La fin de l’eau courante au robinet, de la nourriture au supermarché, du chauffage par radiateur, la fin d’Internet, des voitures, des hôpitaux — « la vie de l’homme est alors solitaire, besogneuse, pénible, quasi animale, et brève ». 

L’effondrement sera-t-il  forcément inévitable et une chose si horrible?

La question mérite examen et clarifications, avec du moins quelques rappels:
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Selon une étude de l'ONG Global Footprint Network, cette date du 1er août correspond au « jour du dépassement », à partir duquel l'humanité aura consommé l'ensemble des ressources que notre planète peut renouveler en un an. Il aura fallu seulement sept mois pour que l'humanité pêche plus de poissons, abatte plus d'arbres, effectue plus de récoltes et consomme, surtout, plus de carbone, que ce que la nature peut régénérer.
---> D’après le calcul de l’ONG Global Footprint Network, il faudrait 1.7 planète pour subvenir à nos besoins, si l’on se base sur le niveau actuel de la consommation. Mais seulement 0.6 planète si nous vivions tous comme les hindous...

---> 85% de l'énergie terrestre dépensée est toujours d'origine fossile (pétrole, gaz et charbon)!

----> La pénurie d'eau douce devient une réalité: en 2030 elle atteindra 40%. Mais il faut savoir que l'agriculture accapare 70% de cette eau douce.

---> Sur les bases actuelles de croissance, la population mondiale passera de 7,7 milliards en 2018 à 10 milliards en 2050.

---> Nos réserves de minerais vont s'épuiser somme toute rapidement.

---> 1% des riches possèdent autant que le 99% de la population restante.

---> Des scientifiques de l'INRA (Institut national français de la recherche agronomique) ont lancé en 2015 déjà cette initiative: Des sols pour la sécurité alimentaire et le climat. L’initiative « 4 pour 1000» propose d’améliorer la teneur en matières organiques et d’encourager la séquestration de carbone dans les sols, à travers la mise en œuvre de pratiques agricoles et forestières. Les moyens : 5 pratiques à développer pour la gestion des sols et l’agroécologie:

Éviter de laisser le sol à nu pour limiter les pertes de carbone

Restaurer les cultures, les pâturages et les forêts dégradées

Planter arbres et légumineuses qui fixent l’azote atmosphérique dans le sol

Nourrir le sol de fumiers et de composts

Collecter l’eau au pied des plantes

Appliquée à l’horizon de surface des sols mondiaux, soit à un stock d’environ 860 milliards de tonnes de carbone, la cible 4‰ se traduirait par un stockage annuel de 3,4 milliards de tonnes de carbone dans le sol qui contrebalancerait l’augmentation du CO2 atmosphérique. Cette mesure serait étendue, au-delà des sols agricoles, à la plupart des sols et usages y compris les forêts. 

570 millions de fermes dans le monde et plus de 3 milliards de personnes en zone rurale pourraient mettre en place ces pratiques. Le coût: Pour les cultures, 20 à 40 dollars US par tonne de CO2. Pour les prairies et les forêts, 50 ou 80 dollars la tonne de CO2.

---> Avec le réchauffement climatique les feux de foret augmentent considérablement: rien qu'en 2015 les incendies en Indonésie ont émis en 5 mois autant de Co2 que toutes les émissions produites par la France en 5 ans !
---> La 6e extinction massive a déjà commencé: Au cours des dernières 500 millions d'années, la vie sur Terre a presque totalement disparu à cinq reprises, à cause de changements climatiques : une intense période glaciaire, le réveil de volcans et la fameuse météorite qui s’est écrasée dans le Golfe du Mexique il y a 65 millions d’années, rayant de la carte des espèces entières comme celle des dinosaures. Ces événements sont communément appelés les cinq extinctions massives ; or tout semble indiquer que nous sommes aux portes de la sixième du nom. À la différence que, cette fois, nous sommes seuls responsables de ce qui se produit. D’après une étude publiée en juin 2013 dans Science Advances, le taux d’extinction des espèces pourrait être 100 fois plus élevé que lors des précédentes extinctions massives – et encore, ne sont pris en compte que les animaux dont nous avons une bonne connaissance. Les océans et les forêts de notre planète cachent un nombre indéterminé d’espèces, qui disparaîtront pour la plupart avant même que nous n’en ayons entendu parler.

L'étau se resserre: une nouvelle étude de la NASA le prédit.

Une nouvelle étude parrainée par le Goddard Space Flight Center de la Nasa a mis en évidence la perspective que la civilisation industrielle mondiale pourrait s’effondrer au cours des prochaines décennies en raison de l’exploitation non durable des ressources et la répartition des richesses de plus en plus inégale. Le projet de recherche est basé sur une nouvelle transversale « homme et nature dynamique », dirigée par le mathématicien Safa Motesharrei du Centre national de synthèse socio-environnementaleet de la fondation US National Science. L’étude est basée sur le modèle HANDY.

Les chercheurs pensent que l’humanité est sur une trajectoire de collision avec la catastrophe, et ils décrivent deux scénarios probables. Dans le premier, tout semblera aller bien pour un court laps de temps, mais finalement un petit nombre d’élites commencera à épuiser les ressources de chacun. Même dans la plupart des taux de consommation « conservateurs », les élites auront provoqué une famine pour les moins riches et plus tard pour eux-mêmes. Dans ce modèle, la société est sabotée par des humains plutôt que des forces naturelles. Dans un futur alternatif, la consommation rapide des ressources efface les masses en une courte période, tandis que les élites subsistent encore, mais finiront par disparaitre aussi. Dans les deux cas, les masses sont frappées plus vite tandis que les échelons supérieurs ne parviennent pas à ajuster leur comportement, jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Il y ainsi un triple risque d'effondrement: climatique, du vivant et sociétal.

Les travaux de Pablo Servigne (agronome et docteur en biologie), Raphaël Stevens (éco-conseiller. Expert en résilience des systèmes socio-écologiques) & Gauthier Chapelle (ingénieur agronome et docteur en biologie ) nous en parle

Si la trajectoire n'est pas ajustable, si la science et la technologie ne vont pas régler nos problèmes, nous aurons à nous positionner dans cet effondrement inéluctable. Quels en seront les principaux enjeux?
           L'entraide se dessine comme un nouveau défi de civilisation. Et probablement comme seule stratégie de survie:
Comment va se produire cet effondrement: sera-t-il lent ou rapide? Cela va dépendre de beaucoup de facteurs. De l'évolution  des consciences individuelles et collectives, des progrès technologiques en partie aussi; certaines découvertes pourraient modifier considérablement la donne: par exemple la technique permettant de puiser de l'énergie propre et abondante directement du vide quantique. Une chose est certaine: c'est l'addition des réductions de CO2 qui fera une différence. Le courage de privilégier des solutions simples et efficaces. Une recherche menée par The Nature Conservancy (TNC) et 14 organisations partenaires montre qu’à l’aide de quelques changements dans les pratiques d'utilisation des terres au cours de la prochaine décennie, la nature pourrait fournir un tiers de la réduction d'émissions nécessaire d'ici 2030 afin de maintenir l’augmentation de la température mondiale en-dessous de 2 °C. Et ces solutions sont disponibles dès aujourd'hui, avec de réelles possibilités de mise à l'échelle.

Malgré cela, il semble que nous ayons tous oublié le rôle que la nature peut jouer dans l'atténuation du changement climatique (CF. à ce sujet l'approche d'Idriss Aberkane). Des changements de mentalité et de société sont nécessaires: tout n'a pas besoin d'être produit dans un gigantesque gaspillage; à quoi bon la publicité? Les centaines de produits similaires? Les milliers de médicaments qui font doublons ou sont peu efficaces? ETC. Nous devrons aller - et c'est tant mieux! - vers le développement de technologies low-tech (CF. le développement durable), vers la diminution de notre consommation... Et dépasser le "je suis parce que je possède ou je consomme". Nos sociétés industrielles ont produit ce que Bill Plotkin (il se dit « psychologue des profondeurs ») nomme la « patho-adolescence » : Dans les sociétés occidentales actuelles, outre la rareté de la véritable maturité, de nombreuses personnes d’âge adulte souffrent de diverses pathologies adolescentes – insécurité sociale invalidante, confusion identitaire, estime de soi extrêmement faible, peu ou pas de compétences sociales, narcissisme, cupidité implacable, développement moral arrêté, violence physique récurrente, obsessions matérialistes, peu ou pas de capacité d’intimité ou d’empathie… À l’échelle globale, c’est évidemment la fuite en avant : transhumanisme et hommes augmentés représentent l’apex surpuissant de cet élan, surgissant d’une vallée californienne remplie d’adolescents pleins aux as jouant à qui détruira la mort en premier. Il y a aussi ce désir d’amnésie, ce rejet du passé, de l’histoire et des anciens (le « tous des cons ») et, par conséquent, ce manque d’attention pour l’avenir ; il y a aussi le fait de se mentir à soi-même, en pensant qu’une croissance infinie est possible, ou que la technologie sauvera le monde, etc. ; il y a encore l’irrésistible besoin de vouloir faire comme tout le monde, pour se rassurer… quitte à assumer que cela dégénère en monoculture mortifère. Les conséquences sont évidemment tragiques : ces pulsions dessinent une société matérialiste, dépressive, addictive, cupide, compétitive jusqu’à l’hostilité, violente, laide et finalement autodestructrice. Une initiation au courage par exemple s’impose : Le courage n’est donc pas ce qui sert à combattre les autres, mais à apprivoiser ses propres ombres. Il s’agira de réconcilier par exemple le masculin et le féminin en chacun-e de nous.
À l'urgence climatique, au risque d'effondrement de notre civilisation capitaliste, correspond l'urgence d'envisager en effet qu'un autre développement soit possible. Il viendra n'en doutons pas.

Si « L’Homme déteste le changement, c’est pourtant la seule chose qui lui a permis de progresser »- Charles Kettering.
Mais le changement est en marche et nous pouvons y contribuer avec de nouvelles valeurs:

"Les années à venir portent en elles la possibilité bien tangible de conflits armés. L’objectif des réflexions que nous avons portées dans un précédent ouvrage L’Entraide, l’autre loi de la jungle était de fournir quelques idées et outils pour prévenir ces conflits, ou au moins pour qu’ils ne se produisent pas si rapidement à si grande échelle. Et si cela devait arriver, ces idées d’entraide seraient simplement le quotidien des groupes et communautés qui survivraient dans les décombres. Un futur d’entraide nécessite l’abandon du schéma concurrence et compétition ; Le défi pour ces prochaines années est donc d’arriver à mettre en évidence la toxicité de notre culture de la compétition, de la dénoncer et de la transformer. Comment recréer des liens de réciprocité, de confiance, de sécurité et d’équité avec ce(ux) qui nous entoure(nt) ? C’est le grand chantier de notre époque. Le défi sera donc de jongler avec cet entrelacement d’identités afin de traverser les tempêtes sans transformer nos sentiments de tristesse, de peur ou de colère en autant d’opportunités d’agression. Lors d’un bouleversement majeur de l’ordre social, et donc des normes qui le structurent, nous pourrons toujours compter sur les « membranes » très solides des petits groupes que nous formons assez facilement (famille, quartier, village, voire association, etc.). À l’opposé, prenons aussi conscience qu’une contraction ou une disparition du groupe de référence (la nation, par exemple) n’empêche aucunement de ressentir (et de faire vivre) des membranes bien plus vastes qui incluent l’ensemble de l’humanité et du vivant, c’est-à-dire de ressentir facilement de la compassion et de l’empathie pour n’importe qui. L’empathie, la compassion, la réciprocité, la confiance et les subtilités des dynamiques de groupes devront s’inventer et se décliner en dehors d’un système pyramidal qui favorise toujours le chacun pour soi. Il faudra apprendre l’art d’être ensemble...Apprendre à respecter les autres espèces, nos écosystèmes solaires (Pablo Servigne, Raphaël Stevens & Gauthier Chapelle)." Le défi sera de revenir à des dimensions humaines et raisonnables. Cela pourrait se faire en suivant le Manifeste convivialiste dont voici les grands principes:

Le seul ordre social légitime universalisable est celui qui s’inspire d’un principe de commune humanité, de commune socialité, d’individuation, et d’opposition maîtrisée et créatrice.

Principe de commune humanité : par-delà les différences de couleur de peau, de nationalité, de langue, de culture, de religion ou de richesse, de sexe ou d’orientation sexuelle, il n’y a qu’une seule humanité, qui doit être respectée en la personne de chacun de ses membres.

Principe de commune socialité : les êtres humains sont des êtres sociaux pour qui la plus grande richesse est la richesse de leurs rapports sociaux.

Principe d’individuation : dans le respect de ces deux premiers principes, la politique légitime est celle qui permet à chacun d’affirmer au mieux son individualité singulière en devenir, en développant sa puissance d’être et d’agir sans nuire à celle des autres.

Principe d’opposition maîtrisée et créatrice : parce que chacun a vocation à manifester son individualité singulière il est naturel que les humains puissent s’opposer. Mais il ne leur est légitime de le faire qu’aussi longtemps que cela ne met pas en danger le cadre de commune socialité qui rend cette rivalité féconde et non destructrice.

Une évolution pacifique par le changement des consciences est souhaitable. Il suffirait peut-être de quelques 85'000 prieurs-méditants capables de visualiser les progrès à réaliser, à favoriser pour que des changements se produisent. Sans oublier l'impact que pourraient avoir les changements de consommation de milliards de personnes...Tout n'est donc pas dit!

       

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