créateur. Dès lors, quel est le but de ma vie ? Créer du sens en éprouvant, en pensant, en désirant et en inventant. Tout ce qui limite la liberté humaine de sentir, de penser, de désirer et d’inventer limite le sens de l’univers. L’idéal suprême est donc de se libérer de ces limites.
Concrètement, qui croit au récit libéral vit à la lumière de deux commandements : créer et se battre pour la liberté. Le libéralisme a une notion particulièrement confuse du « libre arbitre ». De toute évidence, les hommes ont une volonté et des désirs et sont parfois libres d’assouvir ces derniers. Si par « libre arbitre » vous entendez la liberté de faire ce que vous désirez, alors, en effet, les humains ont un libre arbitre. Si, au contraire, vous entendez la liberté de choisir leurs objets de désir, alors non, ils n’ont pas de libre arbitre. S’en rendre compte peut nous aider à devenir moins obsédés par nos opinions, nos sentiments et nos désirs. Nous n’avons pas de libre arbitre, mais nous pouvons nous affranchir un peu plus de la tyrannie de notre volition. Les hommes attachent habituellement tant d’importance à leurs désirs qu’ils essaient de dominer et de façonner le monde entier conformément à eux. 99 % de ce que nous vivons n’entre jamais dans l’histoire du moi. Donc, si vous désirez réellement vous comprendre, ne vous identifiez ni à votre compte Facebook ni au récit intérieur de votre moi. Observez-vous : Vous verrez des pensées, des émotions et des désirs apparaître et disparaître sans grande raison et sans que vous n’y puissiez rien, de même que des vents différents soufflent de-ci, de-là et vous ébouriffent les cheveux.
Le libéralisme a franchi une étape radicale en niant tous les drames cosmiques, mais il a ensuite recréé le drame à l’intérieur de l’être humain.
Alors même que ces grands récits sont tous des fictions produites par l’esprit, il n’y a aucune raison de désespérer. La réalité reste là. On n’a pas de rôle à jouer dans un drame illusoire, mais pourquoi le voudrait-on ? La grande question à laquelle les humains sont confrontés n’est pas « Quel est le sens de la vie ? », mais « Comment en finir avec la souffrance ? ». Dès lors que vous renoncez à toutes les fictions, vous pouvez observer la réalité bien plus clairement ; et si vous savez réellement la vérité sur vous et sur le monde, rien ne peut vous rendre malheureux. Bien entendu, c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire.
Nous autres, humains, avons conquis le monde grâce à notre capacité à créer des fictions et à y croire. Nous sommes donc particulièrement peu doués pour faire la différence entre fiction et réalité. Mais nous pouvons privilégier la méditation ou se contenter d’observer : je n’ai d’accès direct qu’à mon propre esprit. Si je veux savoir ce qu’éprouvent d’autres êtres sensibles, je dois m’en remettre à des relations de seconde main, qui souffrent naturellement de distorsions et limites multiples.

Que dire de ces leçons pour le 21e siècle?

Elles sont un curieux mélange de lucidité, d'espoirs pesés, d'encouragement à oser penser par soi-même, avec cet appel particulier à sortir des récits ancestraux tout en osant définir comment en finir avec la souffrance. Mais paradoxalement, l'auteur prend appui sur Freud et sa vision mécaniste de la psyché humaine! Il véhicule une idée surannée du libre arbitre impossible soi-disant à cause du monde inconscient de nos pulsions, et nous recommande finalement un sauve-qui-peut à travers l'observation méditative. Soit...tout est dit puisque, de toute façon, Homo Sapiens finira par disparaître avec l'univers, voire même bien avant. C'est la science qui nous le dit. Comment cela pourrait-il donner sens à la totalité de ma vie et des mes choix? M'aider à en finir avec la souffrance? Seul compte ici  ce qui peut nous aider à devenir moins obsédés par nos opinions, nos sentiments et nos désirs.
Le réductionisme est total! Dommage. Car il conviendrait de se demander si le sens de l'évolution humaine ne va pas vers plus de conscience, vers le développement de facultés accrues: les sorties de corps, les expériences de conscience modifiée, les clairs visions, les claires audiences, etc., qui tendent à favoriser la pacification de l'humain et la fin de la souffrance...

       

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