Tout ou Rien ? Dieu ou le Néant ? Sommes-nous libres ou des robots biologiques sophistiqués ? 
Les opposés nous obsèdent. Ils délimitent aussi le champ des possibles: entre le pensable et l'impensable, le probable et l'improbable, le probablement vrai et le certainement faux, etc. Vers quels repères nous tourner ?

La journaliste Lynne McTaggart  propose un plan visionnaire bouleversant qui annonce une nouvelle façon de vivre : en harmonie avec notre véritable nature et les uns avec les autres, ce qui passe par la guérison de nos relations, de notre voisinage et de notre monde. Ce qui importe, ce n'est pas l'entité isolée, mais l'espace entre les choses, la relation entre les choses : c'est donc le lien. L'impulsion essentielle de toute vie est la volonté de se relier plutôt que le désir de rivaliser. En fait, nous sommes inéluctablement connectés les uns aux autres à notre niveau le plus élémentaire, depuis la cellule jusqu'à la société tout entière.
Tous les conflits qui surgissent - que ce soit entre mari et femme, entre groupes sociaux, entre races, entre nations - ne peuvent être résolus que lorsque nous pouvons voir et accepter pleinement l'espace, le lien, entre nous.
En réalité, « l’être humain est un système énergétique complexe, fruit d’une union entre l’intérieur et l’extérieur. L’épigénétique nous apprend que nous ne sommes pas créés de l’intérieur. Nous sommes créés par la nourriture que nous mangeons, l’air que nous respirons, les amis que nous avons, notre mode de vie, tout cela ensemble impacte nos gènes et détermine si ces derniers seront exprimés ou non. Cela signifie que nous sommes une relation dynamique continuelle entre l’intérieur et l’extérieur. Je pense que nous sommes créés en permanence par les interactions de notre système énergétique avec celui des autres. (http://www.energie-sante.net/fr/eh/EH022_l-etre-humain-est-un-systeme-energetique.php.) »
Notre regard et notre approche de la réalité sont à changer : « Parce que nous devons nous concevoir nous-mêmes comme autre chose qu’un ensemble d’éléments solides. Je ne suis pas seulement un paquet de cellules différent du vôtre ; à un niveau quantique, nous sommes vous et moi comme de petits nœuds sur la même corde, nous faisons partie d’un immense champ d’énergie : c’est cela, la réalité qui nous englobe.
Nous envoyons en permanence de l’information au champ.  Tous les maîtres en matière d’intention – qu’il s’agisse de guérisseurs, de maîtres qi gong, de moines bouddhistes – évoquent un degré extrême d’attention focalisée. Ce n’est pas un état de calme, c’est un état hyperchargé. L’étude de certains de ces moines a montré que leur cerveau ne fonctionne pas en mode alpha, mais en mode gamma, c’est-à-dire très rapidement, beaucoup plus qu’une conscience de veille ordinaire. » Nous produisons ces ondes à travers le centre neuro-cardio-vasculaire et par le liquide céphalorachidien. Ces ondes gamma interagissent avec toutes les cellules de notre corps. Nous savons également que nous émettons en permanence un champ de lumière ténu – une émission de biophotons : c’est une énergie qui émane de nous en permanence mais qui toutefois varie selon nos convictions intimes, nos préoccupations, nos affects, etc.
Il est très important de savoir qu’il faut aller de l’esprit vers le cœur. C’est là que nous pouvons trouver l’unité, ce rapport harmonieux de soi à soi.  Qu’est-ce que l’amour sinon l’unité justement ? Que signifie le mot yoga ? L’union. C’est ce sentiment d’amour et de connexion avec le champ : tout part de là et tout y revient !Vouloir faire étalage de ses succès ou de ses réussites est pathétique, vouloir faire illusion est du plus haut comique. Ce sont deux manières de ne rien comprendre à ce qui est en jeu : nous sommes l’univers qui fait l’expérience de lui-même. Et sans lui, nous ne serions pas grand-chose. Sans doute juste des robots biologiques sophistiqués. Ce qui relève de l’Esprit vient littéralement d’ailleurs.
« Ce n’est pas ce qui est spirituel qui vient d’abord, c’est ce qui est animal ; ce qui est spirituel vient ensuite (1Co 15.46) » dira l’apôtre Paul.
Ainsi, le champ qui interconnecte tout l’univers est bien réel, quel que soit le nom que nous lui donnons et quelles que soient les lois de la physique auxquelles il se conforme ou non. Il est ici en cet instant même ; il existe sous la forme de vous et de moi. Il est aussi notre univers intérieur et extérieur, le pont quantique entre tout ce qui est possible dans notre esprit et ce qui devient réel dans le monde, une transcendance obligée car située hors de ce que nous appelons la réalité. Comme l'affirmait Max Planck : " la matière comme telle n'existe pas ! Toute matière n'existe qu'en vertu d'une force qui fait vibrer les particules et maintient ce minuscule système solaire qu'est l'atome. Nous pouvons supposer sous cette force l'existence d'un Esprit intelligent et conscient. Cet Esprit est la matrice de toute matière."  
Pour Boris Cyrulnik, (In de chair et d’âme, éd.Odile Jacob,2006) la biologie de l'attachement montre que nos formes de développements se font selon notre enveloppe sensorielle unique composée par les figures d'attachement spécifiques (donneurs de soins, personnages signifiants, institutions et récits culturels). Un même événement peut ainsi provoquer une catastrophe dans un certain contexte et aucune réaction à un autre moment.
Le bonheur est une idée récente née au 18ème siècle mais elle est à inscrire en fonction de la notion corollaire du malheur ; le tout est en fait coloré par notre cerveau d'un sentiment correspondant. Une lésion dans l'hémisphère gauche provoque régulièrement des accès de mélancolie ; une représentation anticipée par un sentiment éveillé va solliciter des zones spécifiques ; certains neurologues déterministes ont voulu réduire nos comportements via l'ocytocine et la vasopressine. Mais en réalité, les conditions du lien associent aussi bien la souffrance du manque avec le plaisir des retrouvailles, le bonheur et le malheur, la peur et la sécurité, l'attachement avec l'angoisse, l'apaisement avec l'alerte, à travers tous les couples opposés imaginables ! Le couplage de la peur et de l'euphorie favorise des comportements ambivalents destinés à favoriser des événements euphorisants dans une triste existence.
Nos chemins de vie se situent sur une crête étroite, entre toutes les formes de vulnérabilités, génétiques, développementales, historiques et culturelles, et les mécanismes de protection, de dépassement mis en place. À l'évidence, pour résilier un malheur passé, il faut justement avoir été vulnéré, blessé, traumatisé, affecté, déchiré...
Nous sommes ce que nous avons rencontré dans notre vie et ce dont nous avons triomphé. Le sens que nous avons pu donner à notre vie malgré les pertes, les difficultés, les échecs, etc. Un en-dépit-de-quoi nous continuons à espérer et à entreprendre. Mais ce n'est pas tout: G.van der Leeuw, dans son étude de la phénoménologie de la religion, l’atteste, il y a chez l’humain un désir profond de ne pas accepter simplement la vie qui lui est donnée ; il y a donc recherche de puissance – et surtout de sécurité - pour avoir une vie plus riche, plus profonde, plus ample  dans une quête du tout tantôt accessible tantôt inatteignable ; elle est expérience particulière, éprouvée, vécue mais aussi révélation jamais entièrement expérimentée dans la vie, référence à quelque chose d'étranger ou d’absurde qui traverse le chemin de notre humanité en venant contester nos raisons de vivre et nos attentes. Cette quête est éminemment subjective dont il faut prendre la mesure:

Chacun vit dans son monde intérieur, dans une réalité construite et fictive. 

" Cela signifie que dans notre monde intérieur, non seulement les objets (au sens large) persistent comme telle, mais aussi la signification et la valeur qu'on leur a données. De ce point de vue, nous vivons dans une réalité imaginaire qui toutefois de façon étonnante, nous permet de prendre des décisions concrètes et d'agir (p.125*)." Par définition, puisque chacun vit dans une fiction, le contexte relationnel est prédominant.
La question du sens de la réalité est très exactement le serpent qui se mord la queue : attribuer un sens à la réalité revient à construire une réalité fictive, imaginaire, qui donne signification et valeur à ce qui nous entoure, à ce que nous vivons. On peut dire que le sens donné est la réponse à la question du sens qui elle-même ne se poserait pas si nous n'étions pas aptes à structurer notre environnement (principe de réflexivité et de circularité).
« Dans une perspective constructiviste, on dirait que la tentative d'établir un monde dépourvu de toute perturbation engendre une réalité au plus haut point perturbée (p.157*). Ou pour le dire autrement que celui qui souffre mentalement ne souffre pas de la réalité "réelle" mais de sa conception de la réalité (p.165*). » 
Le fait que nous vivions dans une réalité imaginaire qui ne peut que structurer l'irrationnel exige l'abandon de toute prétention à détenir la vérité dernière. " Il n'y a pas d'idée plus meurtrière que la conviction aberrante et partagée par toutes les idéologies d'être en possession de la solution définitive (p.149*)." L'idéologue crée en fait un paradoxe du type « Soyez spontanés ». Il crée avec habileté l'impression qu'un enthousiasme (ou le bon sens) réellement passionné bouillonne en chacun, et quiconque n'en est pas habité fait mieux de reconnaître que quelque chose ne tourne pas rond chez lui... (p.215*). » 

(* Les citations sont issues du livre Une logique de la communication, éd. du Seuil, 1979, Paul Watzlawick, Janet Helmick Beavin , Donald De Avila Jackson.) 

Une spiritualité en évolution
À la suite de Gerd Theissen, il convient de définir le religieux comme un système de signes en évolution qui s'adapte à la réalité par essais et erreurs. Les mutations créatrices autant que les erreurs horribles commises individuellement ou collectivement nous poussent à évoluer vers des adaptations qui concernent l'entier de l'humain, ses connaissances, ses émotions et ses motivations. Chronologiquement, l'évolution a d'abord été chimique, elle a été ensuite biologique pour être enfin culturelle, voire spirituelle. Toute approche de cette évolution – fût-elle cognitive – demeure une approximation puisque personne n'en connaît la réalité ultime. Notons aussi que la science, en tant que système de compréhension de la réalité, ne peut répondre à la question du sens de cette évolution. C'est l'humain qui est appelé à jeter une étincelle de sens dans cet univers-machine froid et indifférent, régi principalement par des lois connues ou encore à découvrir. Cet appel en réalité nous constitue : vouloir s'en passer est du plus haut comique, y répondre de façon absolue est du plus haut tragique.
         La tradition chrétienne en réponse à cet appel se réfère à un Dieu transcendant. Elle postule qu'Il est la Réalité Ultime à l'origine de cette évolution encore inachevée puisque dans la foi nous croyons qu'il est nécessaire de passer du stade culturel de l'évolution au stade spirituel. Cela ne peut se faire sans une Parole qui s'oppose à l'humain en le confrontant notamment à la dialectique de la souffrance et de la culpabilité. Le message chrétien contredit ainsi ce qui dans l'évolution naturelle serait issu uniquement de la sélection active qui veut que seuls les plus forts et les plus adaptés survivent. Il atteste d'une contre-sélection possible qui s'oppose à la sélection naturelle ou à toute autre forme de sélection culturelle. C'est en elle uniquement que nous sommes appelés à définir des valeurs et des normes nous permettant de mieux nous adapter à cette évolution spirituelle. Cela toutefois ne peut se faire qu’à la condition de définir les normes et valeurs dans un système de convictions ouvert.
Il ne saurait donc y avoir ici place pour une révélation biblique posée comme un absolu. Pour Paul Ricœur, l’absolu équivaut à l’altérité absolue, à ce qui transcende notre expérience habituelle et nos constructions intellectuelles spontanées. L’absolu n’est pas forcément divin, mais le divin intervient dans l’histoire en tant qu’absolu, en tant qu’altérité radicale. Or l’absolu se présente sous la forme d’un témoignage, dans la mesure où il apparaît non pas comme une présence triomphante et irrécusable mais comme un appel, comme la proposition d’un monde inédit. Il se présente donc de manière strictement non autoritaire. Pour Ricœur, croire, ce n’est pas adopter une attitude de soumission et de fidélité aveugle, mais c’est reconnaître la fiabilité du témoignage dans le cadre d’un examen critique. On reconnaît un vrai témoignage à sa puissance d’innovation; le discours biblique opère en tant que tel une transformation de la conscience que nous avons de nous-mêmes. En effet, l’idée de révélation porte atteinte au préjugé de l’autonomie radicale du sujet pensant. Elle montre que nous existons parce que nous sommes saisis par des événements que nous n’anticipons pas. Mais c’est justement pour cette raison que la rencontre de l’absolu est possible. C’est parce que nous ne sommes pas les créateurs de nos représentations que nous pouvons rencontrer un divin qui précède et excède notre conscience. Parce que nous ne constituons pas la totalité de notre expérience, nous ne fabriquons pas non plus un Dieu à notre image. En même temps, puisque tout témoignage s’expose à la critique, l’idée de révélation nous révèle qu’il n’y a pas d’intuition unitive, pas de savoir absolu. Ainsi est-il montré que la conscience de la vérité ne peut prendre que la forme de la critique et de l’auto-critique.
Vouloir se référer à une intuition unitive est une illusion, tout comme prétendre détenir un savoir, une vérité absolue. 
Comme l’évolution nous a dotés dun cerveau logique, le sens de l’existence va dépendre toutefois de notre aptitude à penser le monde qui nous entoure, de notre volonté à le comprendre, soutenue par une curiosité inextinguible. Peu à peu, nous réalisons que les lois régissant l’univers ne contiennent ni bien ni mal : elles existent tout simplement. Nous aurons en conséquence à nous confronter à un univers vide et muet, là où justement les questions éthiques du bien et du mal sont déterminantes pour notre propre existence et notre survie. Parce que nous sommes des humains pensant, nous avons à trouver un sens rationnel à notre existence, que nous le voulions ou non. Nous pouvons certes utiliser nos capacités uniquement pour notre propre survie, notre reproduction, notre sécurité et quelques éléments de divertissement. L’univers ne s’en portera pas plus mal ; l’humanité en souffrira davantage, plus probablement. Nous voilà donc tout naturellement conduits à devoir prendre en compte la loi morale qui nous caractérise, à faire en somme bon usage de la raison dans l’intérêt de tous. Ici, ce qui devrait être une évidence se révèle plus compliqué : l’histoire humaine atteste de la lente montée du droit sur l’arbitraire comme de la nécessaire correction de la loi des plus forts toujours à reprendre, à redéfinir en fonction de l’évolution des individus, des sociétés, des moyens technologiques, etc.
Un chemin évolutif est à trouver : vers une lucidité sereine et une sérénité lucide; une lucidité exigeant et une exigence lucide. Vers un désir libéré et une liberté désirée. Vers une mutualité constructive et une construction mutuelle; vers une bienveillance critique et une critique bienveillante; vers un étonnement ravi et un ravissement étonné, une tolérance réciproque et une réciprocité tolérante. À chercher un équilibre en dehors des illusions et des mensonges du vite pensé de la science déterministe, du new age ou d'un christianisme perverti. Il nous faudra lutter contre les idéologies dominantes, la réification marchande, et ces pratiques malhonnêtes qui exagèrent les libertés et banalisant les responsabilités au nom du sacrosaint principe de l'épanouissement personnel. Nous aurons ainsi à privilégier la pacification de l'humain: vaste projet ! Indispensable toutefois pour évoluer.

Le choix du tiers exclu
Nous ne sommes entièrement ni des anges, ni des démons, ni totalement bons ou mauvais, ni forcément victimes ou persécuteurs, entièrement libres ou conditionnés, pauvres ou riches, etc. Le passage de l'évolution culturelle à l'évolution spirituelle passe par la reconnaissance fondatrice de l'impératif catégorique.
Paul Ricoeur nous y invite ainsi: " Le présupposé de la vie bonne, du côté de la morale, réclame le principe d'universalité. « Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne loi universelle. » Quiconque se soumet à cet impératif est autonome, c'est-à-dire auteur de la loi à laquelle il obéit. Se pose alors la question du vide, de la vacuité, de cette règle qui ne dit rien de particulier. C'est pour compenser ce vide du formalisme que Kant a introduit le second impératif catégorique, dans lequel nous pouvons reconnaître l'équivalent, au plan moral, de la sollicitude au plan éthique. Je rappelle les termes de la reformulation de l'impératif catégorique qui va permettre d'élever le respect au même rang que la sollicitude : « Agis toujours de telle façon que tu traites l'humanité dans ta propre personne et dans celle d'autrui, non pas seulement comme un moyen, mais toujours aussi comme une fin en soi. » Cette idée de la personne comme fin en soi est tout à fait décisive : elle équilibre le formalisme du premier impératif. C'est ici qu'on demandera sans doute ce que le respect ajoute à la sollicitude et, en général, la morale à l'éthique. Ma réponse est brève : c'est à cause de la violence qu'il faut passer de l'éthique à la morale. Lorsque Kant dit qu'on ne doit pas traiter la personne comme un moyen mais comme une fin en soi, il présuppose que le rapport spontané d'homme à homme, c'est précisément l'exploitation. Celle-ci est inscrite dans la structure même de l'interaction humaine. On se représente trop facilement l'interaction comme un affrontement ou comme une coopération entre des agents de force égale. Ce qu'il faut d'abord prendre en compte, c'est une situation où l'un exerce un pouvoir sur l’autre, et où par conséquent à l'agent correspond un patient qui est potentiellement la victime de l'action du premier. Sur cette dissymétrie de base se greffent toutes les dérives maléfiques de l'interaction, résultant du pouvoir exercé par une volonté sur une autre. Cela va depuis l'influence jusqu'au meurtre et à la torture, en passant par la violence physique, le vol et le viol, la contrainte psychique, la tromperie, la ruse, etc. Face à ces multiples figures du mal, la morale s'exprime par des interdictions : « Tu ne tueras pas ». « Tu ne mentiras pas », etc. La morale, en ce sens, est la figure que revêt la sollicitude face à la violence et à la menace de la violence. A toutes les figures du mal de la violence répond l'interdiction morale. Là réside sans doute la raison ultime pour laquelle la forme négative de l'interdiction est inexpugnable. C'est ce que Kant a parfaitement aperçu. A cet égard, la seconde formule de l'impératif catégorique, citée plus haut, exprime la formalisation d'une antique règle, appelée Règle d'Or, qui dit : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te soit fait. » Kant formalise cette règle en introduisant l'idée d'humanité - l'humanité dans ma personne et dans la personne d'autrui -, idée qui est la forme concrète et, si l'on peut dire, historique de l'autonomie." 
Cette approche n'a pas grand-chose à voir avec le New Age qui se réfère à la fois au chamanisme, aux religions amérindiennes, à I'hindouisme, au bouddhisme tibétain, en leur empruntant à toutes des techniques de méditation. La visée new-âge reste cantonnée dans la promesse et le fouillis: peu importe ce que vous croyez, du moment que ça marche pour vous! Pourvu que vous parveniez à un élargissement de la conscience, à l'illumination, à une vision holistique des choses qui se démarque d'un rationalisme mutilant. C'est tout ce qui compte. Dans notre approche par contre, il s'agit de dépasser un rationalisme mutilant, une raison pétrifiante et de se dissoudre dans une subjectivité exacerbée; nous affirmons l'existence du tiers exclu, d'une transcendance qui campe la condition humaine dans une réalité tragi-comique. 
La visée éthique sera construite sur le socle de l'amour agapè compris comme expression de la bienveillance, de la bienfaisance et de la bonne volonté incluant notamment la coopération, la réciprocité et le pardon. C'est ainsi que nous sommes appelés à nous accueillir les uns les autres dans notre commune humanité. Cette visée est affaire individuelle et collective; l'état et la justice y contribuent comme lutte contre le chaos et la violence. Placide Gaboury le dit ainsi: « Nous sommes faits pour être harmonisés, en paix, créateurs et heureux. Nous sommes faits pour apprendre à aimer, nous sommes des centres d’amour et de compassion encore peu dégrossis, manquant de constance et de rectitude. La vie nous engage à aimer, elle ne fait que cela vraiment. »
Cette éthique spécifique maintient la tension avec l'Absolu, le Souverain bien sans en prendre ombrage ni se réfugier dans l'à-peu-près du moindre mal. Elle s'ouvre à ce qui se présente dans l'instant comme Futur non encore réalisé, recherche de la vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes. "L'honnêteté, la sincérité, la simplicité, l'humilité, la générosité, l'absence de vanité, la capacité à servir les autres - qualités à la portée de toutes les âmes sont les véritables fondations de notre vie spirituelle (Nelson Mandela)".
Pour Maurice Bellet le divin se manifeste : " sa joie est que vive la vie ; sa divine joie est en les naissances, en les guérisons, en les libérations, en toutes créations, en surgissement par-delà les montagnes et les océans de mort. Mais en même temps, il est justement jouissance. Aussi éloigné d’un altruisme qu’étouffe le devoir que d’un égoïsme qui est finalement suicidaire.  Il n’y a pas à se justifier. Il n’y a pas à se condamner. À chaque jour est donné le pain de chaque jour."  Il s'agira de consentir à notre double nature : à cette humanité fragile, faillible et mortelle d'où surgit souvent un cloaque d'iniquités. Et se risquer pourtant à cette Présence ineffable, à l'expérience d'une puissance de Vie, qui couvre tout, espère et endure tout, capable de faire reculer nos fascinations pour la mort et le mortifère du non-amour, dans le grand désir que tout soit sauf en tous, par cet Accueil où chacun va comme il peut, d'où il est, comme il est, sans crainte ni désespoir, un humain parmi les autres. Naître là, dans cette Présence ineffable est lutte pour maintenir le désir que tout soit sans rudesse ni violence vécue dans la patience d'avancer à son pas comme dans le refus de (se)faire violence. Tout est appelé ici à être relations justes, renaissances, puissance critique et processus créatifs en lien avec le Tout Dieu, le vide quantique, la divine matrice, etc.), renaissance et résurrection de cette joie que vive la vie; éloignement donc du mortifère et de toute réféérence à un dieu pervers, sadique ou masochiste. 

Il faut bien évidemment en tenir compte et faire le ménage en restant attentifs à nos représentations ! Osons aller vers cette " divine joie en les naissances, en les guérisons, en les libérations, en toutes créations, en surgissement par-delà les montagnes et les océans de mort. Mais en même temps, il est justement jouissance. Aussi éloigné d’un altruisme qu’étouffe le devoir que d’un égoïsme qui est finalement suicidaire.  Il n’y a pas à se justifier. Il n’y a pas à se condamner. À chaque jour est donné le pain de chaque jour." 

       

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